Il y a quelque temps, deux trois semaines tout au plus, sortait le nouvel album d’ Alexander Omar Smith, mieux connu dans nos travées sous le nom d’Omar S.
Thank You For Letting Me Be Myself est le quatrième album de producteur américain originaire de cette mythique ville de Détroit.
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Certains l’ignorent, malheureusement, mais Omar S fait incontestablement parti des ténors de la musique électronique. Il n’a certes pas inventé les synthétiseurs, ses premiers morceaux datant des années 2000. Le producteur américain se pencha sur la musique il y a près de dix ans. Pourtant, inscrire Omar S dans la lignée des Grands, des influences marquantes, semble être aujourd’hui une évidence. Au moins n’est-ce pas lui faire une place trop grande.
L’activité du producteur américain est marquante. Il dirige tout d’abord le label FXHE. Le label a accueilli principalement les productions de son créateur, tout en sortant quelques-uns des plus grands noms de la scène de Detroit (Marcellus Pittman, Gunar Wendel). L’influence de son propre label est indéniable, celui-ci marquant depuis maintenant plus de dix ans le paysage musical électronique.
Outre l’établissement, le personnage lui-même est marquant. Omar S est inspirant. Il respire l’authenticité. Il étonne par sa fidélité constante. Sa musique reste la même tout en se renouvelant à chaque essai. A bien des égards, Omar S représente ce courant musical qu’on appelle Techno de Detroit. L’étiquette est collée !
On parle souvent, à tort ou à raison, du son venant de Detroit. Tout comme il existe un courant musical berlinois, ou bien une atmosphère propre aux warehouses anglaises caractéristiques de Londres, Detroit répond facilement aux clichés. Disons plus simplement que c’est une étiquette facile à accoler, qu’on exprime avec naïveté lorsque une house obscure et mystérieuse se mêle avec à une techno métallique. Il est dur de définir avec justesse ce son propre à la capitale de l’industrie automobile américaine, tant son imaginaire est florissant.
Detroit c’est pêle-mêle les grandes usines de Ford, de Chrysler et Général Motors. C’est le travail à la chaine des hommes-automates, que narre Louis-Ferdinand Céline dans son Voyage. Cette grisaille métallique brassant les peuples immigrés et qui a vite accouché de plusieurs révolutions musicales. De fait, l’histoire de Detroit se confond aussi avec celle de la musique. Detroit c’était avant tout le siège de la Motown, ce catalogue en marbre aux voix dorées. C’est ensuite un berceau de la musique électronique, tout en constituant un vivier pour le rap américain. Tout cela est bien connu pour qui s’intéresse un tant soit peu à l’Histoire.
Dans l’imaginaire donc, la techno de Detroit s’inscrit dans toutes ces filiations. Elle est pionnière, comme la ville le fut dans les industries. Elle est métallique, comme les sons martelant des usines. Elle est aussi, et pourtant, universelle, ne paraissant jamais distante, à l’image de la tradition dans laquelle elle s’inscrit.
Alors, me direz-vous, pourquoi tant de tribulations et de dispersements pour expliquer à quel point Omar S est important ? Pourquoi doit-on passer par Detroit pour bien comprendre son album ? Pourquoi vouloir à tout prix comprendre Thank You For Letting Me Be Myself au prix de l’Histoire faite à grand coup d’étiquettes ?
Il me semble que l’appellation « Techno de Detroit » ne prend peu ou pas de sens lorsque l’on la considère à l’égard de ses considérations historiques. Et du même coup, la compréhension de l’album n’avancera pas ou peu.
Il est une étiquette, tout aussi vague, voir même davantage brouillonne puisque subjective,  mais bien plus fédératrice. Il s’agit de l’authenticité. L’album respire le geste authentique, celui d’une intention pure. Cette musique s’inscrit avec pertinence dans la démarche sincère d’un artiste faisant simplement des morceaux par amour. Ça paraît cul-cul, certes. Mais rare sont de notre temps des artistes dont l’œuvre est mené par une démarche sincère. Il me semble que la musique de Detroit a toujours incarné cette sincérité.
Thank You For Letting Me Be Myself incarne davantage ce qu’est l’esprit de Detroit que bien des phrases, et des mots vides de sens. C’est un album simple, absolument magnifique et qui résume pour moi ce qui se cache derrière cette mystérieuse ville-étiquette.
Omar S n’est pas un artiste très expressif. On ne trouve que peu d’interviews de lui. Lorsqu’il se livre, l’artiste américain le fait toujours avec retenu (voir l’interview donnée à Juno). Dans sa manière de mixer, on sent là encore une retenue, comme une élégance sourde, un peu gauche mais terriblement classe. Omar S ressemble quelque peu à une autre légende, Jeff Mills,dans son style. Les sentiments n’éclatent pas physiquement. Le musicien ne communique pas, ou plutôt seule la musique communique avec le reste. Tout est dans la musique.
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Pourtant, l’artiste a dédié son album à ses fans. Un geste significatif. Un geste de reconnaissance, pour des fans qui l’exhortent à « rester lui même ». Thank You For Letting Me Be Myself est comme un tantra que l’on se répète, une direction unique qu’Omar S se fixe. Un cap à maintenir. Cette authenticité jointe à la simplicité me semble être la marque même de cet ensemble de producteurs talentueux et multiples venant de Detroit. L’album, long de quatorze morceaux, est un délice simple.
On se régale sur des sonorités qui, prises dans un premier temps, semblent être toutes semblables. On a parfois pu reprocher à Alexander Omar Smith d’exploiter une même et unique sonorité. Mais chaque artiste a sa propre marque de fabrique. Chaque artiste disposes de son matériau de base, qu’il façonne peu à peu pour le rendre unique.
Le dernier album d’Alexander Omar Smith incarne pour moi un son bien mystérieux et étrange. Il m’intrigue tout autant qu’il me charme. De  même que certains croient reconnaître en toute techno une influence de Berlin, mon analyse s’embourbe peut-être bien dans ce qui me semble être la techno de Detroit. Mais nulle doute qu’à travers cet album, la techno y est sublimée. Oh oui !
Une sélection des morceaux de Thank You For Letting Be Myself :
(pour écouter les morceaux, cliquer dessus)
 
 
 
 
 
Et en cadeau, la Boiler Room d’Omar S:
 
par Des Races.
 
 
 
 

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