Le Grand Palais propose ces jours-ci, et ce jusqu’au 13 juillet 2014, la première rétrospective depuis sa mort, de Robert Mapplethorpe. En parallèle de cette exposition, le Musée Rodin présente aussi quelques clichés du photographe, superbe mise en abyme de ses photographies face aux sculptures de Rodin.

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Car Robert Mapplethorpe, photographe new-yorkais des années 70-80, pense avant tout comme un sculpteur avant d’être un travailleur de l’image. Ayant pour modèle Michel Ange, Mapplethorpe recherche la perfection « dans la forme, dans les portraits, avec les sexes, avec les fleurs ». L’artiste fige donc le corps humain, comme pour rendre éternelle cette perfection qu’il arrive à atteindre.

Avant la photographie, Mapplethorpe fit de nombreux collages à partir d’images prises dans des magazines, allant de l’ésotérisme à la pornographie. Mais c’est sa rencontre avec John McKendry, conservateur au Metropolitan Museum Of Art, qui l’amènera à cet art, lui permettant de puiser son inspiration dans les collections du musée. McKendry lui offrit même un Hasselblad grand format, et il n’en fallut pas plus à l’artiste pour lui permettre d’exprimer son talent. Il commence alors par réaliser des portraits, allant de ses proches, Patti Smith en tête (il liera une amitié sans faille avec la chanteuse) aux habitués des sex clubs new-yorkais. Et c’est en s’intéressant de plus en plus au milieu sadomasochiste que son style va réellement se définir.

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                                                                    Ken Moody & Robert Sherman, 1984

Louant un culte au corps humain, il en fait son sujet de prédilection (une de ses muses sera d’ailleurs la première championne du monde de body-building, Lisa Lyon). Malgré la sexualité prononcée de son œuvre, il en sort une certaine pureté qui lisse cet esthétisme, considéré à l’époque comme provoquant. Et même dans ces clichés les plus crus, la beauté de ses sujets est saisissante.

Mort du sida en 1989, à 42 ans, Robert Mapplethorpe n’en reste pas moins un artiste qui a su montrer une facette de sa génération bien loin des clichés de l’époque. On a pu reprocher à son travail sa pornographie, mais quand on le regarde aujourd’hui, dans notre monde marqué par une sexualité omniprésente et excessive, on ne peut qu’admirer sa beauté incandescente.

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Patti Smith

 

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Calla Lily, 1987

 

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Ajitto, 1981

 

Le Grand Palais a choisi de ne pas montrer ses collages et ses nombreux polaroïds (premier format de ses travaux photographiques), peut-être pour mieux se focaliser sur l’essence même de son œuvre. Les deux rétrospectives n’en restent pas moins complémentaires, et permettent d’avoir un regard suffisamment averti sur le travail de Robert Mapplethorpe.  25 ans après sa mort, ces deux expositions sont un joli clin d’œil à l’audace de l’artiste, photographe de génie, qui a su « enregistrer le moment dans lequel [il] vit, en essayant de capter cette folie et d’y mettre un peu d’ordre ».

Comme le disait Patti Smith à propos de leur relation, tous deux étaient comme les enfants terribles de Cocteau… L’insolence est toujours là, dans sa définition même, celle qui traverse les époques et continue de nous interpeller..

Exposition au Grand Palais, jusqu’au 13 juillet 2014

Exposition au Musée Rodin, jusqu’au 21 septembre 2014

Clemence

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