Petits Papiers : Les Phares Modernes

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Les phares modernes

 

Lieu saint des homicides aux fameux carrés blonds ;
Hitchcock, rideaux de charmes et de mystères sans causes
Où règnent seulement les masques et les doublons
Selon les éclairages et les métamorphoses ;

Stanley Kubrick, agile échiquier de pièces,
De rampes, de couloirs, de lumières et d’espaces,
Où parmi rois, fous, diables et cavaliers en liesse
Les pions se font reines aux fins fonds des impasses ;

Malick, déserts, silences, forêts de vignes denses,
Flammes, planètes, atomes, où l’homme à nu devant
La foire de son monde ou bien sa gloire immense ;
Oeil habile, ouïe claire et semelles de vent,

Lynch, plongée nocturne aux douloureux vestiges ;
Dédales rouges et bleus de monstres et de symboles ;
Lignes labyrinthiques et langoureux vertiges
Fondus noir en un songe devenu parabole ;

Jodorowsky encore et encore : poésie !
Galeries singulières de vaines apothéoses
Où, telle une indicible et glorieuse hérésie
La vie se fait d’un coup sinistre et grandiose ;

Leos Carax, étapes en terrains amoureux ;
Vagabondage urbain, félin, caméléon,
Epidémies, venins, désordres savoureux
Et le Pont-Neuf aux mains d’un soûl napoléon ;

Des soirs illuminés aux flambeaux des bougies,
Où, les braises câlines, ardentes et calmes,
Embrasent Liv Ulmann : la joue, grisée, rougit ;
Ingmar Bergman, esthète et palme des palmes ;

Ces confessions, ces rêves, ces drames, ces élégies
Ces larges pellicules de faits et de gestes,
Sont un divin éclat sur la terre en vigie
Comme aux soirs dégagés la voûte céleste,

C’est une messe à l’ombre en nuit américaine,
Une clameur en trombe, un écran de fumée..
Un phare moderne et sombre où siègent une dizaine
De mondes où la pénombre est venue s’exhumer

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