L’album Tides of Mind d’Oxia est sorti en Avril dernier ( review ici ), l’occasion pour nous d’échanger quelques mots avec le producteur grenoblois d’expérience qu’il est afin de parler de lui, d‘Infiné et de la scène électronique francaise.




High Five Magazine : Salut Olivier, ton dernier album Tides Of Mind sorti chez Infiné en Avril est le dernier élément d’une carrière de dj déjà bien entamée ( depuis les années 90 ! ). Alors presque huit ans après 24 heures et au sein d’un label du rang d’Infiné, on peut dire que TIdes Of Mind est un album de maturité ?


Oxia : Salut, oui effectivement il s’est passé pas mal de choses depuis mon album 24 Heures, il y a eu pas mal de EPs, de remixes… Mais c’est vrai que ce nouvel album a été l’occasion pour moi de faire autre chose que des tracks purement destinées aux dancefloors, ce que j’ai fait ces 8 dernières années. 
Donc je ne sais pas si c’est un album de maturité, en tout cas pas mal de gens me l’ont dis, justement parce qu’il y a des morceaux différents, plus deep et mélodieux, dont Sway et Traveling Fast avec la chanteuse Mesparrow. C’est d’ailleurs quelque chose de nouveau pour moi de travailler avec des chanteurs. 
 
High Five Mag : D’ailleurs, d’ou vient le nom Tides of Mind ? 

Oxia : Littéralement ça veut dire: ‘Marées de l’esprit’, je voulais un titre qui traduise le fait que la musique peut influencer notre état d’esprit, que notre humeur peut changer selon ce qu’on écoute, elle peut nous rentre parfois joyeux, parfois triste, nous émouvoir… Mais aussi dans l’autre sens ; selon mes humeurs je vais faire des tracks différentes, plus mélancolique, plus groove, ou plus dark… 
 
HFM : Depuis tes débuts sur la scène électronique tu vis à Grenoble, loin de Berlin, Hambourg ou même de Paris. Mais cela n’a pas l’air d’être un véritable handicap pour toi, voir même un atout si on considère ta rencontre avec le lyonnais Agoria ?

Oxia : Oui effectivement je suis resté à Grenoble depuis le début, et deux ans à Lyon, c’est justement à ce moment la qu’on s’est vraiment rapproché avec Seb Agoria. On se connait depuis presque quinze ans je crois. Et donc comme lui, je n’ai pas ressenti le besoin de bouger de notre région, là où nous sommes nés. 
C’est vrai que nous avons réussit, pour ma part, en restant à Grenobleje pense que ça fait parti de mon équilibre. Etant donné que je bouge presque tout les weekends, j’ai besoin de rester le reste du temps prêt de ma famille et mes amis proches, dans une ville où j’ai mes repères… Après qui sait, si j’avais vécu à Paris ou Berlin, peut-être que ma carrière aurait été différente, ça peut parfois aider aussi. Mais comme je ne travaille pas très vite, si je vais dans une ville internationale, où il y presque toute la semaine des endroits où sortir ou des choses à faire, je pense que je ne travaillerai plus assez…



HFM : Au sujet de ton évolution musicale, tu as l’air d’avoir un peu délaissé les sonorités techno façon Detroit au profit de mélodies, de claviers, et d’un groove un peu mélancolique. Ce sont tes propres inspirations qui t’ont donné envie d’évoluer comme ça ou peut-être l’envie de se démarquer d’une scène électronique de plus en plus saturée et sans surprises ?

Oxia : Oui effectivement depuis mon album 24 Heures, qui était très influencé par la techno de Detroit, cela à un peu changé, évolué au fil du temps. Evidement cela fait toujours parti de mes influences, mais c’est beaucoup moins présent. C’est qu’avec les années on change, on évolue, on écoute d’autre choses, et le coté grosse techno m’a un peu lassé, et je suis donc petit à petit revenu a ce que j’écoutais au début, de la house. Je pense que Tides Of Mind est vraiment un mélange de mes vieilles influences, aussi bien le funk, la soul que des choses plus récentes, évident en musique électronique. Mais pas seulement, car j’écoute pas mal de jazz, de musique classique, de folk, et tout cela m’influence forcément, même si ce n’est pas toujours évident quand on écoute ma musique. Quand je produis une track, je ne me dis pas « je vais faire tel ou tel style », je me laisse guidé par mon inspiration du moment. Après on a tous envie de se démarquer un peu les uns des autres, mais la aussi ce n’est pas toujours évident. Donc je crois que le mieux est de rester intègre et de faire ce que tu sens.
 
