D’une qualité et d’un groove impressionnants, les 12 tracks de « In The Dark : The Soul of Detroit » s’accompagnent d’un documentaire. Une plongée d’une demi-heure dans Detroit qu’on vous fait découvrir avec Jérôme Derradji, l’homme à l’origine de la compilation et du film.

Compilation « In The Dark : The Soul of Detroit » de 12 tracks. À la direction, Jérome Derradji, et derrière les tracks, la scène House de Detroit.

Tout ça, c’est une histoire de potes. Pendant que leurs noms font figures de pères fondateurs en Europe, eux font leur vie et continuent à produire dans une des antres de la musique électronique. Entre deux tournées, ils retournent à la maison. « Ils », c’est la génération house de Detroit de la fin des années 1980 qui est signée sur « In The Dark » : les Amp Fiddler, Rick Wilhite, Mike Huckaby, Marcellus Pittman, Kenny Dixon Jr. aka Moodymann, ou encore Delano Smith pour ne citer qu’eux.

Mais on pourrait aussi évoquer la relève des années 2000 que Jérome Derradji a eu l’intelligence d’insérer dans sa compilation. Courtney Jackson, Keith Worthy, Patchworks ou encore Raybone Jones se sont tous mis à la production après le second millénaire. Et c’est là où tout le génie de Jérome Derradji opère : en 12 tracks, le producteur français et patron du label chicaogan Still Music offre un panorama éclectique de la scène house de Detroit.

Pour lui, cette compilation est un moyen de casser des clichés. Si la pensée globale attribue la genèse de la scène house à Chicago et renvoie Detroit à la techno, Jérome Derradji met un point d’honneur à démonter le stéréotype :

[In The Dark], c’était un moyen de partager mes expériences a Detroit et de faire découvrir cette scène très unique et loin des clichés Detroit = Techno. C’était une référence à l’underground de Detroit, à la scène plus House que Techno et sur tous ses artistes au talent infini mais peu connus a l’époque. À mon avis, ils sont la vraie âme de Detroit et de sa musique électronique.

« In The Dark : The Soul of Detroit » arrive dans les bacs en 2005. Jérôme Derradji fait coïncider la sortie CD au Japon de sa compilation avec une soirée du Movement Festival à Detroit. Et organise en marge de celui-ci un after avec tous les artistes signés sur « In The Dark ». Belle soirée en perspective … Pour couronner le tout et pour notre plus grand bonheur, le producteur a l’idée de filmer tout cela.

La semaine d’avant, j’ai eu l’idée d’emmener Chris Bravo, un jeune cinéaste de Chicago, pour faire un documentaire pour la sortie du CD dans le reste du monde. J’ai appelé Chris, lui ai expliqué le projet, et il m’a dit : « ok on fonce ! ». Le plan était assez simple : j’introduis Chris à tous mes amis et artistes de Detroit et il les laisse parler devant la camera – pas d’interview préparées, que du spontané. On a donc passe le week-end à filmer tous nos potes, à la soirée du In The Dark et partout dans Detroit.

Dans ce film-documentaire de 30mn, on découvre notamment un travelling du métro de Detroit sur le superbe track de Mike Huckaby « Melodies From The Jazz Republic », des interviews de Norm Talley sur un parking de boite de nuit, des pas de danse audacieux et une réflexion sur le dancefloor avec la musique de Rick Wilhite. Les producteurs de Detroit se suivent et alimentent le documentaire de points de vue et pensées sur Detroit et sa musique. Si les artistes de la compilation se prennent de bon cœur au jeu, tous les autres acteurs de la scène House de Detroit sont là, derrière, et prennent la parole ici et là. Ron Trent, Pirahnahead, Paul Randolph, Mike Grant, Malik Aston : ils sont tous là pour montrer la vraie face de Detroit, sans fioriture aucune.

La genèse était de montrer le Detroit que je connais, celui de mes potes, loin des clichés d’une ville délabrée et violente. Je voulais montrer la gentillesse, la passion, le talent et l’accessibilité de ces artistes qui aujourd’hui ont enfin gagné un plus grand respect pour leurs créations. J’ai eu la chance de travailler avec beaucoup de ces artistes qui n’étaient pas connus du tout à l’époque. Je voulais m’assurer de pouvoir leur donner une voix autre que par le biais de leur propre musique.

Une plongée d’une demi-heure donc dans une ville extra-ordinaire à laquelle Jérome Derradji et Chris Bravo rendent à leur façon ses titres de noblesse. Une belle façon de découvrir en musique un Detroit qui n’est pas la ville en décrépitude que l’on peint ici et là. Avec ses ambassadeurs de mérite, The D a encore de beaux jours à vivre.


On remercie bien chaleureusement Jérome Derradji pour sa participation et surtout, de nous permettre de comprendre un peu mieux Détroit.

Toute la discographie d’« In The Dark » est disponible en ligne, sur Discogs.

 

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