Décrit par beaucoup comme le penchant du légendaire Paradise Garage new-yorkais dans le New Jersey, le Zanzibar Club de la petite ville de Newark a participé à l’éclosion de la house garage dans le paysage musical américain des années 1980. Avec différents acteurs qui ont fait de près ou de loin la notoriété du club, retour sur 12 ans de fête.

« J’ai été le premier Dj à jouer au Zanzibar quand le club a ouvert le 29 aout 1979. On avait des tigres en cage, un décor de jungle et un python géant dans un aquarium. Derrière les platines avec moi, il y avait Kool & The Gang et Tasha Thomas, et devant nous un turn-over impressionnant de plus de 2000 personnes. Ah, et on avait aussi un petit singe qui faisait du roller, Skippy. C’était l’époque de la sortie de « Rappers Delight », qu’on a joué pour la première fois dans tout New York ce soir-là ». Cette nuit de la fin aout 1979, « magique » pour reprendre les termes d’Hippie Torrales, le DJ et producteur de Newark n’est pas près de l’oublier. De cet ancien motel qui faisait office d’hôtel de passe dans les quartiers populaires de Newark au club mythique qui a accueilli les premiers pas de danse du jeune Kerri Chandler, l’aventure du Zanzibar en a marqué plus d’un.

(tous les tracks dans cet article ont été joués lors de la nuit d’ouverture du Zanzibar)

zanzibar1Crédits photo – Vincent Bryant, A Journey through the House – all rights reserved.

 « Une fois que je l’ai écouté sur les enceintes du Zanzibar, j’ai tout de suite compris pourquoi Tony l’avait remixé de cette façon » explique Kerri Chandler à la Red Bull Academy à propos d’un track de Tony Humphries. Ce rapport des producteurs à ce club a quelque chose de spécial. Le Zanzibar, qui a accueilli des danseurs de 1979 à 1991 dans la banlieue Ouest de New-York, à Newark, est l’un de ces clubs moteurs de la culture musicale House et Garage de l’époque. Situé dans un quartier défavorisé de la ville, ancien hôtel de passe un peu glauque, le club a été créé au début de la vague musicale Garage, à la fin des années 1970. Miles Berger, un homme d’affaires, achète l’ancien hôtel Lincoln quelques jours après avoir été au Paradise Garage. Hippie Torrales se souvient d’une phrase de Miles, fondatrice. « J’ai vu le plus club [au Paradise, nldr] ! J’ai vu les plus beaux hommes noirs s’embrasser ! Je veux recréer la même chose ici ». Cette possibilité de faire un club pour la communauté noire, gay, et qui marche, Miles Berger veut l’exporter dans sa banlieue du New Jersey. Il y met les moyens, et le Zanzibar Club nait. Derrick Mungin, aka Ace Mungin, nous explique pourquoi le club a vite pris aussi vite une grande ampleur. « J’avais un club qui s’appelait « Rumors » à Newark. Mais très vite le Zanzibar a pris le dessus sur toute la scène underground avec sa combinaison d’un très bon système son, de shows visuels high-tech et des animaux en cage à quasiment toutes les soirées ». Une volonté d’excellence qui se remarque vite ; le Zanzibar se développe et grossit.

 