 
HFM : J’ai lu dans une interview que tu as donné il y a quelques mois que tu travailles assez lentement, et de façon assez perfectionniste, peux tu nous raconter comment se passe l’élaboration d’un son, de l’esthétique générale d’un album ? As tu une image précise de ce que tu veux réaliser ou te laisses tu guider librement pendant la production ? Quel genre de musique as tu écouté pendant l’élaboration de Tides of Mind ?

Oxia : Oui comme je te disais je travaille assez lentement. Perfectionniste c’est vrai aussi. Mais j’ai surtout du mal à me satisfaire de la première orientation quand je travaille sur une track, je me dis toujours que je peux trouver mieux, donc je retravaille, je cherche. Parfois j’ai tort, et il arrive souvent que je revienne à mes première idées. Ne dit on pas « le mieux est l’ennemi du bien » ?
Pour l’élaboration d’un album, c’est toujours difficile d’expliquer comment ça s’est passé, étant doné que pour moi ça s’est étalé sur environ un an. J’ai d’abord travaillé sur chaque track, souvent je ne les finissais pas complètement, je revenais dessus après en avoir commencé d’autres, pour justement garder une cohérence, un fil conducteur. Même si les morceaux de l’album sont tous différents, on retrouve des ambiances ou des sons en commun, une atmosphère.  Mais effectivement je me laisse surtout guider assez librement, et une fois que j’ai un squelette, une ossature, je sais généralement ce que je veux derrière, et j’arrive à visualiser l’album. 
Pour ce qui est de ce que j’ai écouté pendant que je faisais Tides Of Mind, vous avez déjà une partie de la réponse dans la question précédente.
Donc, jazz, pas mal de jazz vocal, comme Bille Holliday, Ella Fizterald, ou des artiste plus récents, mais aussi des choses plus instrumentales comme, entre autre, Miles Davis. Donc aussi pas mal de musique classiquede vieux morceaux soul et funk, des choses aussi plus récentes comme Jamie Lidell, Erika Badu… Et pas mal de d’artistes comme Radiohead, Loney Dear, Bon Iver et un groupe français que j’ai aussi pas mal écouté quand je travaillais sur l’album, qui s’appel Syd Matters. J’ai écouté aussi pas mal de S.Gainsbourg… Et bien sur des choses plus électronique, comme les albums de Matthew Dear, Robag Whrume, Dillon, James Blake, Apparat… 
 
HFM : A titre personnel j’ai beaucoup apprécié les claviers et les accords de piano qui guident beaucoup de tes dernières productions ; c’est un instrument ( le piano ) que tu joues depuis longtemps ? En live également ?

Oxia : Oui effectivement j’ai pas mal utilisé des sonorités de piano pour cet album, mais un peu sans m’en rendre compte, j’ai réalisé après seulement.  
C’est évidement un instrument que j’affectionne particulièrement, j’en joue un tout petit peu, mais malheureusement très mal, je ne suis pas un vrai musicien, je veux dire pas au sens technique, et je ne suis pas capable de jouer du piano en live, j’aurai trop honte ! J’ai pris des cours il y a quelques années, mais pas assez longtemps pour savoir vraiment bien jouer…
 
HFM : A propos des live justement, c’est un exercice que tu apprécies autant que la production ? Comment tu prépares un Dj Set par rapport à un Live ? 

Oxia : Oui depuis quelque temps je me suis remis au live, c’était assez long à préparer, et je ne peux pas dire que j’y ai pris autant de plaisir qu’à faire de la musique, mais heureusement mon ami Nico Masseyeff m’a encore une fois bien aidé. 
Mais maintenant que le live est fait, je suis vraiment content, et je prend du plaisir à le faire, même si pour le moment je ne l’ai pas fais souvent.A côté je continue toujours à jouer en dj set, je ne veux pas faire que du live, je prend trop de plaisir à jouer un set. C’est vraiment différent, pour un live il y a quand même pas mal de choses à préparer, à retenir, au niveau des enchainements des tracks, des effets… Alors que le dj set ne requiert pas vraiment de préparation, mis à part chercher et écouter des nouvelles tracks, après tout se fait au feeling.   



