C’est sans doute l’un des albums les plus intéressants de ce début d’année du moins si on peut le nommer ainsi. Sept morceaux viennent garnir cette sortie au nom intriguant : « Music For The Uninvited« . Doit-on y trouver un quelconque message ? Forcément oui, Leon Vynehall est comme bon nombre d’entres nous un rêveur, lui aussi avait la tête dans les nuages pendant les cours de lecture étant petit, plus tard alors il avait toujours l’esprit ailleurs, l’air déconcentré mais intéressé. Ce mini-album (comme il conviendrait de l’appeler) est un désordre somptueux, il n’y a pas vraiment de ligne directrice ni de recherche d’homogénéité, non l’artiste, le peintre, le mélomane, le musicien a laissé court à son imagination qui n’a pas d’égale. C’est aussi un moyen de rappeler à tout le monde que notre passé nous a marqué, peu importe la personne. Il le dit lui même : « I grew up with tapes. I was introduced to recorded music through that medium, listening to mixed hip-hop, funk & electro tapes, Janet Jackson albums, Style Council and Stiff Little Fingers. It was quite varied ». Certains ont emprunté d’autres voies, lui a décidé de vivre pleinement sa passion et la musique se révèle être un parfait déclencheur d’émotions, faisant rapidement remonter les souvenirs à la surface. Si je devais comparer deux choses qui pourraient rappeler à merveille des événements de la vie je citerai sûrement une odeur et un morceau de musique.

N’avez-vous jamais eu ce sentiment en écoutant un refrain entrainant de revenir partiellement dans le temps, notre inconscient est une mine d’informations, une machine à provoquer, à émerveiller. Music For The Uninvited est une ode aux choses perdues qui ne méritent que d’être retrouvées et appréciées. Les cassettes, c’était le bon temps, celui de la rareté et de la simplicité, certains n’auront connu cette période qu’un court instant. Leon Vynehall a cherché à transmettre son parcours via des sonorités et ses propres émotions retranscrites, difficile à imaginer non ? De nombreux samples sont présents dans les différents morceaux, les habituels râleurs crieraient au plagiat, il n’en est rien, un hommage serait bien plus adapté. C’est toute la magie de la chose, on voyage, on apprend, on écoute et on partage. Le maître-mot il n’y en a pas vraiment, tout est fait pour que l’on se perde, une sorte d’immersion à l’aveugle qui nous veut du bien. La pochette de l’album illustre à merveille cette volonté de nous guider dans tous les sens possibles, de partir d’un point pour arriver à un autre sans réelles explications. Malgré tout, cette désorganisation manifeste ne dérange en rien, on se prête au jeu et on cherche vaguement des réponses à nos questions. Le jeu est lancé.

L-VYNEHALL

Une introduction en règle, on ne pouvait espérer mieux, la cassette se met en route, les violons strident, l’intensité est saisissante. Les cordes grincent avec volupté, la mélodie se met en route et le voyage commence, Inside The Deku Tree, non vous ne vous trompez pas, the Deku Tree était cet arbre mystique dans le jeux-video The Legend Of Zelda qui protégeait les esprits, il n’y a pas d’erreur Leon Vynehall explique avoir créé un morceau avec les souvenirs de ses parties mémorables sur N64.

Rien n’est laissé au hasard, un retour vers les débuts de la House est souhaité, on passe dans un registre plus énergique mais tout autant artistique et orignal. Goodthing a été le premier morceau écrit par Leon Vynehall, l’atmosphère au début du morceau reflète parfaitement ce sentiment rêveur, l’avenir est légèrement flou et s’éclaircie avec les percussions rapides et les voix en écho. Tout est travaillé au millimètre, le plaisir en est décuplé.

Be Brave, Clench Fists est sans doute l’oeuvre la plus accomplie de l’album, le genre de morceau à écouter à son enterrement tant il dégage une émotion retentissante, l’hommage à Pépé Bradock est perceptible, un mélange spatial, classique et électronique qui donne un résultat saisissant, on se laisse porter par les notes nombreuses et éparses. Vous allez sans doute l’écouter en boucle comme j’ai pu le faire, en variant les environnements, les humeurs et tester sa solidité musicale. Un roc, intouchable, aucun faux-pas. C’est dans ces moments là que l’on peut mesurer la force de la musique électronique, son pouvoir, oui encore une fois les frissons viennent s’ajouter à l’étonnement, à l’émerveillement. Leon Vynehall a vu juste et nous enchante.

Si les percussions de Pier Children s’avèrent plus agressives, l’atmosphère laissée par le morceau précédent ne change pas, l’intensité ne redescend jamais, le synthé a son petit effet et la voix grave donne un certain côté sexuel non déplaisant à un morceau qui ne perd jamais en force.

Le voyage continue, le petit enclenchement pour signifier la fin de la cassette et le début de It’s Jus (House of Dupree), un discours démarre, l’homme nous parle des différents familles (House), de l’importance dans le choix du nom et le beat démarre accompagné d’une phrase en répétition. Le crépitement du vinyle est volontairement plus intense. La voix ne nous lâche pas une seconde comme pour nous accrocher, nous tenir en haleine, le synthé fait penser à plusieurs bulles qui s’envolent indéfiniment comme pour montrer cette imagination sans limites. Le morceau se termine sur un interlude inattendu.

Les deux derniers morceaux marquent un changement radical avec du down-tempo qui apaisent et laissent penseur. Christ Air évolue, un brin mélancolique, le fond fait d’abord penser à des coeurs d’église, la mélodie devient plus enjouée par la suite avec les notes de synthés qui s’accordent parfaitement avec le rythme saccadé du morceau.

St. Sinclair fait ouvertement penser aux productions du génial Floating Points, une musique électronique tintée de sonorités jazz, on ferme les yeux, des images nous viennent à la tête pour illustrer ce que l’on entend, cela vient clore une récital d’une beauté rare. Leon Vynehall est un musicien comme il préfère se décrire, il invente et réinvente ce qu’il entend et ce qu’il crée.

L’album est en écoute par ici en bas de l’article. Prenez du temps pour apprécier, il en faut.

 

Thibault

 

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