Petits Papiers : Duel

Duel

Par une nuit d’amour en marge des forêts
Et forts comme un seul homme, les princes en moi dormant
Rêvaient à des arènes où des échauffourées
Danseraient tendrement la valse des amants

Et comme des hauteurs du jardin des délices
A l’arche du Pont-Neuf, où tête et bras ballants,
Le vieux roi de Navarre au sceptre et fleur de lys
Porte en bas l’estocade au square du Vert-Galant,

J’allais porter le fer au blason redoré
Et prendre femmes aussi les diverses provinces
Des bas de Notre-Dame au triangle doré,
Le cloche-pied servile à Pantha du Prince ;

Et parmi les nuages où l’âme au pas de course,
Errant la tête en l’air par ordre de bataille :
Les yeux dans la lune ou l’oeil à la grande ourse,
Chemise mouchetée et cheveux et pagaille,

J’allais bénir Paris ! – Ville Amour et Lumière,
En sabrant sur ma route, au gré de ses chemins
Où ma fantasque escrime est langue de Molière,
Une ode à la vigueur des mets panaméens ;

Sur la place de l’étoile où l’arc triomphant
Couchait, sa voûte blanche à flèche rouge et bleu
Pointait vers moi Bastille, Pigalle et la Défense
En flottant doucement sur la tombe au non-lieu

Mais comme tout en moi levait les boucliers,
Pareil au bataillon pris au coeur de la cible ;
Fantassin pirate ou pèlerin fou à lier
A ce corps vulnérable une ardeur invincible,

J’allai désengorger le moindre des faubourgs
Et, partant à l’assaut des sons et des images :
Braver les maréchaux, prendre le Luxembourg !
Ou gravir Saint Michel à coups d’antonomases ;

Il se dit que là bas, la pucelle d’Orléans
Se montre Marianne aux marins qui l’accostent
Et l’air impitoyable ou bien condoléant,
Tranquille, se pavane, parade et riposte,

Mais alors à mon bras agile et risque-tout,
Et la dague à sa main, chaque prise de fer
Fut un habile et doux crochet de mousqueton
Que l’on aima nouer puis encore défaire

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