Le documentaire Paris is burning est un monument de la culture LGBT et de la ball culture new-yorkaise. Focus sur le déroulement de ces bals, l’histoire de ses acteurs et le message qu’ils transmettent.

En 1991 sort un film documentaire réalisé par l’américaine Jennie Livingston sur la ball culture à New York dans le milieu des années 1980. Le film raconte l’histoire des acteurs de ce mouvement appartenant pour la plupart aux communautés noire, latinos, gay ou transgenre. En ce sens, Paris is burning est aussi une réflexion sur la société américaine et les rapports que celle-ci entretient avec ses minorités pauvres, sexuelles ou raciales. Le documentaire analyse les nombreuses structures de cette culture et donne à voir les balls et la vie de ses participants.

A partir des années 1960, le quartier noir américain d’Harlem à New York voit naitre une sorte particulière de bal regroupant les différentes minorités évoquées précédemment. Les différents participants doivent ainsi défiler, ou danser, face à un jury qui désignera le gagnant, le tout sur fond de early house et de fascination pour la mode et les grands couturiers. Le but est, pour chaque catégorie établie, de réussir à se rapprocher le plus de la réalité, par exemple de déterminer entre deux afro américains gays quel sera celui qui incarne le mieux un riche blanc hétérosexuel et ainsi de suite.

Paris is burning montre bien comment cette culture s’est progressivement structurée pour arriver à un système de fonctionnement complexe et souvent bien connu des initiés. Ainsi, la plupart des participants aux différents concours appartiennent à des houses (des maisons), le terme étant tout droit tiré des maisons de haute couture, et leur permettant de se constituer en véritable groupe social. Ces maisons réunissent plusieurs acteurs de la ball culture et leur permettent de trouver un refuge, un endroit d’acceptation et de protection face au racisme ou à l’homophobie. Ce sont aussi des lieux de réconfort et notamment avec le développement du SIDA, qui va voir la communauté homosexuelle décimée et mise encore un peu plus mise au banc de la société américaine.

La mode tient une place importante dans ce mouvement culturel, la plupart des différentes maisons fabriquant certains de leurs vêtements tout en développant une fascination pour les couturiers français, Yves Saint-Laurent en tête. Ainsi certaines catéogries pour défiler montrer bien cette fascination comme « high fashion winter sportswear », « high fashion Parisian » ou encore « schoolboy/schoolgirl ». Mais une autre danse est issue de cet amour de la mode, le voguing. Née dans les années 1970, cette danse se fond très bien dans la ball culture dont elle émerge et consiste à prendre la « pose mannequin » au moyen de mouvement angulaires et rigides du corps, particulièrement des bras et des jambes. Cette pose est devenue célèbre dans la décennie précédente grâce aux défilés de mode, mais aussi surtout grâce à la bible modeuse, Vogue dont la danse tire naturellement son nom. A noter que ce mouvement vit encore aujourd’hui et notamment en France, où un reportage Vice (disponible ici) avait été réalisé à son propos et où ont lieu les Vogue Balls organisés par Mona Paris.

Le documentaire permet aussi de très bien saisir l’aspect subversif qui se joue dans cette ball culture, et la manière dont ces minorités doivent faire face aux inégalités qui sont le lot d’un groupe marginalisé. Comme l’explique Dorian Corey (1937-1993), drag queen américaine et un des personnages principaux du documentaire :

« Dans la vraie vie, tu ne peux pas avoir un travail en tant que dirigeant sauf si tu as le background professionnel nécessaire et les opportunités. Maintenant, le fait que tu ne sois pas un dirigeant est simplement du à ton statut social dans la vie. Les noirs ont beaucoup de mal à aller quelque part, et ceux qui y arrivent sont généralement hétéro. Dans une ballroom tu peux être ce que tu veux être. Tu n’est pas vraiment un dirigeant, mais tu ressembles à un dirigeant. Tu montres au monde hétérosexuel : « je peux être un dirigeant si j’en ai l’opportunité, parce que je ressemble à un dirigeant », et c’est comme un accomplissement ».

Les acteurs de ce mouvement dépensent une énergie et une minutie folle à imiter les schémas typiques de dominants de nos sociétés. L’on peut bien sur voir en ces imitations, une simple envie d’être intégré, riche ou célèbre mais il est intéressant de les penser aussi comme une manière de s’affranchir de ces mêmes carcans, de voir en ces imitations une manière de se réapproprier certaines strates de la sociétés inatteignables à leurs yeux.

Paris is burning est une magnifique concentration de belles personnes, fortes et burlesques et à la fois meurtries et rejetées. Et là est toute la beauté du documentaire qui nous fait souvent rire des tenues ou des défilés si groovy que les participants exécutent à la perfection. Mais s’il nous fait rire, il nous touche aussi peu à peu, à travers ces âmes en peine qui souffrent de la double stigmatisation – raciale et sexuelle – dont ils sont les victimes. On prend progressivement la mesure des traumatismes qu’ils ont rencontré, la plupart depuis leur enfance, on comprend leur caractère à fleur de peau tantôt provocateur, tantôt bon enfant, toujours meurtri par la société dans laquelle ils évoluent, et qui font des bals un moment de paix et d’acceptation très important de cette communauté.

L’intégralité du documentaire disponible en cliquant ici.

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Alia.

A noter que le documentaire a provoqué une polémique lancée par les acteurs eux-mêmes, blessés de se trouver trop mis en scène et non rémunérés pour des séquences où la réalisatrice ne les prévenait pas qu’elle les filmait. Pour en savoir plus, voir cet article du New York Times disponible en cliquant ici.

Sources : Photographies issues du film documentaire Paris is burning produit par Miramax  ; Wikipédia  

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