OLYMPUS DIGITAL CAMERA

 

« Tout est poésie. » Poésie, poésie toujours, poésie encore … Elle est comme un leitmotiv dans la vie de Jean Cocteau. Oh, bien entendu, ne se limite pas qu’au vers libres ou codifiés. Pour Cocteau, la poésie est un tout. Elle se drape tour à tour dans le théâtre, le roman, le dessin, la peinture et le cinéma. Cocteau devient alors un de ses artistes auquel on accole les étiquettes : écrivain, poète, dramaturge, metteur en scène, dessinateur, cinéaste … et j’en passe ! Son œuvre est immensément riche. « Sans doute pour que ma graine vole un peu partout » expliquait-il ! Une véritable profusion. On s’y perdrait sans l’aide du Musée des Lettres et Manuscrits.

Divers dessins de Jean Cocteau (cliquez pour agrandir)

 

Le Musée des Lettres et Manuscrits présente jusqu’au 23 Février l’abondante et protéiforme œuvre de ce poète né en 1889 et mort en 1963, il y a cinquante ans. L’exposition, bien construite, présente l’auteur par période. Elle se fonde très largement sur sa vie, les objets d’arts, reliques et autres trésors venant imager différents pans de son existence. On nage parmi les lettres qu’il écrivit à son mentor artistique, Raymond Radiguet, ainsi que celles destinées à son amour éternel, Jean Marais. On s’attarde sur ses dessins et autres autoportraits. On se jette enfin parmi les brochures de film, les montages projetés et les vieux scripts. Tout cela avec délectation !
Jean Cocteau est un homme fidèle. Il transporte avec lui ses concepts et ses idées, ne les reniant presque jamais. Il les métamorphose plutôt, il leur redonne une seconde jeunesse. Ainsi, il exploita le thème du miroir sous toutes ses formes. Il voulut  « retendre la peau des mythes grecs » (et excella dans cet exercice). Enfin, il fit de l’étoile un autre de ses leitmotiv.

 

Commençons d’abord par le miroir, si vous le voulez bien ! Cocteau se juge laid, ou du moins il ne plait pas. Il s’observe, il tatillonne. Il se confronte à lui même sous toutes les couleurs. L’image renvoyée le perd. Dans une chambre d’hôtel à Villefranche-sur-Mer, Jean Cocteau s’observe durant de longues semaines. Il se confronte à lui même des jours entiers, le miroir comme seul adversaire. Au terme de cette longue confrontation naissent plusieurs autoportraits. Des dessins en couleurs où se mêlent quelques phrases. Une catharsis fragile et terriblement touchante. L’œuvre autobiographique de Cocteau ne se limite pas à cela. Dans Les Enfants Terribles, Cocteau déguise son enfance. Il couvre ses épreuves de dessins. Les pages se couvrent d’enfants espiègles, ces petits chenapans. Cocteau se confronte à lui-même. Son âme vive a besoin d’un souffle au cœur. Il a besoin d’une étoile.

 

Série d’autoportraits de Jean Cocteau (cliquez pour agrandir)

Il la trouvera deux fois. Encore jeune, il trouve son maitre à penser en la personne de Raymond Radiguet. Les deux hommes se nourrissent intellectuellement. Ils sont inséparables. Ensemble, ils écrivent des chefs d’œuvre. Mais Radiguet meurt et Cocteau devient « veuf sur le toit », comme disait Mauriac. Son étoile artistique s’éclipse. Il erre puis plonge dans l’opium. Paradoxalement, la drogue le nourrit. L’opium l’entoure de ses vapeurs, il lutte désespérément contre elle. Sa lutte passe encore et toujours par la poésie. Il en tire de subtils dessins (Rêveries d’opium) ainsi que des vers.
Un autre étoile le touche alors. Lors d’une audition pour sa pièce Œdipe Roi, il tombe amoureux de celui « qu’il dessine depuis des années sans le savoir ». Il fait jouer Jean Marais dans sa pièce, s’amourache de lui. Le grand amour ! Les deux hommes construisent alors une relation durable, féconde artistiquement. Celle-ci dure, jusqu’à se transformer petit à petit en une amitié tendre. Et les étoiles renaissent alors, sous la forme de petits dessins, griffonnés un peu partout, ici et là.

 17166ClergueJeanCoct 15.75x19in

Jean Cocteau photographié par Lucien Clergue

Il ne reste plus que les mythes. Cocteau leur fait peau neuve ! Il réécrit les antiques (Œdipe Roi  puis La Machine Infernale, Antigone), retransforme les nordiques (le mythe arthurien avec L’éternel Retour, Les Chevaliers de la Table Ronde) et s’attaque même au plus contemporain, tel que son adaptation de La Belle et la Bête, maintenant grand classique du cinéma. Les mythes retrouvent un élan de modernité mais conservent leurs interrogations premières. Cocteau questionne la condition humaine, dans ses écrits comme dans ses films. Tout ce qu’il touche, il le réussit. « Maintenant je sais écrire en pellicule comme en lettre ».

Enfin, se pencher sur l’œuvre de Cocteau permet de redécouvrir cette époque foisonnante que fut le XXe siècle. Un tel vivier culturel, qu’on qualifierait facilement d’âge d’or… Son théâtre « rouge et or » se décore dans les drapées de Chanel et les mélodies de Satie. Il écrit pour Edith Piaf et joue du jazz dans les caves parisiennes. Il fréquente Picasso, Apollinaire… Ô les beaux jours… Quelle belle époque !

On ne pourra finir qu’en le citant. Réfléchissant à son œuvre, Cocteau affirmait « ne pas aimer le style à la mode qui consiste à feindre de mépriser ce qu’on recherche par crainte d’avoir l’air enthousiaste ». Le style de Cocteau était simple. Simplement rayonnant.

 

Dayras.

 

Informations : 

Le site du Musée des Lettres et Manuscrits

Exposition jusqu’au 23 Février.

Notre page Facebook

Related Posts