45 années déjà que les Beatles décident de marquer leur époque pour la dernière fois. L’été 1969 sonne le glas du groupe et les tensions semblent alors impossibles à résorber. Le projet “Get Back” qui consistait à ranimer la flamme du rock ‘n’ roll d’antan entre les quatre garçons s’avère être un échec cuisant, entre l’irruption de Yoko Ono (femme de John Lennon) et l’ambiance glaciale des gigantesques studios de cinéma de Twickenham – utilisés pour permettre de filmer le processus d’enregistrement d’un album, idée-phare du projet.

Il semble que l’aventure Beatles touche à sa fin, mais le groupe souhaite réaliser un dernier opus et se retrouve aux studios d’Abbey Road. Le reste n’est que légende, réussissant à mettre leurs ego et rancœurs de côté, Lennon, McCartney, Harrison et Ringo Starr produisent l’un de leurs albums le plus abouti musicalement. Alors que l’alchimie créatrice qui les réunissaient avait perdu de sa superbe, laissant une grande part aux compositions personnelles, les Beatles retrouvent ici quelques moments de grâce, selon les ingénieurs-son et le producteur George Martin – témoins privilégiés. Le chant du cygne en quelque sorte.

Lennon signe le célébrissime “Come Together” et sa guitare agressive, qu’on ne saurait plus vous présenter tant il est culte. La sixième piste est également son œuvre, scindée en deux parties distinctes. Une batterie jazzy rythme la première, entre solos de guitare et orgue en second-plan, avant de détonner sur un break retentissant dont le thème rejaillit ensuite dans un long crescendo apocalyptique et saisissant. “I Want You (She’s So Heavy)” occupe une place toute singulière dans la discographie de John Lennon par sa longueur et le peu de mots utilisés.

Lennon 59

Avec “Maxwell’s Silver Hammer” et “Oh! Darling“, McCartney ne nous livre pas ses meilleures compositions, tant il nous a habitué à placer la barre plus haut. Les deux sont toutefois des balades fort sympathiques, dont seul lui a le secret, l’une pop et la seconde plus rock où le bassiste pousse sa voix à son maximum (Lennon prétendra plus tard pouvoir mieux la chanter – ce qui n’est certainement pas faux d’ailleurs ! – mais lorsqu’un Beatle écrit une chanson, il en assure le chant).

McCartney 69

Sans conteste, le génie créateur de cet album se trouve être George Harrison, au sommet de son art. Il place la célébrissime et si émouvante “Something” en double Face A avec “Come Together“. Enfin un single pour George Harrison qui s’affirme alors tardivement comme compositeur chevronné, aux côtés du duo Lennon/McCartney. A écouter indéfiniment, tant ces trois courtes minutes frisent la perfection absolue.

Le deuxième sommet de cette première partie est atteint sur “Here Comes The Sun“. Harrison utilise à merveille son synthétiseur acquis auprès de son créateur Robert Moog et ouvre la voie à l’utilisation des machines dans le rock. Qui ne devient pas instantanément de bonne humeur à l’écoute de ces fins accords étincelants ? Écrite à l’occasion d’une visite chez son pote Eric Clapton, c’est un véritable appel à la joie et à l’espoir !

Harrison 69

Et comme un symbole, Ringo Starr nous gratifie d’une de ses rares compositions. Toujours dans un style musical enfantin propre aux morceaux chantés par le batteur – et d’ailleurs habituellement composées par les autres membres – c’est ici lui qui écrit la trame principale de “Octopus’s Garden“. Il trouve le thème d’une utopie heureuse sous les fonds marins lors d’un voyage en Sardaigne (claquant quelque peu la porte pour un temps, las de la mauvaise ambiance), et la mélodie grâce à ses minces connaissances en piano. Pleine de mélancolie et de sous-entendus, cette chanson exprime le mal-être au sein du groupe, d’une bande d’amis mais surtout une séparation qui approche à grands pas, et dont Ringo sera sans conteste le plus affecté par la suite.

Ringo 69

Chargé de symboles cet album Abbey Road, mais ce n’est pas fini. Pour clore la première partie du disque, John Lennon s’inspire de la “Sonate au clair de lune” de Beethoven pour composer “Because“. Dans un épilogue sensationnel, on retrouve les trois chanteurs/guitaristes en chorale en percevant toute la maestria vocale du groupe. Il est décidé d’enregistrer à trois reprises les trois voix en chœur, afin de gonfler artificiellement celui-ci à neuf voix. On retrouve à cette occasion le synthétiseur Moog au fil de la chanson.

Mais ce qui pourrait constituer ici un album déjà fantastique ne serait en fait pas Abbey Road sans le fameux “Medley” de la deuxième partie du disque. Pendant 16 minutes, grâce à 8 bouts de chanson inachevées, les Beatles ne laissent rien sur le carreau et décident de coller ces ébauches en effectuant des transitions entre chacune d’elles.Se déroule alors un des moments les plus formidables de l’Histoire de la musique, dans ce qui est une réalisation extraordinairement réussie. Ce collage orchestré par McCartney et George Martin a été réalisé en réunissant tout le groupe en studios afin de jouer live les transitions entre chaque morceau préalablement enregistré.

On peut enfin s’arrêter sur “The End” qui constitue la fin d’une épopée (même si l’album Let It Be sortira une année plus tard, celui-ci a été enregistré une année auparavant). Chaque Beatle joue un solo de guitare successivement (McCartney, Harrison, Lennon dans l’ordre), et le morceau s’ouvre sur un solo de batterie de Ringo Starr – pourtant très peu fan de l’exercice.

La phrase de fin ne saurait être plus forte : “And in the end, the love you take is equal to the love you make“.

Beatles 69

Tracklist :

  • Come Together
  • Something
  • Maxwell’s Silver Hammer
  • Oh! Darling
  • Octopus’s Garden
  • I Want You (She’s So Heavy)
  • Here Comes The Sun
  • Because
  • You Never Give Me My Money
  • Sun King
  • Mean Mr. Mustard
  • Polythene Pam
  • She Came in Through the Bathroom Window
  • Golden Slumbers
  • Carry That Weight
  • The End
  • (Her Majesty)

Source : The Beatles Anthology, Seuil (2000)

Matthieu Rabaud

 

 

 

 

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