Quoi de mieux que de profiter de ces weekends à rallonge pour explorer ce que la capitale nous offre pour nous cultiver ? L’exposition que nous propose l’Institut du Monde Arabe fait partie de ces rendez-vous du printemps 2015 à ne pas manquer.

 

Sous la direction artistique du rappeur Akhenaton – chanteur mythique du groupe IAM, qu’on ne présente plus – l’Institut du Monde Arabe nous présente, dans un espace de 1000 m2, une exposition consacrée au mouvement hip-hop. Mais qu’est-ce-que ce mouvement, au final ? A force de l’avoir entendu et remixé à toutes les sauces depuis sa création, on en oubliera presque l’essence même de cette culture et son message principal : peace & unity. Mais l’IMA nous fait un joli clin d’œil avec cette exposition, aussi complète qu’intéressante, séduisant autant les néophytes que les aficionados.

no wall street - le caire

No Wall Street, Le Caire

Accueillis dès l’entrée par un mur de boombox – customisées par des artistes tels que 3HC, Dan23 ou encore Ary.P – on déambule dans la première salle avec un « Planet Rock » bien senti qui nous met dans l’ambiance. A nous de choisir le parcours voulu, avec à notre droite, les origines du mouvement par Kool Herc et Afrika Bambaataa – et une partie de sa discographie qui nous montre la richesse sa collection – ou bien par la gauche, les prémisses français de cette culture 10 ans après ces débuts dans le Bronx. Akhenaton en commissaire d’expo, et c’est un voyage dans le temps qui s’opère. Des photographies de Yoshi Omori du mythique terrain vague de Stalingrad rempli de graffitis aux souvenirs phocéens du photographe Jean-Pierre Maéro, le flashback dans les années 90 est un pur régal pour les yeux.

 Jean-Pierre MAÉRO, B-Vice, La Savine, 
Années 80, 
Photographie noir & blanc

B-Vice, La Savine, 1980 © Jean-Pierre Maéro

On se ballade donc dans cet espace mis à notre disposition l’œil affuté et plutôt rieur face à ces souvenirs lointains mais qui nous semblent pourtant si proches. Entre la collection de vinyles exposés, dont certains dessinés par Jean Michel Basquiat ou Keith Haring, des vestes en jean repeintes, les lettres d’Afrika Bambaataa à sa Zulu Nation – dont une à sa communauté française sur le pourquoi du comment il ne faut pas tagguer dans les métros parisiens -, des films et extraits de films de Charlie Ahearn, des mixtapes de Cut Killer ainsi que des photographies de Jamel Shabazz, Martha Cooper ou encore Henri Chalfant, la documentation de l’exposition est suffisamment complète pour que notre curiosité en soit rassasiée.

La mappemonde bien pensée, mise à notre disposition, n’hésite pas à nous rappeler que le hip hop est avant tout un mouvement contestataire et un moyen d’expression pour un peuple opprimé. Casque sur les oreilles, on écoute du rap venant du Liban, New-York, Israël ou encore de la Tunisie, et à chaque fois on retrouve la même force dans les paroles, avec cette envie d’être entendu et de liberté. Comme quoi, c’est dans le chaos que la poésie prend ses racines. En plus de nous rappeler et de nous exposer ce qui a été à l’origine de ce mouvement et ce qui en a défini ses codes, l’IMA n’oublie pas sa casquette principale, en digne représentant du monde arabe. En nous expliquant les débuts de cette culture, que cela soit aux Etats Unis ou en France, l’Institut du Monde Arabe n’omet pas de nous faire le lien entre les pionniers du monde occidental et ceux du monde oriental. Ainsi que l’influence mutuelle qui s’en découd. Et surtout, comment cette culture reste avant tout un exutoire pour des générations opprimées par un contexte socio-politique pas franchement plaisant.

Yoshi Omori
, Colt et Solo d’Assassins, Dehy, Joey et Kool Shen de NTM, Galerie Lano -  DR

 Colt et Solo d’Assassins, Dehy, Joey et Kool Shen de NTM, Galerie Lano © Yoshi Omori

Avant de prendre les escaliers pour passer à la deuxième partie de l’exposition, on s’assoit sur les banquettes mises à disposition pour assister à un cours de Djing et de scratch diffusé sur trois écrans vidéo. Et on n’attend plus qu’une chose, qu’un petit Fab 5 Freddy ou Grand Master Flash débarque derrière les platines exposées devant ces écrans pour nous ramener dans les 80’s et nous faire danser aux sons de leurs fameux freestyles.

La seconde partie tend à un côté plus théorique sur la façon dont la culture hip hop a influencé notre quotidien. On monte des escaliers où chaque groupe à son sticker collé au mur – du Wu-Tang, à Run DMC, en passant par Gang Starr ou encore Ice-Cube et IAM (forcément) -, puis on flâne un moment devant ce mur immense remplie des meilleurs sons hip hop sortis ces 30 dernières années. Pépites sonores et souvenirs remontent à la surface quand on voit passer des pochettes de Lauren Hill, Joe Bataan, The Pharcyde ou Jay-Z.. Mais pas le temps de verser une petite larme de nostalgie qu’on bave déjà devant cette collection de sneakers, dont quelques trésors comme celles de Public Ennemy, avec Jamel Shabazz qui nous apprend à prendre soin de ces fameux trésors – le lavage de lacet est tout un art !

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Tina Weymouth & Grand Master Flash, 1981 © Laura Levine

Quelques installations et peintures plus tard – les platines en chêne et en épicéa de Jordan Bennett valent le détour-, un extrait de La Haine de Kassovitz dans un recoin, et bien sur des pans de murs graffés et du bon son un peu partout, c’est la tête pleine d’étoiles qu’on quitte ce bâtiment tout de verre et de métal, dans lequel le soleil se reflète avec délice !

Informations :

Du 28 avril 2015 au 26 juillet 2015

Institut du Monde Arabe

1, rue des Fossés-Saint-Bernard

Place Mohammed-V

75005 Paris

Photo de couverture : Sans titre, Galerie Lano ©  Yoshi Omori

Clemence

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