Personnage hors du commun et incontournable de la scène électronique allemande, DJ Koze revient avec un nouvel album près de 8 ans après la sortie de son LP Kosi Comes Around.

La folie peut aussi avoir certains avantages, à l’image d’une pochette d’album (il faut se l’avouer) à vomir où l’énergumène pose fièrement sur son Caribou (rien n’est laissé au hasard vous l’aurez compris) le tout sur un fond rose délicieusement repoussant, DJ Koze reprend du service.
Les bases sont donc posées, Stefan Kozalla n’en fait qu’à sa tête, à l’image de ses interventions musclées pendant des sets où l’on m’a raconté qu’il s’amusait à couper le son intentionnellement dans l’optique de recevoir les multiples insultes d’un public chauffé à blanc.
Rien de plus normal donc que d’intituler cet album Amygdala mais au-délà des facéties multiples de l’artiste on a ici l’un des albums les plus travaillés et fournis de la décennie.
Et je pèse mes mots avec douceur pour ne pas paraître trop impliqué.
Par où commencer ? DJ Koze a eu l’initiative d’inviter de gros noms pour l’épauler dans ce long chemin de la discorde, Daniel V. Snaith le Caribou, Matthew Dear, Apparat ou encore Dirk Von Lowtzow se joignent à la danse délirante.
Amygdala s’avère être d’une densité incroyablement surprenante, 13 titres qui touchent sensiblement à tous les genres pendant une partion de seconde.
Bien entendu cet LP est orienté Techno mais une Techno à la fois lancinante et douce où les sonorités sont si différentes et tellement originales qu’on se perd facilement dans un fourmillement d’idées.
DJ Koze est sans doute un génie moderne, incompris dans un sens et terriblement original parfois à la limite de la démence.
Tout est bon à prendre dans un univers qui regorge d’initiatives burlesques et osées.

 

L’homme passionné a assurément trouvé le titre de la décennie, certains y verront du mépris déguisé et d’autres un clin d’oeil aux adeptes de la recherche musicale intense mais Track ID Anyone? ouvre avec brio cet album haut en couleurs avec la participation de Caribou.
Sombre dans sa progression et rythmé frénétiquement, à cela s’ajoute les cloches et notes s’agitant autour de cette voix toujours aussi apaisante.
Une des particularités de cet album est cette capacité de jongler entre des sonorités enjouées et mélancoliques.
A l’image de Nice Wölkchen et Don’t Lose My Mind qui bien que diamétralement opposés gardent cette ligne de conduite impeccable que Koze suit à la perfection.
Ce qui étonne c’est aussi cette multitude d’instruments qui composent chaque titre, les synthés semblent sortis de nul part et certaines sonorités donnent l’impression de venir tout droit d’un autre univers.
Et c’est bien cet univers précis que l’excentrique allemand cherche à matérialiser.
Les vocals prennent une place très importante dans cet album, l’habituelle Techno n’est que très peu souvent ouverte à l’ajout de voix langoureuses mais DJ Koze fait le pari d’un mélange harmonieux et qui tient au final toutes ses promesses.
My Plans et Homesick illustrent cette omniprésence de la parole humaine qui dévoilent une nouvelle facette de l’imaginaire « kozien ».
Aux détracteurs de la musique électronique il répond par l’écriture, car ce n’est pas seulement des beats répétitifs et une note qui revient sans cesse mais tout un processus imaginé et créé pour donner vie à une musique complexe. Si une partition devait correspondre à un morceau, elle serait sans doute illisible pour la majorité d’entre nous tant elle dépasse l’imaginaire collectif.
Comme avec Royal Asscher Cut où un instrument totalement inattendu vient accompagner avec joie les percussions rythmées au milieu du morceau.
La Duquesa est à coup sûr le titre le plus abouti de tout l’album, 10 longues et intenses minutes qui transportent notre corps entier dans des horizons encore méconnus, les sons spatiales s’entrechoquent sans aucune fausse note. Véritable oeuvre d’art, Koze démontre ici tout son savoir-faire et son extrême maturité qu’il a su acquérir tout au long de sa carrière déjà bien remplie.
Visionnaire d’un temps, Koze surprend sans cesse et n’hésite pas à utiliser sa langue natale pour ajouter une nouvelle touche de splendeur et d’originalité.
Ce n’est qu’une interprétation parmi tant d’autres mais Das Wort me rappelle ces contes de Noël qu’on a pu entendre dans notre enfance, entre crainte et attirance, notre imaginaire ne cesse de travailler.
Il y a certains aspects qui provoquent une mélancolie apparente malgré tout nos sens restent en éveil et réagissent positivement à l’écoute d’un tableau musical que Stefan Kozella dépeint avec volupté.

Rien n’est à jeter dans Amygdala, d’une variété inédite et d’une excentricité sans égale.
Et pourtant DJ Koze continuera à s’attirer les foudres des critiques mais peu importe il a enfin su s’affirmer musicalement et à vrai dire cela ne l’atteindra sans doute jamais.

Thibault

 

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