Il est notoire que la house et la techno sont deux descendants plus ou moins directs de la disco. Les premiers DJs – comme Larry Levan à New-York – qui commencèrent à mixer des disques allongeaient ainsi au maximum les séquences rythmiques pour obtenir des phases de transition. Certains traits électroniques, avec l’émergence des boîtes à rythme, apparaissent alors. Ce qu’on peut regrouper sous la dénomination « italo-disco » est à l’origine de cette électronisation, inconsciente ou non.

Le mouvement disco a peu ou prou irrigué toute la décennie des années 80 aux États-Unis. Elle-même petite sœur des fausses jumelles funk et soul, des imitations plus ou moins réussies en ont été tentées assez rapidement en Europe. Les premiers producteurs de disco européenne étant majoritairement italiens, l’une des premières compilations du genre – éditée par le label allemand ZYX – sort sous l’étiquette « Best of Italo-Disco« . Génétiquement, on peut fortement identifier ce style musical à l’utilisation omniprésente des premières boîtes à rythme, d’accents franchement pas anglo-saxons et de synthétiseurs plutôt cheap. Un coup de projecteur n’est néanmoins pas une perte de temps, tant l’influence de ce mouvement est finalement fondamentale dans la genèse de nos musiques électroniques actuelles.

A ce propos, devant nos DJs contemporains qui apprécient tant mêler disco et house – on pense à Motor City Drum Ensemble ou encore Floating Points – n’avez-vous jamais entendu une galette de Gino Soccio se balader au milieu d’un set ? Le producteur canadien – d’origine italienne – est l’exemple même de la confusion massive qu’a pu engendrer l’étiquette, les compositeurs n’étant pas nécessairement transalpins, mais jouant autant que possible sur la connotation. Beat entraînant et rapide, marquant chaque temps sur un combo « grosse caisse/tom » et avec des synthétiseurs quelques peu rétro-futuristes, le hit Remember est un classique du genre. On sent poindre vaguement l’influence des refrains disco, mais surtout le côté mécanique inspiré par Kraftwerk fait déjà penser à la new wave. Car oui, finalement par sa proximité géographique, la new wave anglaise et l’italo-disco continentale sont bel et bien cousines.

Giorgio Moroder, cuir cuir moustache

Le point de départ pourrait être l’album « From Here to Eternity » de Giorgio Moroder. Son synthétiseur tournicotant en pleine expérimentation depuis quelques années trouve enfin un début d’achèvement avec ce huitième album et un certain succès. Il ne fallait plus qu’une diva d’ampleur pour que le phénomène se mondialise : la recette de Moroder était déjà la bonne. Insufflez un peu de Donna Summer la même année sur « I Feel Love« , et vous connaissez le résultat. Toutes les ramifications électroniques imaginables débutent par ce hit planétaire sorti en 1977. Trois années plus tard, les premières réponses italiennes se font sentir, avec le clip tout mignon de La Bionda : « I Wanna Be Your Lover« . Toute une génération de futurs DJs en puissance sera certainement influencée par cet univers spatial, rempli de machines et autres synthétiseurs.

L’objectif subsiste la copie du style américain, le Nouveau monde fascine encore le Vieux continent. De véritables pépites disco apparaissent dénuées de toute teinte électronique : on pense à Love (Is Gonna Be On Your Side) (1981) des italiens de Firefly ou encore à Tha Kee Tha Tha (1980) du duo français Five Letters.

Vers la dance music et les clubs underground américains

L’italo-disco va petit à petit s’ingérer au sein des clubs américains de New-York et Chicago, dont certains deviendront quelques années plus tard des temples de la house music. Un duo italo-américain joue particulièrement ce rôle : Klein & M.B.O. En 1982, leur premier disque – Dirty Talk – envahit la scène garage new-yorkaise. Il vous suffit d’écouter ce titre pour vous faire une idée, la connexion est évidente. Le « clap » en répétition cher à l’acid house ou la caisse claire syncopée font leur apparition. On remet d’ailleurs le couvert une année plus tard avec The MBO Theme, autre classique du genre.

Le mythe se met en marche rapidement, et le carrefour de l’italo-disco peut s’illustrer par le gigantesque Take A Chance de Mr. Flagio en 1983. Les synthétiseurs, la guitare et les refrains renvoient à des codes pop très forts, qui déboucheront sur des titres ultra-planétaires à la fin des années 80. La rythmique électronique et mécanique, mais ponctuée de tams-tams ancrent davantage les futurs codes house. Que dire de cette caisse claire entre les phrases refrains/couplets ? Diaboliquement acide.

La même année les vocoders font aussi leur apparition avec le Cybernetic Love de Casco. Les airs et les voix robotiques sont mélancoliques, accompagnés d’une rythmique taillée pour les clubs. La romantique disco à l’italienne trouve ici son expression la plus totale, dans un véritable chef d’œuvre sorti sur un label indépendant romain appelé « House of Music ». Ça ne s’invente pas. On peut aussi écouter l’universelle Hypnotic Tango de My Mine, et sa structure new wave. Mais le sentiment d’une touche italienne prend toujours le pas sur les différentes sonorités qu’on pourrait décrypter.

En vérité, l’italo-disco devient peu à peu la musique pop du moment et les Top 50 européen et mondial vont se voir envahir par les synthétiseurs. Comme souvent dans l’Histoire musicale, une série de succès commerciaux et musicaux s’enchaînent avant que le genre sombre dans la soupe, et qu’une nouvelle avant-garde reprenne le flambeau.

Entre succès commerciaux et musicaux, avant la décadence

A partir de 1984, les machines prennent une donc place véritablement plus importante au sein de la musique pop. Baltimora sort son tube Tarzan Boy où des guitares rock refont leur apparition sur le refrain. C’est ici le début de ce que certains appelleront la « synthpop« . On peut aussi parler des différentes chanteuses italiennes comme Clio avec Faces (1985) ou encore la pulpeuse Sabrina et son clip boobesque « Boys, Boys, Boys » (1987). Sans parler du vidéoclip de ravis de la crèche des allemands de  Modern Talking : You’re My Heart, You’re My Soul (1985).

Un dernier retour en arrière nous permettra de conclure par – selon moi – le meilleur track d’italo-disco qu’il soit, s’il ne devait en exister qu’un : The Night de Valerie Dore (1984). La superbe de voix de Dora Carofiglio, chanteuse du groupe Novecento, se marie à la perfection avec une musique synthétique mélancolique qui découle sur une sorte de balade électronique toute particulière, au tempo très lent. On appelle ça le sleaze-energy, si toutes les étiquettes de cet article ne vous ont déjà pas épuisés.

Matthieu