HFM : Parlons un peu du label Infiné, quelle est ta relation avec les autres artistes ? Avec des productions aussi variées que celles d’Aufgang, Apparat ou plus récemment Spitzer comment est ce que tu décrierai le point d’ancrage entre vous ?
Aussi, Agoria ayant pris ses distances, comment s’est réorganisé le label ? Qui dirige l’ensemble des productions sortantes et vers quelle horizons le label va tendre ?

Oxia : Je connais une petite partie des autres artistes du label, comme Rone, Clara Moto, Spitzer, Francesco Tristano ou encore Cubenx. Ce sont tous des super producteurs, mais aussi des gens que j’apprécie humainement, donc on se croise de temps en temps, et on est toujours très content de se voir. 
C’est vrai qu’il y a des choses complètement différentes chez Infiné, c’est d’ailleurs cette ouverture d’esprit qui m’a plu au premier abord chez eux. Nous avons tous notre son, mais l’état d’esprit reste le même, faire de la musique de qualité et prendre du plaisir.  Je trouve toujours assez classy les productions du label, quel que soit le style. 
Oui depuis que Seb Agoria est parti, cela à forcément un peu changé, c’est Alexandre Cazac et Yannick Matray, les deux autres co-fondateurs qui s’occupe de gérer le label.  Après je ne suis qu’un artiste parmi les autres, je ne suis pas impliqué dans le fonctionnement, donc je n’en sais pas vraiment plus que vous sur les orientations du label.
 
HFM : Enfin, comment est ce que tu vois la scène électronique évoluer dans les prochaines années ? Ton dernier album est conçu pour être écouté autant sur la piste de danse que dans son salon, est ce le sens de cette évolution ?

Oxia : C’est toujours difficile de répondre à cette question, je ne sais pas vraiment comment cela va évoluer après tout ce qui a déjà été fait. Depuis quelques années, c’est un peu une fusion de plusieurs styles qu’on entend, avec des choses nouvelles et modernes, mais aussi pas mal de choses influencées par le passé. 
Effectivement mon album peut aussi bien s’écouter chez soit que sur un dancefloor ( peut être pas toutes les tracks ). Pour moi c’était essentiel, je voulais vraiment faire des choses différentes, ça fait partie de mon évolution, pas forcément de celle de tout le monde. Même si c’est vrai que l’on s’est de plus en plus ouvert, on hésite plus à faire des choses différentes, à mélanger les styles, ce qui donne souvent des choses très intéressantes.  
 
HFM : Quel est le dernier album que tu as largement apprécié ? Le dernier artiste que tu as découvert ?

Oxia : Ces derniers mois je n’ai malheureusement pas eu trop le temps d’écouter de nouveaux albums, car j’ai acheté pas mal de vieux albums il y a quelques mois, et je n’avais pas vraiment eu le temps de les écouter, donc je rattrape un peu le temps perdu . Les albums les plus recents sont certainement ceux de Gravenhurst, ou plus électronique, ceux de Dave Aju ou Saschienne… 
 
HFM : J’imagine que ton métier est éprouvant physiquement : danser, mixer, s’amuser, tout cela donne faim. Peux tu pour finir nous donner ta recette favorite après une nuit bien remplie ?

Oxia : Oui effectivement on se dépense pas mal physiquement, et comme tu dis ça donne faim ! Mais souvent quand on rentre de soirée c’est l’heure du petit déjeuner, donc la plupart du temps, ce n’est pas vraiment possible de commander son plat préféré. Mais j’adore les petits déjeuners à l’hôtel, il y a souvent beaucoup de choix, je commence generalement par des oeufs brouillés avec du jambon, du fromage et des patates, ensuite pains au chocolats et croisants, et je finis par des fruits.
 
HFM : Merci beaucoup pour tes réponses et de porter ainsi les couleurs de la scène électronique française .

Oxia : Merci à vous !
 
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Bonny

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