A l’heure où le street-art s’embourgeoise, délestant les murs pour envahir les galeries, je me décide (enfin!) à regarder « Wild Style« , tout premier film sur le hip-hop. Considéré comme LE film représentatif de la culture urbaine, ma curiosité déjà bien attisée ne fait qu’accroître lorsque j’appuie sur le bouton « play » de mon lecteur DVD. Et c’est alors que, durant les 82mins du film, je me laisse emporter dans le Bronx des années 80 avec ses terrains vagues, ses immeubles en ruines, brûlés par la pauvreté et l’insécurité, mais où pourtant la joie de vivre est bien présente.

Réalisé en 1980 et sorti en 1982, « Wild Style » part d’une envie commune entre Charlie Ahearn (le réalisateur) et Fred Braithwaite (plus connu sous le nom de Fab 5 Freedy) de faire un film sur le hip-hop et tout ce qui en découle. Ahearn ayant flashé sur les peintures de Lee Quinones (légendaire graffeur américain), Fred Braithwaite les met donc en contact et c’est de cette façon qu’ils trouvèrent leur acteur principal. Pour la petite histoire, c’est lors d’une soirée organisée par Busy Bee Starski, dans le quartier nord du Bronx, The Valley, que l’officialisation du tournage a été divulguée, ce même Busy Bee invitant le réalisateur à l’annoncer sur scène. « Wild Style » tire son titre du fameux lettrage très populaire à l’époque, mélangeant une construction de lettres très graphiques avec des flèches, représentatives du mouvement et de la direction.

Le film raconte donc les aventures d’un jeune graffeur répondant au nom de Zoro, au travers sa vie de tous les jours. Histoire à priori banale, mais c’est là que tout le génie de Ahearn intervient. Mettant en scène une population qui, à l’époque, était considérée comme le miroir d’une classe sociale laissée pour compte et où la culture n’avait pas lieu d’être, il fait découvrir au monde un milieu où l’art est omniprésent et où cette culture se créer d’elle-même. Filmant le Bronx tel qu’il était à ce moment-là, Charlie Ahearn retransmet toutes les différentes facettes du hip-hop qui font que ce mouvement est ce qu’il est aujourd’hui. J’assiste donc à des battles de danse et de scratch, ambiancés par les plus grands MC’s tels que Grand Master Flash, The Rock Steady Crew ou encore Fab 5 Freedy (qui font tous leur apparition dans le film), dans des lieux emblématiques de cette période. Faisant tourner des comédiens qui n’en sont pas, le réalisateur filme la vie quotidienne de ce quartier avec, pour acteurs principaux, ces habitants. Et c’est avec un certain plaisir que je suis Zoro recouvrir les trains et autres surfaces urbaines de ses peintures colorées.

« Wild Style » était considéré comme un film d’avant-garde, prémisse d’un mouvement qui ne tardera pas à faire partie intégrante de notre quotidien. Avec ses 30 ans au compteur, il est plus que d’actualité aujourd’hui, au moment même où l’art de graffer a la vie dure. Alors que le marché de l’art se l’arrache, les polémiques autour de cette pratique ne cessent d’enfler (on a tous en tête celle autour de la résidence new-yorkaise de Banksy et les paroles de l’ancien maire de la ville, Mickael Bloomberg, à son propos).
5 Pointz, lieu mythique dans l’histoire de la culture urbaine, vient de revêtir une robe blanche, recouvrant des décennies de fresques bombées pour laisser place à un projet de résidences de luxe. Et pendant ce temps-là, c’est au tour du maire du XIe arrondissement de Paris de, lui aussi, repeindre ce que ce quartier avait de plus poétique, effaçant d’un coup de pinceau les traces de ces œuvres éphémères.
C’est pourquoi je ne peux que vous conseiller de vous ruer sur vos comptes iTunes et autres Fnac pour (re)découvrir cette pépite emblématique!

Clemence

 

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