L’édition toulousaine des Siestes Électroniques remuera le jardin de Compans-Caffarelli du 25 au 28 juin prochains. Alors que commencent dans quelques jours les festivités, retour sur 14 ans de fête.

“Dès la première édition, organisée avec trois bouts de ficelle, le succès fut au rendez-vous. Nous cherchons depuis à être à la hauteur de cet engouement, de lui être fidèle et de lui rendre grâce”. Samuel Aubert est le fondateur des Siestes Électroniques. Sa description des débuts des Siestes correspond finalement bien à l’atmosphère globale qui règne autour de ce rendez-vous annuel. Convivial, surprenant, agréable : les adjectifs qui reviennent chez les personnes interrogées sont toujours les mêmes.

L’aventure a commencé en 2002, quand une bande d’amis dépose un dossier à la mairie de Toulouse pour égayer les dimanches de leur été. Le concept ? Faire un festival dans la ville, à l’image du Mutek montréalois. “L’idée à l’époque était de placer la musique électronique dans un contexte différent de celui des raves ou des clubs” explique Jeanne-Sophie Fort, qui a rejoint l’équipe des Siestes entre-temps. Le projet prend forme, la première est un succhttps://www.youtube.com/watch?v=J_8mdH20qès. Comme à Montréal, le festival attire un public nouveau, plus ou moins éloigné des musiques électroniques, “un autre public que les fans d’électro de la première heure”.

Chaque été, le festival grossit. Le concept attire l’oeil du Musée du Quai Branly, qui organise bientôt avec l’équipe du festival une version parisienne, dans les jardins du musée. Mais revenons à nos moutons toulousains. Alors que la première édition était intimiste, avec des artistes amis des organisateurs, le line-up se spécialise et prend une ampleur de plus en plus importante. Juan Atkins, Kassem Mosse, Mount Kimbie, John Talabot, ou Nils Frahms : ils sont tous passés par les jardins de Toulouse, pour un public à chaque fois plus important. John [Jordash de Juju&Jordash, et tiers de Magic Mountain High avec Move D] se souvient :

C’était vraiment impressionnant de jouer devant des gens dans l’herbe. Quand ils commencés à se lever et à danser, c’était magique. On a pris l’énergie que cette foule dégageait, et la fin du set a été un réel exploit. On a tous les trois d’excellents souvenirs de cette soirée, ça en a été une de nos préférées de l’année.

La dernière édition a attiré plus de 20.000 personnes, autant des amateurs de musiques électroniques que des familles, enfants et seniors. Tout ce beau monde était devant Magic Mountain High le temps d’une après-midi. C’est finalement là tout le mérite de l’équipe des Siestes qui, alors qu’elle pourrait se reposer sur une programmation “banale”, tient à promouvoir des artistes moins accessibles – et donc plus chers – dans cet idéal de transmission. “L’idée dans la programmation est, j’en ai l’impression, de relever dans la création musicale actuelle les curiosités qui se distinguent. Cela peut mettre en avant des musiques assez expérimentales, mais aussi des curiosités pop, dansantes, ou sombres, ou énervées …” analyse Jeanne-Sophie Fort.

Ce public qui suit les Siestes sans connaître le line-up, qui fait confiance à l’équipe organisatrice sans savoir qui sera sur scène, est cette année encore au rendez-vous – 14.000 personnes inscrites sur l’évènement facebook. Et finalement, la discussion avec le staff laisse cette impression de grande fierté de pouvoir ramener autant de monde à un festival sans en annoncer un seul artiste. Jeanne-Sophie Fort se souvient de la performance de l’Anglais Luke Abbott :

Il avait fait un temps abominable ce jour-là, mais les inconditionnels du festival étaient là. Il y avait de l’électricité dans l’air, l’équipe était sous pression, dernier jour de festival, des conditions météo mauvaises, la fatigue, etc… Et puis la musique a démarré, notre public hyper fidèle, celui-là même dont on parle dans notre édito, était regroupé autour de l’artiste, et tout le monde s’est mis à apprécier la musique d’une même danse. La force de ces temps forts c’est que ces concerts sont ceux qui annoncent le terme d’une belle épopée musicale. Alors on est nostalgique, on se projette déjà à l’année suivante.

 

 

 

© Jean Jacques Ader

© Jean Jacques Ader

Et pour parfaire une réussite déjà assurée, l’équipe organisatrice a voulu aller plus loin dans le festival. En parallèle des performances musicales, les Siestes Électroniques proposent avec les “rencontres Futurism” un chemin alternatif pour approcher la musique. Derrière ce nom un brin sci-fi se cache un workshop de création musicale sur deux jours, à l’image de ceux qu’organise Mike Huckaby à Détroit. Sous le thème “Comment la musique se fabrique-t-elle en 2015 ?”, le programme propose une formation gratuite à Ableton, des initiations à la création de boîte à rythmes pour se prendre le temps d’un après-midi pour Dj Deep (inventeur de la DJR 400, nldr), ou encore la possibilité de partir à la recherche des sons qui nous entoure, en vrai producteur DIY. Jeanne-Sophie explique :

Si nous faisons ces ateliers, c’est qu’ils apportent d’une certaine manière des éléments de réponse à la question de ce que c’est que la musique en 2015, question qui anime l’ensemble de notre activité. Quels héritages matériels, quelles innovations, quels procédés permettent aux compositeurs d’aujourd’hui de créer de la musique. Cela fait donc quelques années qu’on accueille ces ateliers en amont du festival le samedi et le dimanche.  Si nos premières éditions étaient des éditions test, nous espérons cette année, en faisant venir des pointures telles que Yuri Landman, Mogees ou encore Jackson (sans son computer band) que nous attirerons et passionnerons un public diversifié.

Les Siestes Electroniques à Toulouse, cela commence dès mercredi avec la projection du documentaire “Baltimore, Where You At ?” à 20h au cinéma Utopia.

 

© Jean Jacques Ader

© Jean Jacques Ader

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