Du Hip-Hop old school à la musique électronique actuelle, la Roland TR-808 a enfanté quelques uns des hits les plus iconiques des dernières décennies. Cette petite boîte noire de 50cm sur 30 est la pierre angulaire de la musique contemporaine post-rock, et symbolise une certaine idée du groove.

Pourtant, rien ne laissait envisager l’influence de cette vulgaire boîte à rythmes. Imaginée par les jap’ de chez Roland en 1980, la TR-808 – TR pour « Transistor Rythm » – comporte seize percussions très typées, du légendaire deep bass kick drum au handclap métallique, avec un système d’édition pas-à-pas très intuitif, mais ses sonorité jugées trop artificielles ne séduisent pas à sa sortie. Si bien que la production cesse dès 1984, laissant près de 12000 orphelines vendues $1195 en première main.  Le beat height o height fait néanmoins quelques appariations remarquées avec Marvin Gaye (Sexual Healing, 1982), Afrika Bambaata (Planet Rock, 1982) ou encore The S.O.S Band (Just Be Good to me, 1983) mais il faut attendre la fin des années 80 pour assister à son retour en grâce aux allures de véritable consécration. Sa simplicité d’utilisation, son prix (à peu près $100 grâce à la concurrence) et ses sons futuristes, en font un must-have des révolutions musicales à venir ;

« Boom like an height o height » dans le Bronx, ou les samples laissent place aux drumlines punchy bidouillées dans des garages. Des générations de MCs et de beatmakers façonnent un tempo typé Hip-Hop autour du lourd kick 8-0-8. On cite dans le désordre Marley Marl, Egyptian Lover, The Beastie Boys puis Lil Wayne, Dr.Dre, Kanye West (et son album « 808s & Heartbreak »). A Brimingham, Detroit ou Chicago, on délaisse les boys band pour miser sur les skeuds. Franckie Knuckles, LilLouis ou encore Larry Heard y vont de leurs renouveaux maisons (« House ») sur fond de breaks, de basses funks et de vocals samplées. En parallèle, Kraftwerk monte sur scène avec sa 808, Derrick May en fait l’arme secrète de ses sets, et le beat électronique Roland devient l’essence même du mouvement Techno. Depuis, la petite boîte magique ne cesse d’inspirer les nouvelles générations, de Prince à Janet Jackson, de Carl Craig à Richie Hawtin, et des Talking Heads à Daft Punk. La Pop s’attaque même à la bête, en tête de file Madonna (« When I hear them 808 drums/It’s got me singing », Girl Gone Wild, 2011) et Rihanna (« You hear that 808 ? The drum/That’s my heartbeat » Emergency Room, 2011).  Les puristes et les diggers s’arrachent encore les reliques d’occasion à prix d’or, près de 2000€ pour un joujou en état de marche. A leurs tours, ils rendent hommage à cet intemporel morceau d’histoire et de plastique, et font du neuf avec du vieux. De la musique quoi ?

Articles similaires