Discret label dans le microcosme parisien, Mesma Records n’avait laissé personne indifférent avec son premier disque, sorti il y a deux ans. Gabor – l’un des fondateurs et à la baguette du Bibelots EP, avait su trouver le juste milieu entre sonorités riches et rythmiques travaillées. Cette fois-ci, c’est le duo Late&Cie que l’on retrouve sur le devant de la pochette.

Mesma Records est décidément plein de ressources. Dans la droite lignée du MES001, «OEM EP» est une pièce de musique particulièrement travaillée et qui mérite l’écoute d’une oreille avisée.
Late&Cie est composé de Guillaume Val et de Paul Cut. Si l’on connaît moins le premier, le deuxième a lui a un passif déjà bien chargé. D’Ondulé Recordings – le label de Joss Moog – à l’écurie D.KO Records, en passant par Popcorn Records – l’entité de Siler & Dima, le pianiste/claviériste enchaîne les performances de haute volée.
Que ce soit pour mener la mélodie au sein du groupe Secret Value Orchestra ou en solo, il navigue avec aisance entre les genres. Presque rien d’étonnant que de le retrouver sur un projet à l’exact opposé de ses versants house habituels.
On distingue rapidement l’apport des notes de clavier dans les quatre compositions du disque. S’inscrivant sur la durée avec en moyenne neuf minutes, les morceaux sont d’étonnantes constructions rythmiques.

«Patatra» est l’archétype de ce schéma complexe qui évolue avec la mélodie, à l’exact opposé du traditionnel 4/4. Des notes de pianos volontairement courtes viennent donner le ton.
A la manière d’un Dave Brubeck qui avait bousculé les codes de la rythmique jazz en son temps, Late&Cie réinvente une musique à la fois esthétique et minimaliste.
«Vap» est plus hypnotique, les notes de synthé usent du reverb pour créer cet effet répétitif et langoureux. Il flirt aisément avec plusieurs sous-genre de cette house minimaliste. Gardant toujours en ligne de mire cette patte jazz.

«Siclic» est la parfaite allégorie de la forme déstructurée de la musique. A l’instar d’Akufen, Late&Cie casse le rythme avec des sons recherchés, sortant des carcans habituels. La chute du morceau est d’un calme absolu.
«Avkai» se base sur un kick lourd, mais tout ce qui se passe autour est remarquable.
Une forme de jazz moderne, paradoxalement cohérente, où les percussions saccadées s’accordent parfaitement avec des mélodies qui se bousculent harmonieusement. Les références sont nombreuses et on le retrouve sans doute involontairement à chaque note quelque chose de familier. Entraînant et mélodieux, le morceau n’a rien à envier au «Myrtle Avenue» de Floating Points ni même aux envolées maliennes du dernier album de St Germain. Tout y est, la vocale à peine perceptible renforce un peu plus cette atmosphère spéciale.

Mesma Records réussit à nouveau le pari de l’audace et de l’originalité. Sans jamais dévier de sa ligne musicale et en se réinventant, le label confirme et mûrit jour après jour.

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