« Au début, Hippie Torrales jouait le vendredi seulement. Vite, Torrales a commencé à jouer les deux soirs à la suite. C’est lui qui a introduit la résidence du mercredi soir de Larry Levan, et qui a donné ses entrées à Tony Humphries pour qu’il mixe au Zanzibar » analyse Bill Brewster, écrivain et spécialiste de la période. Hippie Torrales, lui, considère que le mérite revient au D.A. de l’époque, Al Murphy. « Après trois mois d’ouverture du Zanzibar, j’ai convaincu Miles Berger d’engager Al Murphy. C’est lui qui a insufflé tous les grands noms qu’on connaît. Au début, il s’occupait seulement des mercredi soir, mais très vite Miles lui a donné tous les soirs à gérer. Ça a commencé avec Larry Levan, qui est venu jouer quelques fois les mercredi soirs, puis il y a eu beaucoup d’autres DJ. Tous adoraient le système son, qui était le même qu’au Paradise. C’est Richard Long qui a installé les deux ». Des enceintes impressionnantes qui, couplées à une programmation qui n’avait rien à envier aux clubs du centre-ville, font de la petite ville du New Jersey une plateforme importante des musiques électroniques de la East Coast. Larry Levan, Tee Scott, François Kevorkian, Larry Patterson, tous les grands noms de la scène new-yorkaise font le déplacement en banlieue. Le public est au lancement communautaire, les communautés noires et gay, mais très vite le club arrive à s’affranchir de ces barrières en attirant les communautés latinos, puis blanches.

 

 

Le Paradise Garage est dans la mémoire collective au US Garage ce que le Warehouse de Chicago est à la House. Deux têtes de pont respectives, Larry Levan et Frankie Knuckles, qui sont considérées comme les pères de ces genres de musiques électroniques. À raison, les deux producteurs sont dans la légende. Mais à s’y pencher de plus près, le Zanzibar Club mérite tout autant ses lettres de noblesse. Fer de lance des productions Garage, le club a été selon Bill Brewster le premier soutien financier du genre musical, bien plus que le Paradise, dans lequel ces mêmes productions étaient jouées. « À cette époque, le Garage représentait assez logiquement la musique qui était jouée au Paradise Garage. Mais toute la scène musicale de New York du New Jersey était beaucoup plus supporté par le Zanzibar, et bénéficiait du parrainage du club de Newark. Donc finalement, les vinyles des années qu’on qualifie de Garage ont probablement plus à voir avec le Zanzibar qu’avec le Paradise Garage ». Mais il est certain que l’ancienneté du Paradise Garage, sa situation géographique dans au cœur de la capitale, et la résidence historique de Larry Levan – antérieure à celle qu’il a au Zanzibar, ont consacré le club de la King Street de New-York. Et, Hippe Torrales d’ajouter, « le Paradise était bien plus grand en taille, si tu inclus les salles annexes et que tu ne comptes pas la piscine du Zanzibar ».

 

10858350_934511416578674_629217665869843066_n Hippie Torrales dans la cabine du Zanzibar. Crédits photo – Hippie Torrales

Rétrospectivement est né avec le Zanzibar Club un nouveau sous-genre musical du Garage, ce qu’on appellera par la suite le Jersey Sound. Plus axé Gospel, Soulful et avec une grosse prédominante des voix, Hippie Torrales voit dans le Jersey Sound l’influence des « dizaines d’églises du New Jersey ». Les labels fleurissent, celui de Derrick Mungin Ace Beat Records grossit de plus en plus. En parallèle de cet essor musical s’ouvre en 1987 un disquaire à Newark, Movin’ Records. Le shop devient la référence musicale de la ville, et attire les diggers de tout New-York. Avec le Zanzibar, le disquaire Movin’ Records, et des DJ et danseurs de plus en plus nombreux devant et dans la cabine, Newark vit à la fin des années 1980 un âge d’or de la musique.

Trente-cinq ans après, le club a fermé ses portes depuis longtemps, et seuls subsistent des forums et groupes sur les réseaux sociaux pour se souvenir ensemble du club. Les photos ressortent ici et là, évoquant des sourires et des souvenirs agréables aux protagonistes de la vie nocturne de l’époque. Tony Humphries, lui, est toujours présent dans la même veine Soulful. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard que son dernier passage dans la capitale, vieux de cinq ans, fut au Djoon …

 

 

Crédits photo de couverture : Vincent Bryant, A Journey through the House – all rights reserved.

Many thanks to Derrick, Hippie and Bill for their participation. It has been really appreciated to have some explanations from people who know more than everyone the history of the club. Thanks for that.

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