Kieron vient pour sa première date en France au Djoon pour un All-Night Long comme le loft du 13ème sait plutôt bien en organiser. Retour avec l’artiste anglais sur son dernier EP, un délice de deep-house aux sonorités d’une autre époque.

K15 est discret, et plutôt marrant sur les Internets. Sur Twitter, il se géolocalise dans sa chambre et poste des photos de la « Raw Techno », aka la Ford Focus Techno Edition des années 1990. Sur Facebook, il se décrit comme fan de Miles Davis et Jazzanova. Mais aussi de Schubert et Muse. Il parle ici et là de sa MPC 200XL, mais sans plus de détails. Pas grand-chose donc à se mettre sous la dent, si ce ne sont trois EP sortis en 2014 sur vinyle qui suivaient une première release en mp3 de 2012. Ah oui, K15 est aussi passé devant les gopro de la Boiler Room pour 30mn de hip hop l’an passé.

Fin novembre 2014, Kieron fait la quinzième sortie de Wild Oats, le label made in Detroit de Kyle Hall. Il y sort « Insecurities EP », un concentré en cinq tracks d’une house délicieuse, rebondissant sur les références disco et grassouillettes de la house music des années 1990. Cinq tracks donc, aux cinq coins des musiques électroniques.

Avec une éducation musicale fondée sur le hip hop et le garage principalement mais surtout un lourd passif de digger, K15 use et abuse du sampling. « Je me souviens avoir trouvé des samples que des gens vraiment différents avaient déjà utilisés. J’utilise des samples de tous les genres : ça va des musiques de film au rock, en passant par la lounge music. Je trouve ça impressionnant la variété de ces musiques. Et suis encore impressionné à chaque fois. Au fil du temps, j’ai appris que le plus large je ratisse, la plus intéressante ma palette d’idées et d’envies devient. Et du coup, sampler des tracks, en écouter d’autres, re-sampler des tracks déjà utilisés, tout ça m’aide à avancer » explique-t-il. Et c’est finalement très logiquement qu’on reconnait sur trois des cinq tracks de l’EP des influences extérieures.

Sur le titre phare de l’EP, la face A « Story Of My Life », l’Anglais s’est servi dans une production house éponyme d’un trio de voix féminines de Philadelphie. Avec « Insecurities », on retrouve du « Atom Funk » de Pépé Bradock, pépite culte sortie sous le patronyme Trankilou, son duo avec Ark. « Après, le sample n’est pas d’Atom Funk, même si on a utilisé le même sample – je n’arrive pas à me rappeler d’où ca sort … » précise Kieron. Quant à « GWHR », le verso du premier vinyle, on y reconnaît dès les premières notes le « Gipsy Woman » des Crystal Waters. « Le sample de GWRH est un gros morceau. C’est limite sacré en fait, mais c’était assez marrant à faire. Le sampling … C’est une telle possibilité de repenser et retravailler toute les musiques, de cette ère ou d’une autre … J’ai [aussi] retravaillé GWRH dans une track plus hip-hop, plus smooth. Et ça a marché aussi ! Le sampling, ça permet à la track d’origine de s’ouvrir, et puis surtout de prendre un nouveau départ parfois » ajoute K15 à son propos.

De la house au hip-hop donc, Kieron s’amuse avec les tracks. Tout son processus de production est réfléchi. Entre deux phrases, il m’avoue s’inspirer des grands noms des musiques électroniques US des années 1990. De la house groove et grasse des banlieues sud de Chicago fièrement représentée par Glenn Undeground à Kenny Larkin, lui fer de lance de la seconde génération de la techno made in Détroit, il jongle entre les genres. Et continue à citer les pointures qui l’inspirent : Patrice Scott, Spooky, Kerri Chandler, Tuff Jam, Marcellus Pittman, Ciara … Mais c’est Matthew Herbert qui semble avoir fait l’unanimité, lors d’une de ses nombreuses – et passionnantes – conférences. « J’ai récemment été à une conférence de Matthew Herbert. Il avait pas mal parlé de la création musicale. Quand on commence à produire de la musique, il y a un voile de naïveté. Mais quand on commence à produire pas mal, on le perd, et tout ce qu’on recherche, c’est retrouver ce voile. J’ai été lui parler après coup, ça m’avait pas mal parlé ce qu’il avait dit. Et ça résonne toujours en moi aujourd’hui. On a parlé de la sécurité qu’apporte ce voile, et on est arrivés à cette conclusion : c’est que quand tu produis de la musique pour toi-même ou pour l’amour de faire de la musique que le voile de naïveté s’évapore, et que notre vraie nature musicale ressort. Et c’est là que notre approche change – ou doit changer ».

Plus la conversation avance et plus la passion du producteur ressort. La production est pour lui un grand jeu. « J’essaie vraiment de m’amuser, de le faire pour moi, et ne pas me soucier de comment ça pourrait être bien ou mal perçu. Parfois, je commence à produire avec les machines, parfois avec un sample. Parfois je commence avec des trucs déjà existants, ou parfois je me plonge dans un remix, donc j’ai un point de départ ». Le rendu est vite agréable à l’écoute, et finalement, cette approche de la musique se ressent dans cet EP.

Pour finir sur une note optimiste, alors que le vinyle était en sold-out sur le site de Wild Oats et dépassait des sommets assez ridicules sur les marchés secondaires, une seconde fournée est sortie il y a quelques jours. Et bientôt déjà épuisée, me dit Kieron …

 

 

Vinyle à se procurer ici au plus vite. Et K15 à retrouver au Djoon le 7 mai prochain pour un All-Night Long.

Pour être au courant des prochaines actualités et surtout blagues de K15 sur la Toile, il est à retrouver sur sa page Facebook.

And most of all, deep thanks to Kieron to have shared some thoughts with us.

Amaury.

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