Juin 2013, Festival MuteK de Montréal, l’artiste Fraction présente en collaboration avec l’artiste visuel Maotik, DROMOS, un live immersif dans lequel les frontières artistiques s’effacent pour laisser place à un performance mêlant intimement musique, images et sensations comme peu en existe encore à l’heure actuelle. Certains morceaux composés pour le projet ont été réunis sous la forme d’un EP qui sort le 5 mai chez Infine  (dont un extrait est disponible en cliquant ici).

Fraction aka Eric Raynaud est un artiste français atypique, un de ceux qu’on est fier de compter au Panthéon des artistes français électroniques alternatifs, capable de réaliser un très bon morceau et de penser la musique électronique en dehors des limites qui lui sont traditionnellement imposées. Musicien français, compositeur, producteur de musique électronique et expérimentale, et plasticien sonore autodidacte Fraction sort son premier maxi Superposition (cliquer pour écouter) en 2008 sur le désormais incontournable label Infine, fondé par Agoria en 2006 et qui affiche une liste impressionnante de très bons artistes, de Rone à Clara Moto en passant par Francesco Tristano. En parallèle d’une activité musicale plus « classique », Fraction adopte une démarche expérimentale évoluant autour des projets multimédia où il y exploite les déconstructions rythmiques ou la synthèse granulaire (pour les plus calés d’entre nous, une technique consistant en la création d’une onde sonore complexe à partir de différents fragments sonores de l’ordre de la milliseconde joués successivement), couplant ainsi textures bruitistes et couches mélodiques. C’est aussi sur ces bases que se développera la construction du projet Dromos avec Maotik dont il a créé tout l’environnement sonore. Fraction explique comment la bande son DROMOS se décompose en deux parties distinctes, une avec les machines qui génèrent des samplers granulaires accompagnés de synthétiseurs qui génèrent un « layer  permanent »  et une autre qui concerne une « composition plus écrite, préparée en amont et qui accompagne la narration dans le déroulé de l’œuvre ».

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Dromos artwork by Casey Reas

Enregistré dans un «shack» (littéralement, une cabane) sur une plage de la péninsule de Cap Cod dans le Massachusetts avec des musiciens américains, les cinq titres de «Dromos» restent à la fois fidèles à la dynamique immersive de la performance et au soin particulier accordé par l’artiste aux sonorités concrètes. Parfaite entrée en matière, entre virtuosité bruitiste et cinématographie spatiale, « The Rise » pause les bases d’un scénario schizophrène et futuriste. « Astral Rain messager » nous convie à une ballade délicieusement psyché sur l’infini en compagnie de Carbonic, un artiste breton basé à Brooklyn et dont la musique mérite qu’on y prête l’oreille (son site interne en cliquant ici). La conversation prend alors les accents de post-rock interstellaire, égrené par un sarod (un luth indien hybride dont vous pouvez voir un exemple en cliquant ici) d’une autre galaxie sur le morceau « Conversation with a God Killer » puis s’oriente vers des morceaux plus expérimentaux, d’abord avec « Time is Noise » où Fraction impose en douceur une parenthèse dissonante vers l’œuvre de Virilio, et un ralentissement médiatique à son auditeur. Enfin « Density 21.5 » ferme la marche, comme un dernier clin d’œil à la poly-timbralité du compositeur contemporain, Edgar Varese.

En attendant la sortie de l’EP le 5 mai, vous pouvez d’ores et déjà vous plonger dans l’univers de Fraction via son Soundcloud et des morceaux comme « Time is Noise« , « Harp In the Sky » ou encore « The Wobbling Experiment » (les morceaux sont disponibles en cliquant sur les titres), autant d’oeuvres qui vous plongent dans une atmosphère particulière où l’on ressent très agréablement le côté expérimental et le travail sur le son qui parfois peut paraitre opaque et difficile à apprécier pour un « novice », ce qui n’est pas le cas dans l’oeuvre de Fraction qui sait justement donner un attrait au son en même temps qu’un aspect plus expérimental.

On tenait également à revenir sur l’artwork de l’EP réalisé par l’artiste américain Casey Reas dont les oeuvres minimalistes et conceptuelles explorent l’aspect software c’est-à-dire les programmes informatiques et autres logiciels qui prennent une place croissante dans nos sociétés contemporaines. L’artiste a ainsi suivi le cursus « Aesthetics and Computation » du prestigieux Massachusetts Institute Of Technology et s’est vu exposé dans plusieurs musées comme le Whitney Museum à New York City. On vous encourage vivement à aller voir son site internet (disponible ici) et explorer les facettes de son oeuvre qui, à l’image de Dromos, place en son sein la technologie et une réflexion sur cette technologie.

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Textile Room

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Une oeuvre de la série Pfft!  (série dont est aussi tiré l’artwork de l’EP Dromos)

 « In the Pfft! software, the frenetic quality of animated television is amplified into strobing fragments. A series of coded instructions rapidly edits and mixes the video content« 

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MicroImage (Software 1)

« This generative software is built around the ideas of neuroanatomist Valentino Braitenberg. Thousands of synthetic neural systems navigate the environment according to their set behaviors. »

DROMOS EP SORTI LE 5 MAI sur Infine  (en précommande en cliquant ici)

La page Facebook de Fraction en cliquant ici ; le Soundcloud de Fraction en cliquant ici

Sans oublier notre page Facebook High Five Magazine

(les citations de Casey Reas sont tirées de son site internet)

Amp.

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