Qu’est-ce que la photographie ? La question est posée par le Centre Pompidou jusqu’au 1er Juin. Interrogeant l’essence même de la photographie, cette exposition ouvre une réflexion sur son histoire et sa finalité. Définir ce qu’est la photographie se révèle être un exercice compliqué. Il n’existe pas de réponse unique.

L’histoire de la photographie est connue. Né des inventions de Niepce et Daguerre, elle s’est peu à peu développée à la finale du XIXe siècle. Avec son développement, la photographie a concurrencé la peinture sur le médium de la représentation tout en diversifiant sa pratique. Et dès ses débuts, les artistes se sont interrogés : de quoi la photographie est-elle le nom ?
Le Centre Pompidou s’interroge à son tour. Il questionne le médium photographique. En clair, ce qui fait de la photographie un art. Cette interrogation en apparence simple est trompeuse. Les réponses partielles fusent. On pense au dégout de Baudelaire pour ce médium. Il la qualifiait de pratique « immonde », donnant à voir un « un fanatisme extraordinaire. ». On se souvient aussi du magnifique essai de Roland BarthesLa Chambre Claire. Sans doute la plus belle analyse de ce qu’est la photographie.
Pourtant, la question subsiste. Elle demeure face à la diversité des pratiques photographiques, face à sa banalisatoin, face à la profusion d’images et la puissance d’une culture qui se veut de plus en plus visuelle. Comme un réseau de racine qu’on tire de la terre, une multitude de questions sous-jacentes se cachent derrière le titre de l’exposition.

 

 

La réponse du Centre Pompidou est bien pensée. Elle évite l’écueil d’une longue analyse abstraite et théorique. L’exposition répond avant tout par les oeuvres, regroupées en huit sections thématiques.  Man Ray, Jeff Walls, André Kertész et bien d’autres sont mis en avant. Tous ont tenté à travers leurs oeuvres de répondre à cette même questions obsédante. Encore une fois, les réponses multiples éveillent notre curiosité.

Le regardeur débute son parcours face à l’oeuvre de Paul Citroen (ci-dessus). D’après Clément Cheroux, conservateur et chef du Cabinet de Photographie au Centre Pompidou, cette photographie « représente le désir de voir à l’oeuvre dans le médium photographique ». C’est une première réponse. Vue ainsi, la photographie nous invite à la curiosité, à l’eveil. Avant toute autre chose, la photographie suscite et assouvit notre besoin de regarder. Elle est un moyen de voir autrement.
Le photographe Tosani a choisi de figer la figurine d’un marcheur dans un glaçon. Son plan rapproché interroge de façon pragmatique la pratique de la photographie, à savoir les fondements de cet art : « cadrage, point de vue, profondeur de champ ». On en revient aux basiques de la photographie. De même, les pièces de Timm Rautert se penchent sur l’expérience de la chambre noire.
L’oeuvre du polonais Mariusz Hemarnowicz se décompose en plusieurs récits photographiques. Le photographe se campe en amateur. Il écrit un pastiche du courrier de lecteurs d’une revue photographique. Il dit ne pas comprendre les ombres et fantomes qui apparaissent sur ses clichès. Son appareil lui échappe tout comme ses résultats. La photographie est un mystère pour lui ; une énigme sur papier blanc où apparaissent d’étranges résultats.

Les thématiques ont été longuement réfléchies. Les titres des sections sont évocateurs : une alchimie, un écart, des ressources. Chaque section contribue à une compréhension différente. La photographie peut se voir comme une ressource pour documenter et comprendre son monde. Elle peut aussi être l’écart entre la réalité et la représentation. Elle est avant tout un procédé chimique dans une chambre noire. Les réponses sont multiples, vous le voyez.

L’exposition aborde aussi les supports investis par la photographie. Man Ray sortait volontiers la photographie de ses carcans traditionnels. Il utilisait ses clichés pour venir orner des petits boîtes remplies d’objets divers. On peut comprendre l’objet de différentes façons : un simple lubie créative dans le plus pur esprit dadaïste, ou à l’inverse, comme la métaphore d’un médium qui se veut être une clé de compréhension du monde.
L’exposition se clôt sur l’oeuvre de Mishka Henner, Photography Is. L’anglais a longuement compilé les réponses obtenues sur un moteur de recherche interrogé par la saisie  » photography is … ». On comprend que les réponses sont multiples. Il n’existe pas une seule réponse mais bien une infinie de possibilités.

Man Ray, Boîte d'allumetes fermée

Man Ray, Boîte d’allumetes fermée

 

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Mishka Henner, Photography Is, 2010.

 

Quoique concice et extrêment pédagogique, Qu’est-ce que la photographie n’expose qu’une cinquataine de clichés. Quand on sait que le Centre Pompidou abrite la plus grand collection de photographie en Europe (près de 40.00 oeuvres), on peut regretter que l’exposition ne soit pas plus longue. Très bien fournie, pensée admirablement, elle mériterait toutefois la (re)découverte des joyaux du Cabinet de Photographie.

Qu’est-ce que la photographie est toutefois une exposition essentielle pour comprendre la myriade de possibilités et pratiques photographiques. La photographie est plurielle, belle et forte dans sa diversité.

 

 

Des Races. 

 

Plus d’informations :

– Le site de l’exposition au Centre Pompidou.

– Interview de Clément Chéroux et Karolina Ziebinska-Lewandoska pour l’Oeil de la Photographie.