Il faut parfois savoir délaisser la photographie sérieuse, celle des grands sujets, des reportages de guerre, des conflits troublants et révoltants, de l’homme qui souffre, de la pauvreté révélée et mise à nue… Des soirs, comme ça, on n’en a simplement plus envie. Le monde est triste, bien trop triste. O simple cri du cœur, naïf ! On voudrait bien que les informations s’arrêtent un instant, n’est-ce-pas ? Que les flots d’horreurs télévisés cessent de nous harasser. Un peu de place à l’imagination, à la beauté, au rêve. Me voilà dans les nuages, comme trop souvent d’ailleurs ! Et qu’il est plaisant de rêver !

 

Bien des techniques existent pour lâcher prise, décrocher comme on dirait. On peut crouler sous les pilules, avaler les Xanax comme on engloutit les cafés. C’est efficace, rayon légumes. On peut – charmant plaisir – aller danser jusqu’à pas d’heures. C’est même fortement conseillé. On peut aussi se saouler et rouler comme un tonneau. Toutefois, gare aux lendemains difficiles. Les plaisirs simples existent aussi. On l’oublie souvent, mais le cinéma est certainement l’un des plus efficace. On le plébiscite. «  Ah non mais il faut aller au cinéma ! ». Quoi de mieux qu’un film léger, à l’eau de rose, et bien parfumé s’il-vous-plait, où notre cœur s’emballe ? Qui n’a jamais haleté devant un polar à la James Ellroy, bien noir et sombre comme on les aime ? Les films apaisent ou subjuguent. Ils émeuvent, saisissent d’effroi. Et parfois même, je pleure. Larmes salvatrices !
Mais passons cette fois de l’autre côté de l’écran, là où tout se joue. Et tronquons la caméra pour un plus petit objectif. L’image s’arrête, se fixe, sur ces entremetteurs d’émotions. Vous verrez, elle aussi. La photographie de plateau peut révéler bien des surprises !


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Jeanne Moreau & Claude Mann dans La Baie des Anges (1962) de Jacques Demy

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Regards


Raymond Cauchetier
est passé maître dans l’art de saisir différemment les histoires qui se jouent en vingt-quatre images par seconde. Au terme d’une carrière photographique brillante – et qui mériterait un tant soit peu de reconnaissance – il photographia divers sujets, parmi lesquels le cinéma. Un cinéma plus précisément, celui de la nouvelle vague française. Jean-Luc Godard, Claude Chabrol, François Truffaut, Jacques Demy ou Bertrand Tavernier, pour ne citer qu’eux, virent le photographe français arpenter leurs plateaux, à l’affut d’une image sensible et poétique, pleine d’un charme qu’on qualifierait aisément de si français.

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jean-paul-belmondo-set-souffle-paris-1959-raymond-cauchetier-courtesy-polka-galerieJean-Paul Belmondo et Jean Seberg, 1959.

6794936645_77874e177b_bAnouk Aimée, 1961

 

Et qu’il est bon et simple de voir le visage insolent de Belmondo recevoir se doux baiser de l’actrice Jean Seberg. Ou de se plonger dans l’univers  du cinéma lui-même,  d’y découvrir ses plateaux, son metteur en scène, ses intermittents, ses décors, tout ce petit monde fabuleux et intriguant. La photographie de Raymond Cauchetier serait presque un documentaire, si elle n’avait ce je-ne-sais-quoi de plaisant et charmant. La beauté prend le dessus sur l’intérêt et la curiosité. On est subjugué, charmé à souhait par ses clichés. Et voyez vous-même, il n’a suffit que d’une seule image. Ou deux. Pas plus. Et vous voilà transportés !

 

Dayras

 

JJ610Jeanne Moreau, Oscar Werner et Henri Serre, 1961.

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