On ne cessera jamais de le répéter mais les pays Nordiques sont un nid à talents, on ne compte plus le nombre improbable de perles qui surgissent chaque année et plus particulièrement en Suède. C’est à se demander ce qu’il se passe là-bas, si des gênes sont prédisposés, si au final le but n’est pas d’engendrer une révolution musicale rien qu’avec la musique électronique, on ne les compte plus, d’Axel Boman à Sharkarchi & Straneus en passant par Minilogue ou Genius Of Time, la liste est longue et d’autres ne sauraient tarder à montrer le bout de leur de nez. C’est le cas du duo formé par Henrik Jonsson et Joel Alter sobrement composé de leur deux noms de famille donnant Jonnson/Alter. Un premier album intitulé Mod sorti en 2011 avait annoncé la couleur, le talent commençait à éclore avec 6 titres ainsi qu’une petite introduction qui marquaient des grands débuts, une touche entre ambiant et techno animait une première sortie déjà remarquable, ils savent y faire et ce n’est que deux années plus tard qu’ils décidèrent de remettre le couvert avec “2” et que dire, ils ont sensiblement évolué. Leurs morceaux furent remixés par un certain Dorisburgh notamment et un edit du fantatisque Move D vient donner ce petit plus. Côté solo Joel Alter a déjà quelques sorties à son actif tandis qu’Henrik Jonsson reste plus discret. Mais bon ça fait seulement trois petites années qu’ils ont envahi la scène électronique et ce n’est que le début.

Si l’on pouvait décrire leur premier album on lui attribuerait une forme de jam, plus dans une volonté de s’amuser tandis que celui-ci démontre une forme d’accomplissement avec un certain attachement au perfectionnisme, tout est propre, les deux compères semblent avoir passé des heures en studio pour qu’aucune fausse note ne ressorte de cet album complet et il faut le dire tout simplement magnifique. Les différentes sonorités me rappellent les albums Xine et Inner Motions de Sven Weisemann, une clarté émane des différentes productions, un sentiment rêveur parfois spatial. Le rythme est cependant bien plus rapide, les percussions sont plus nombreuses et démontrent une rapprochement avec une dub techno agréable à entendre et qui paradoxalement adoucit.

En Melodi est une oeuvre somptueuse où un piano vient retentir en écho dans nos oreilles, il y a une symbiose entre les différents éléments, même si les basses peuvent paraître imposantes elles participent à l’évolution du morceau. Au contraire de Praha où celles-ci sont totalement absentes alors qu’on pense les trouver vers le milieu, tout est question d’intensité les synthés résonnent comme dans une caverne, on en devient presque fou mais tout est cohérent.

Brevet Hem est le seul titre où une voix (celle de Kazumi) vient s’ajouter aux différentes mélodies mais quelle voix, on se sent immédiatement transporté, la voix n’est pas sans rappeler Au Revoir Simone, c’est doux à souhait et on en redemande encore. La petite touche acid de Tuffa Sig vient donner une autre dimension à cet album, au premier album le fil conducteur semble être celui d’une histoire noire et presque aggressive mais au fur et à mesure les sonorités s’éclaircissent pour donner un tout autre visage au son, on écoute avec attention et on découvre tout le travail effectué par le duo Suédois, c’est d’une précision sans failles, délicieusement irréprochable. Enfin Jimi est sans doute le morceau le plus techno de tout l’album, les basses sont plus lourdes et le synthé nage dans des sonorités moins enjouées que d’habitude mais c’est tout aussi plaisant, c’est là aussi la force de Jonsson/Alter lorsque l’on compare les différents titres, cette capacité à passer d’une intensité à une autre. Ces mecs en ont dans le ventre et ne vont pas s’arrêter en si bon chemin et puis vu le succès ça ne peut qu’aller en s’améliorant, alors imaginez…

 

Thibault