Difficile de mettre des mots sur le travail de Jérôme Zonder tant la noirceur et le malaise dominent. D’un seul coup de crayon, il peut ainsi provoquer l’horreur ou la compassion, le tout avec une précision et une technique irréprochables. Après avoir exposé à Nantes et à Tarbes l’an dernier, l’artiste revient à la Maison Rouge avec une exposition qui nous amène à découvrir ses oeuvres au travers d’un parcours initiatique.

Agencée tel un labyrinthe qui n’en est pas un, l’exposition «Fatum» (espoir en latin) présente la plupart des oeuvres de Jérôme Zonder. Sorti de l’école des Beaux-Arts de Paris en 2001, il décide de se consacrer uniquement au dessin, laissant la peinture à d’autres et surtout ne privilégiant que le noir et blanc. Chose encore plus étonnante, une nouvelle privation s’ajoute qui va sans doute avoir son importance, l’interdiction stricte et nécessaire de l’usage de la gomme.
Comme un message renvoyé au monde, chaque geste, chaque choix a un impact sur ce que l’on fait.
Laissant libre court à son imagination, le dessinateur ne se fixe pas de limites et va là où son crayon l’amène.
Comme un bras d’honneur aux couleurs et à la peinture, ne laissant pas influencer, Jérôme Zonder excelle dans un art qui est rarement privilégié, critiquable sur certains points mais honnête et sincère dans sa démarche.

Et cela se ressent rapidement dès les premiers pas, la moitié de la Maison Rouge lui a été réservée et les murs font partie intégrante de l’exposition puisque Jérôme Zonder s’y est attardé pour dessiner dessus.
On prend rapidement conscience de l’étendu de la technique de l’artiste qui va d’un coup de crayon fin et ultra détaillé à une mine plus large, moins impressionnante mais qui appelle à l’imagination. Sa palette technique fascine et il apparait évident que rien n’est laissé au hasard, tout est calculé.

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Jeux d’enfants #1, 2010

Ce qui a sans doute choqué dans les médias et titillé le politiquement correct, c’est ce mélange osé et dangereux entre l’horreur et le monde enfantin. Ses dessins dérangent, lui-même le reconnait et dans une société où la moindre sortie de route est sanctionnée, le dessinateur joue avec le feu tout en restant juste.
Quand certains voient en la jeune garde un monde sans violence, où les sentiments haineux et les dérives de l’être humain ne sont pas encore présents, Jérôme Zonder lie deux univers qui s’opposent.
Ne faisant qu’un, l’image d’une enfance violente ressort avec insistance et chaque détail apporte un message.

Ma préoccupation était de pouvoir restituer la complexité du monde, son caractère hétérogène.

Hétérogène de par les sujets utilisés et maniés à la perfection par l’artiste qui se revendique d’un monde violent dans lequel nous vivons tous et qui l’inspire.

Intuitivement, la violence a depuis le début orienté le choix des sujets dans mon travail
et organisé le rapport que je voulais entretenir
avec sa matérialisation. II s’agit de la violence dont on hérite et de la violence du monde au présent.

La série «Jeux d’enfants» illustre à merveille le travail de Jérôme Zonder sur le détail, les éléments qui composent son dessin rappellent notre enfance de Piscou aux personnages Disney le tout en compagnie d’un élément pornographique.
La force des images, la sensibilité du dessinateur est mise en jeu à chaque oeuvre et il faut réussir à rentrer dans son univers sans le juger. Car là est toute la difficulté, ne pas tomber dans des travers et trop vite s’emporter.
Adepte de différentes techniques, il nous fait voyager sans jamais reproduire la même chose et insister sur le fait qu’on ne revient jamais sur ce qu’on a fait, pas de gomme, des erreurs assumées pour une exposition riche et noire à souhait.

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L’autre #1, 2007

 

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Le site de la Maison Rouge

«Fatum» du 19 Février au 10 Mai 2015

 

 

Thibault

 

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