Je me souviens d’un cours de français où l’on devait présenter une œuvre nous étant chère. Une fois mon tour venu, debout sur l’estrade et face à ma classe je lus un passage de Fahrenheit 451 de Ray Bradbury. J’avais lu ce livre l’été durant, sous une ombre triste. Je retrouvai quelques grains de sables glissés parmi les pages du livre gondolé. Avec la même émotion je m’appliquai à restituer l’émotion, la tristesse et l’espoir de ce livre. J’étais Montag, le héros, j’étais ces quelques résistants apprenant livres  et livres par cœur, luttant contre l’oubli. A ma façon, je me souvenais.
Une fois mon récit terminé vint les questions. J’y répondais le cœur noué, la voix strangulée. C’est avec peine que l’on parle de choses que l’on connaît trop bien. Ce moment m’est revenu en tête aujourd’hui. J’ai appris que Ray Bradbury, l’auteur entre autre de Fahrenheit 451 était décédé Mardi 5 Juin. Triste Dimanche.
On le qualifie comme un auteur de science fiction. Ses œuvres les plus connus, Chroniques martiennes (1954), Fahrenheit 451 (1953) ou encore L’arbre d’Halloween (1994), sont bien toutes celle d’un imaginaire spatial. Mais les écrits de Bradbury ne se limitaient pas à cela. Depuis ses douze ans, Bradbury rédigeait copieusement, compulsivement des nouvelles, de la poésie, des scénarios pour la télé ou le cinéma, et, évidemment, des romans. Lire et écrire, conjointement, était une pratique compulsive. Une sorte de bouée de sauvetage dans un monde déraisonnée. Une fois sorti du lycée, l’homme partageait son temps entre la vente de journaux et la fréquentation de la bibliothèque municipale. Dans l’âge d’or de l’Amérique, Bradbury assouvissait une imaginaition débordante. Il aimait avant tout les Lettres.  Si bien que son nom se fit d’abord dans des fanzines spécialisés en science fiction.
On ne pourra catégoriser Bradbury tant ses écrits sont pluriels. La télévision la courtisé, à travers la série La quatrième dimension. Ses poèmes charment délicatement alors que se montèrent ses pièces de théâtre. Tous les supports furent bon à son imaginaire.
Petit, je rendais hommage à Bradbury, ignorant s’il était vivant ou non. Je rendais hommage à une écriture charmante, simple, désespérante. Ce désespoir me donnait alors courage. Enfant, je m’enfonçais dans cette abime avec l’espoir d’en sortir.
Je rendais hommage au triste espoir.
 
Une soirée avec Ray Bradbury (en anglais).
«  Ils passèrent un long après-midi à lire tandis que la pluie froide de novembre tombait sur la maison tranquille.
Ils s’étaient installés dans le couloir. Le salon était trop vide et gris sans ses murs illuminés de confetti et de fusées orange et jaune, de femmes en robes tissées d’or et d’hommes en velours noir sortant des lapins de cinquante kilos de chapeaux d’argent. Le salon était mort et Mildred y jetait continuellement des coups d’œil mornes tandis que Montag allait et venait, puis s’accroupissait et lisait et relisait dix fois la même page, à voix haute. 

   On ne peut dire à quel moment précis nait l’amitié. Si l’on remplit d’eau une embarcation goutte à goutte, il en vient une dernière qui la fait chavirer ; ainsi quand les marques d’affection se succèdent, il en survient une dernière qui submerge le cœur. »
in Fahrenheit 451.
Le trailer de Fahrenheit 451, version cinématographique de François Truffaut.
Des Races.