Il faudra reculer de plusieurs pas pour lire cet article. On connaît généralement Richter pour ses peintures si réalistes qu’on les prendrait pour des photographies. A reculons, on s’y tromperait. Et pour mieux s’induire en erreur, le Centre Pompidou consacre jusqu’au 26 Septembre une rétrospective de l’oeuvre du peintre. Celui-ci fête cette année ses 80 ans et l’on lui souhaite de joyeuses victuailles.

La commissaire de l’exposition, Camille Morineau, décrit Richter comme « l’une des figures majeurs de la peinture contemporaine ». C’est peu dire de cet allemand formé à l’école des Beaux-Arts de Dresde et qui affronta l’Histoire. Celle des guerres, la Seconde évidemment, puis la froide. Le peintre n’est pas historien mais s’attache aux héritages. C’est là un fait indéniable. Richter consacre la peinture classique, la fait revivre pour mieux l’immortaliser. Au delà des périodes, l’oeuvre entière de Richter défend le métier de peintre, envers et contre tout.

L’exposition commence ainsi : « Je n’obéis à aucune intention, à aucun système, à aucune tendance : je n’ai ni programme, ni style, ni prétention. « . Défendre la peinture comme objet d’interprétation du monde est la seule affirmation qui ressort de son oeuvre. Par ses tableaux, réalistes ou abstraits, Richter ne signifie rien. Ses peintures abstraites nous dévoilent ce que l’on voudrait voir. Le spectateur interprète le tableau de façon personnel. Ne jamais signifier, ne jamais orienter. On pourrait qualifier l’oeuvre de Richter de grise, mais voilà, cette couleur même a son sens.

Le gris a une place spéciale dans l’exposition. C’est la couleur de l’incertitude, du ni…ni, de l’indécision, de l’absence. A l’image de ces paysages d’un gris clair, indécis, entre ciel et mer. A l’image de ces différents tons de gris où reposent les formes et les contours. A l’image enfin du gris sombre, ténébreux qui vient ternir le 18 Octobre 1977. L’Histoire n’est jamais loin. Le gris est tantôt sombre, tantôt lumineux, et toujours questionne t-il le spectateur. Est-on bien sur, est-on certain ?

Richter se qualifie comme peintre classique, bien que la signification de ce mot lui échappe. Est classique un peintre qui sait toujours se réinventer avec brio. Est classique celui qui fait du neuf avec du vieux, celui qui rend hommage tout en innovant. Est classique celui qui revisite paysages et portraits, celui qui subjugue la nature et oublie l’humain.

 » Beaucoup de gens estiment que d’autres techniques sont plus séduisantes : mettez un écran dans un musée, et plus personne ne regarde les tableaux. Mais ma profession, c’est la peinture. C’est ce qui m’a depuis toujours le plus intéressé. J’ai maintenant atteint un certain âge et je viens d’une tradition différente. De toute façon, je ne sais rien faire d’autre. Je reste cependant persuadé que la peinture fait partie des aptitudes humaines les plus fondamentales, comme la danse ou le chant, qui ont un sens, qui demeurent en nous, comme quelque chose d’humain. « 




L’on doit aimer la brume, pâteuse et poisseuse, le gris aveugle et l’illusion du réel. Apprécier Richter c’est apprécier se faire induire en erreur, se laisser porter avec accalmie par des tons tristes et réalistes. C’est se souvenir que le monde se comprend aussi en peinture.

Des Races.



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