Depuis le 03 juin dernier et jusqu’à la fin du mois de septembre, le Jeu de Paume expose les photos de l’artiste hongroise Kati Horna. A mi-chemin entre couverture de conflits et réflexions avant-gardiste, Horna s’approprie ses sujets avec une légèreté et un savoir-faire déconcertant. Contemporaine de Capa, elle s’inscrit dans la même démarche de témoignage, à sa manière.

 

Kati Horna est hongroise. Née dans le début des tumultes du XXè siècle, elle quitte vite Budapest pour Berlin, puis Paris, et enfin l’Europe entière pour rejoindre le Mexique. En perpétuelle fuite du conflit, la géopolitique européenne mènera son appareil dans le Berlin Hitlérien, le Paris de 1939, dans le malheur de la guerre civile espagnole. En vrai témoin et journaliste, elle consacre son énergie à laisser une trace de ces époques, de ces atmosphères avec une patte particulière. La philosophie de Kati Horna s’inscrit dans une démarche altruiste, toujours en quête de la vie intime du Monsieur tout-le-monde, alors que s’abat sur l’Europe des guerres sanglantes.

 

A Budapest et Berlin, elle apprendra et travaillera aux côtés de Robert Capa et Emerico Weisz. Pendant que le premier s’évertue à saisir l’événement même (ici Léon Trostky lors de son discours sur la Révolution russe à Copenhague), Horna s’intéresse aux personnes, aux objets, à la force de la métaphore. Avec le peintre Wolfgang Burger, elle réalise en 1937 une série incroyable en mettant en scène un Hitler représenté par un œuf. Surplombant les autres œufs, « l’œuf-Hitler » harangue la « foule », puis est écrasé par un doigt humain, avant de finir coupé par un couteau. La force de l’œuvre est saisissante, le message passe. Pour Angeles Alonso Espinosa, commissaire de l’exposition, « la satire est énorme, parce qu’elle paraît en Allemagne en 1937, alors que Hitler est déjà au pouvoir ».

 

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KatyHorna_02Kati Horna, Sans titre, série Hitlerei, en collaboration avec Wolfgang Burger, Paris, 1937. Tirage gélatino-argentique, 16,8 x 12 cm. Archivo Privado de Fotografía y Gráfica Kati y José Horna © 2005 Ana María Norah Horna y Fernández

A Paris, de 1932 à 1937, son intérêt pour le métaphorique s’affirme avec des séries comme « Le marché aux puces » et « Les cafés de Paris », dans lesquelles masques et poupées se succèdent pour faire parler les œuvres de l’artiste. Comme Eric Bouvet soixante-dix ans plus tard en Ukraine (voir ici la série « Chaos » en Ukraine en 2014), Kati Horna use de la surimpression pour faire passer ses messages. Son travail en Espagne lors de la guerre civile espagnole est à cet égard à la fois impressionnant de sens et artistiquement magnifique. La Subida a la catedral résonne comme le chef d’œuvre de cette exposition au Jeu de Paume, mais s’inscrit dans une progression de l’artiste qui ne cesse de parler à travers ses œuvres.

KatyHorna_III_85Kati Horna, Subida a la catedral, [Montée à la cathédrale], guerre civile espagnole, Barcelone, 1938. Épreuve gélatino-argentique (photomontage), 22,2 x 16,6 cm.
Archivo Privado de Fotografía y Gráfica Kati y José Horna. © 2005 Ana María Norah Horna y Fernández

Kati Horna affectionne l’humain dans ses œuvres, autant presque que la métaphore. Je retiendrai particulièrement de l’exposition cette photo prise à ses débuts, à Budapest, de ces deux enfants bras dans les bras au dessus du Danube. Rien que pour cette photo, je vous recommande l’exposition ! A la différence de Capa, qui restera un photographe de guerre, Horna s’évertue à prendre les gens normaux, qui vivent le conflit à leur manière. Pas question ici de front ni de guerre, mais de portraits de l’enfant, de sa mère, de syndicalistes. Angeles Alonso Espinosa explique : « Pour Robert Capa, si la photo n’est pas bonne, c’est qu’on était pas assez proche de l’action. Pour Kati Horna, pas du tout. Elle a une façon très différente de dénoncer la violence ». La photographe s’engage aux côtés des anarchistes et des journaux engagés pour dénoncer la guerre civile. Elle y rencontrera son futur époux, José Horna, et prendra des clichés magnifiques.

Ici, elle prend la mère donnant le sein à son fils, comme si de rien n’était. Tout le talent de la Hongrois s’exprime dans sa capacité à transmettre la vraie vie des hommes et des femmes qu’elle rencontre, à plonger le spectateur dans le monde de la guerre, pas seulement sur la ligne de front.

 

 

KatyHorna_04Kati Horna, Sans titre. Vélez Rubio, province d’Almeria, Andalousie, guerre civile espagnole, 1937. Tirage gélatino-argentique, 25,5 x 20,5 cm.
Archivo Privado de Fotografía y Gráfica Kati y José Horna. © 2005 Ana María Norah Horna y Fernández

Après l’Allemagne, la France, l’Espagne et encore la France, Kati Horna fuit la Vieille Europe pour le Mexique. Elle y vivra jusqu’à la fin de sa vie, et s’inscrit là-bas dans un registre plus social. Photographiant un hôpital psychiatrique, les pièces de théâtre d’Alejandro Jodorowski ou un carnaval, la photographe se consacre à l’art, sans perdre en engagement. On retrouve beaucoup de clichés réalisés avec José Horna, mais aussi des clichés surréalistes.

 

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Kati Horna, José Horna elaborando la maqueta de la casa de Edward James, [José Horna élaborant la maquette de la maison d’Edward James], Mexico, 1960. Archivo Privado de Fotografía y Gráfica Kati y José Horna. © 2005 Ana María Norah Horna y Fernández

Il ne reste qu’une dizaine de jours, jusqu’au 21 septembre, pour aller voir les magnifiques photos de Kati Horna au Jeu de Paume.

 

Crédits photo couverture :

Kati Horna dans le studio de József Pécsi. Budapest, 1933. Robert Capa (attribué à). Tirage gélatino-argentique, 10,5 x 7,5 cm.
Archivo Privado de Fotografía y Gráfica Kati y José Horna. © 2005 Ana María Norah Horna y Fernández

Vous pouvez retrouver les photos de Kati Horna sur le site du Jeu de Paume ici.

Informations pratiques.

Entrée -25 ans/étudiant : 7,5 €.

Entrée générale : 10 €.

Jeu de Paume, 1 place de la Concorde. 75008 Paris.

 

 

Amaury.             

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