La revue Volume ! sort un nouveau numéro intitulé « INNA JAMAICAN STYLEE, Usages et discours des musiques jamaïcaines ». Neuf textes passionnants qui traitent de multiples traits des musiques jamaïcaines et nous livrent un état des lieux des principaux débats associés à ces musiques.

La Jamaïque, comme beaucoup d’endroits colonisés par les Européens, renferme une histoire sombre, hantée par l’esclavage des populations africaines, et qui transparait dans la culture du pays, et ce jusqu’à aujourd’hui. « Il apparaît que l’esclavage reste la matrice à partir de laquelle la Jamaïque comprend les conditions socio-économiques actuelles de la majorité de sa population » explique Guilia Bonacci, auteur de l’article ‘Terrible et terrifiant. Le reggae jamaïcain au prisme des mémoires’ dans Volume !. Le pays, réclamé par les espagnols, sera conquis par les anglais en 1655 qui en feront une place stratégique pour le commerce du sucre. L’île tend progressivement vers l’indépendance, jusqu’à l’acquérir complètement en 1962. La société jamaïcaine se compose à 92% de population noire, et même si la Jamaïque est un petit pays, elle a toujours fait preuve d’une grande créativité musicale qui s’est développée rapidement à l’échelle mondiale.

3000Jamaica Boys – Brown & Dawson, c.1890

Les musiques que sont le reggae, le ska, le mento, le rocksteady, le dub mais aussi plus récemment le dancehall et le ragga sont toutes originaires de la Jamaïque et d’une industrie musicale conséquente. A travers le reggae et le ska, la culture jamaïcaine a aussi largement contribué au punk rock, tout comme elle a influencé la culture hip-hop qui partage ses racines rythmiques. Nombre d’acteurs du hip-hop ont d’ailleurs des origines jamaïcaines tels que The Notorious B.I.G., Heavy D et bien sur, Kool Herc, DJ américano-jamaïcain, crédité pour être à l’origine de la musique hip-hop dans les années 1970 dans le quartier du Bronx, à NYC.

Pour ce nouveau numéro de Volume ! dirigé par Thomas Vendryes, les articles proposés sont riches et passionnants, et couvrent de nombreuses facettes de la culture musicale jamaïcaine. Deux thèmes majeurs se dégagent, celui des pratiques phonographiques, et celui que les auteurs nomment « Culture », « slackness » et émancipation. Les pratiques phonographiques permettent de mettre en valeur le riddim, cette séquence musicale qui forme la base d’un morceau. Le mot est une déformation de l’anglais rhythm (rythme), qui provient du patois jamaïcain. C’est aussi dans cette partie que sont abordés les soirées sound system à travers l’analyse du maxi 45-tours, diffusé dans ces soirées. L’article ‘Le vinyle, le reggae et les soirées sound system. Une écologie médiatique’ de Jean-Christophe Sevin aborde le sujet en suivant le parcours d’un acteur de ce courant musical, tout en abordant l’évolution du vinyle et la question du son analogique, dans un monde numérique.

La partie ‘« Culture », « slackness » et émancipation’ est sans aucun doute la plus passionnante à nos yeux, elle évoque la mémoire et l’émancipation, deux thèmes essentiels de l’identité noire outre Atlantique, qui brassent des souvenirs de l’esclavage et de ses conséquences sur l’évolution de l’identité et de la culture jamaïcaine. Emmanuel Parent se concentre sur l’artiste Vybz Kartel, aussi populaire que controversé, et dresse un tableau des mutations contemporaines de la figure de l’intellectuel organique dans l’Atlantique Noire. Il est particulièrement intéressant de voir comment l’auteur étudie les possibilités d’une articulation des valeurs conservatrices du dancehall jamaïcain avec une certaine conscience de classe qui traite plutôt du ghetto et des ses caractéristiques. Carolyn Cooper évoque dans son article ‘Incarner l’émancipation : marronnages érotiques dans la culture dancehall jamaïcaine’ la culture dancehall jamaïcaine en tant « qu’espace politisé de marronnages critiquant l’héritage de régime de la plantation ». Un autre texte qui montre comment la musique, plus particulièrement le dancehall, traite de questions essentielles pour l’identité jamaïcaine.

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Ce numéro de Volume ! est une véritable découverte ou redécouverte des musiques jamaïcaines, fait d’articles passionnants qui traitent de nombreux sujets sous différents angles. Autant d’articles qui participent d’une description et d’une analyse des principaux traits caractéristiques de ces musiques jamaïcaines, à travers leurs usages – des riddims aux sound systems – et leurs discours – de la culture au slackness.

Retrouvez le sommaire de la revue et tous les articles sur le site internet de Volume !

Ne manquez pas la fabuleuse exposition ‘Jamaica Jamaica ! De Marley au deejays’ à la Philarmonie de Paris jusqu’au 13 aout 2017 : « La Jamaïque est un iceberg tropical dont la partie émergée, le reggae de Bob Marley, dissimule une singularité qui va bien au-delà de la musique. Réunissant objets, images et films rares, lʼexposition Jamaica Jamaica ! explore les multiples facettes de son histoire. »

On vous conseille aussi vivement le livre Rasta Gang, publié en 2009 par Alvik Editions, qui raconte l’arrivée d’un adolescent jamaïcain, dans le Brooklyn des années 1970, qui se heurte à la violence des gangs et rejoint la secte des Rastafariens. Un livre captivant et hyper réaliste qui évoque les différentes cultures de la diaspora africaine.

Alia.

Crédit photo de couverture Adrian Boot ; c’est aussi la couverture du passionnant Babylon on a thin Wire, paru aux éditions Allia.

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