La Maison Européenne de Photographie propose une très belle rétrospective du photographe Éric Rondepierre. Retour sur le travail de cet archiviste de l’image.

Images Secondes. Tel est le titre commun des deux expositions consacrées à Éric Rondepierre. Deux, oui, car la Maison Européenne de Photographie et la Maison d’Art Bernard Anthonioz ouvrent leurs portes simultanément pour nous offrir une rétrospective du travail de l’artiste. Quand la première nous présente une vision d’ensemble de ses travaux, la seconde mise sur l’inédit, exposant une toute nouvelle série ainsi que d’anciennes œuvres inconnues du public. Mais concentrons-nous sur la première.

 

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© Éric Rondepierre

 

Images secondes. Ou, comme le définit l’artiste, une « reprise de vue » dans ces œuvres cinématographiques qui pullulent autour de nous. Débuté dans les années 80/90, le travail de Rondepierre se caractérise ainsi : prélever des images, des photogrammes, dans des longs métrages de fictions, des films muets, des polars américains ou encore dans des pellicules endommagées.

Son intérêt pour le cinéma se développe en parallèle de ses études. Quand il ne suit pas ses cours à l’Université de Paris 1 ou aux Beaux-Arts, Rondepierre s’enferme à la cinémathèque de Chaillot et regarde jusqu’à trois films par jour. A la suite de ses études, il devient comédien, et c’est grâce à l’argent récolté lors de sa dernière représentation qu’il pourra financer sa première exposition en 1992, qui obtiendra aussi l’aide du Ministère de la Culture. S’en suivra de nombreuses expositions à travers le monde (au Centre Pompidou, à la Biennale de Lyon, en Grèce, en Allemagne, au Canada, au Brésil, …) et ses œuvres seront même achetées par le MOMA de New-York (où il exposera en 1993 et en 1995).

 

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Loupe © Éric Rondepierre

 

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Convulsions © Éric Rondepierre

 

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© Éric Rondepierre

 

Mais pourquoi un si fort intérêt pour une personnalité si discrète ? Tout simplement parce qu’Éric Rondepierre est ce qu’on pourrait qualifier d’archéologue de l’image. Pour reprendre ses mots, l’artiste cherche « la part aveugle du film« , ces photogrammes invisibles a l’œil lors de la projection dudit film, car apparaissant sur l’écran a 1/24e de seconde.

Travaillant chez lui, en passant les films en accéléré ou au ralenti, Rondepierre scrute la moindre image abîmée ou superflue afin de la sortir de son contexte. Commençant par isoler des écrans noirs avec des sous-titres en blanc à l’aide de magnétoscope (série « Excédents« , 1989 – 1995), il continuera ce travail sur des rubans pelliculaires (séries « Annonces« , « Précis de décompositions« , « Suites« ), puis sur des bandes numériques par ordinateur (séries « Loupe/Dormeurs« , « DSL« , « Background« ), s’adaptant au fil des années à l’avancée technique et technologique du monde du cinéma.

 

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Le Voyeur © Éric Rondepierre

 

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La Foule © Éric Rondepierre

 

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DSL n°4 © Éric Rondepierre

 

Dans les années 2000, Éric Rondepierre trouve un nouveau moyen de s’amuser en récupérant des images tirées de films qu’il associe avec des photographies qu’il prend lui-même du quotidien qui l’entoure. Ce qui donne lieu à des clichés relativement cocasses, mais parfois absurdes de réalité.

Le panorama que la MEP nous propose est donc une immersion dans l’univers de l’artiste, entre étrangeté et humour, fantaisie et réalisme.

 

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Champs – Elysées © Éric Rondepierre

 

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Courant © Éric Rondepierre

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Rixe © Éric Rondepierre

 

 

Informations pratiques :

LA MAISON EUROPÉENNE DE LA PHOTOGRAPHIE

5/7 Rue de Fourcy

75004 Paris

Ouvert du mercredi au dimanche, de 11h à 19h45

Exposition du 4 février 2015 au 5 avril 2015.

 

LA MAISON D’ART BERNARD ANTHONIOZ

16 rue Charles VII

94130 Nogent-sur-Marne

Ouvert les jours de semaine de 13h à 18h, les samedis et dimanches de 12h à 18h

Exposition du 15 janvier 2015 au 1er mars 2015.

 

A lire :

– La monographie publiée aux éditions Loco, avec des textes de Catherine Millet et Jacques Rancière

Éric Rondepierre, un art de la décomposition, de Thierry Lenain, ed. La Lettre Volée, Bruxelles 1999

Eric Rondepierre, monographie sortie aux éditions Léo Scheer, Paris 2013

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