A l’ère de la production musicale maison et des avalanches de nouveautés en tout genres, difficile de repérer les cracks – les plus audacieux. Pour se faire une idée, il faut tout écouter -il faut avoir du temps- ou bien traquer les partis pris les plus neufs. Car les meilleurs font toujours des choix inédits – des choix presque fous. Il semble que Pablo Altar soit de ceux là. On l’a interrogé là dessus. 

Né en 1989 à Montpellier, Pablo Altar vit et travaille actuellement à Paris. En 2013, Il sort du bois chez Cracki Records, sous le pseudonyme d’Apes & Horses. Mais avec le temps, il se tourne assez naturellement vers quelque chose de plus expérimentale. Il nous confie : «J’ai toujours exploré et découvert des choses en musique par le biais de l’expérimentation. J’écoute très peu de musique, je ne suis pas guidé par une idée de ce que ma musique devrait être. Plutôt que l’expérimentation soit un moyen au service de quelque chose, J’essaye maintenant qu’elle soit une fin. Même si ce que l’on appelle la musique « expérimentale » a la réputation d’être hermétique, je crois au contraire que c’est une façon d’intégrer l’auditeur d’une façon différente, parfois plus forte. Il y a beaucoup de choses que la musique peut exprimer, mais j’ai le sentiment qu’elle est souvent contraintes dans des formats un peu trop étroits.»

Cette fois ci, place à un  savant mélange de nappes synthétiques et de textures souvent réalisées en improvisation. Pour gagner à la fois en profondeur et en spontanéité. Car l’impro aussi, c’est tout une école : « Pendant une improvisation, l’auditeur peut vraiment « participer » par sa concentration et ses réactions. Dans ce cas là, l’écoute en live prend beaucoup plus de sens que celle à la maison, même si je crois que cette dernière n’est pas impossible pour autant.». – Voir son bandcampIl rencontre ainsi Olivier Bémer, à la vidéo, pour  une collaboration toujours très expérimentale ; à l’occasion de courte représentation – LIVE ### – les compère composent ensemble une sorte de curieuse invitation ; l’auditeur se faisant spectateur au sein d’une arène ou les sons et les images se répondent. De son côté, Pablo construit des univers sonores, pendant qu’Olivier rassemble des flux de vidéo live, sur youtube ou ailleurs, qui sont synchronisés avec la musique. Parfois, quelques plans enregistrés dans le théâtre intègrent même le spectateur à cette drôle d’expérience technologique de mise en commun. Certains éléments visuels, ciblés sur les spectateurs, déclenchent aussi des réponses sonores. Et l’on se retrouve rapidement captivé par le moindre évènement sensoriel – aussi petit soit-il. « Les webcams par exemple filment effectivement des choses très quotidiennes et banales, mais on a en même temps l’impression d’assister à quelque chose d’exceptionnel ; Un événement filmé quelque part qu’on serait le seul a voir. Chaque événement devient important, quelqu’un qui traverse la rue, deux personnes qui discutent, un animal qui passe devant la caméra […] les parties de jeux vidéos, ou même des JT d’information en continu […] ; le très ordinaire devient extra ordinaire, du fait qu’une caméra le capture par hasard. »

Et du fait d’une subtile orchestration. Car entre les lignes de mélodies langoureuses, les nappes et les textures laissent place à un état de calme fécond, comme une louange secrète à la tranquillité ou la recherche effrénée d’une évidente ataraxie. Ainsi, avec la dimension vidéo, Pablo découvre un tout nouveau terrain de jeu- un nouveau terrain d’expression qui est « je crois l’expérience la plus forte qui peut être fait de ma musique » même si « je ne pense pas que ce soit indissociable. D’autres formes sont possibles que nous explorerons sans doute à l’avenir.». D’ailleurs « j’ai un EP en préparation qui devrait être une sorte de continuité de LIVE###, qui devrait justement pouvoir amener à la maison, dans une écoute plus personnelle, l’expérience qui peut en être fait en live.». Ci dessous : Live Ceremony, dernier exercice du genre.

Pour se faire une idée plus précise, on l’a interrogé sur ses influences : « Les musiques qui font une utilisation différente de la voix m’intéresse beaucoup. O Superman de Laurie Anderson, Steve Reich quand il s’inspire des chants médiévaux, Le travail a capella des Partitas de Caroline Shaw. Je me souviens aussi d’un EP qui s’appelait Disquiet Mouvement de John Bence, qui proposait un traitement vraiment particulier de la voix qui m’avait beaucoup intéressé.». A bientôt !

À venir :

  • Développement du dispositif pour une création à Kourou (Guyane). Mise en scène de Ricardo Lopez-Munoz. – Novembre 2017
  • Pablo Altar aux Instants Chavirés, à Montreuil – 19 Décembre 2017
  • Live 003 avec Olivier Bémer – Début 2018

Infos:
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Soundcloud
Oliver Bémer – instagram

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[1] Propos recueillis par Abigaïl Aïnouz, Les Inrockuptibles, 25/05/16

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