Il fut un regard particulier, profondément novateur, scrutant les cultures divergentes de notre monde occidental tout au long du XXe siècle en pour mieux permettre à l’Homme de se comprendre. Ce regard propre à l’anthropologue Claude Lévi-Strauss a interrogé au fil de son oeuvre les concepts de civilisation et culture. Son oeuvre immense contient des chef-d’oeuvres connus tel que Race et Histoire (1952), Tristes Tropiques (1955) ou encore La Pensée Sauvage (1962).

Néanmoins, peu de gens imaginait l’intellectuel derrière l’objectif. Lors de son expédition au Brésil, dans les années 30, Claude Lévi-Strauss prit une cinquantaine de clichés qui servirent d’après lui à contextualiser sa pensée. Retrouvées des années plus tard du temps de son vivant, ces photographies lui semblèrent ne plus être que des objets à forte valeur émotionnelle.

Si rien ne remplace la lecture des textes de Claude Lévi-Strauss, les photographies que prit l’anthropologue témoignent pour autant d’une continuité intellectuelle entre le cerveau et l’oeil de l’homme. Plus simplement, les photographies de Lévi-Strauss permettent la compréhension de ce qui fut plus tard mis sur papier.

Un Bororo (Brésil) souhaitant être photographié dans sa tenue de fête, soit avec ses attributs et ornements principaux.

 
 

Ces photographies furent donc prises lors de l’expédition de Lévi-Strauss au Brésil. L’anthropologue réfutait lui-même cette expression réductrice d’expédition, de voyage. La démarche de Lévi-Strauss n’est bien évidemment pas celle d’un touriste basique. Il s’agit de celle d’un faiseur de liens, d’un homme qui interroge sa propre civilisation occidentale en mettant au jour la richesse des civilisations dites “inférieures”. Dans Tristes Tropiques, dont les photos ont servis de support à l’écriture du livre, l’anthropologue se livre à un élargissement du champs des connaissances, des possibilités de l’Homme.
L’homme n’est plus réduit à sa seule option, à son seul future qu’est sa prétendue modernité. Il s’agit pour Lévi-Strauss de relativiser l’importance de la culture occidentale en lui opposant des cultures étrangères, tout aussi riche. Cette opposition fait miroiter et vaciller la prétendue supériorité de l’homme moderne.

Un visage, un masque, une oeuvre d’art. Tous se superposent au delà des lignes apparentes.
 
La pensée de Lévi-Strauss crève les abcès de l’Histoire des vainqueurs. Elle revalorise les peuples oubliées, assouvis par le progrès européens. Comme le soulignait celle qui succéda à l’anthropologue au  Collège de France, Françoise Héritier, Claude Lévi-Strauss nous a permis de “découvrir avec stupéfaction qu’il y avait des mondes qui n’agissaient pas comme nous “. Qu’il y avait une différence radicale entre les civilisations, mais que chaque culture rapportait à l’universalité de l’Homme. “ Nous prenions à la fois conscience de la différence et de l’universalité “. 
 
Danse funéraire du Clan Ewaguddu
Là est caractérisé, à très grand, et trop gros, traits la pensée de Lévi-Strauss. Celle-ci est beaucoup plus complexe. Pour autant, l’observation des photographies de l’anthropologue permet une approche contextualisée de sa pensée.
Lévi-Strauss ne photographie que ce qu’il étudie. Jamais le chercheur, et ses auxiliaires européens ne rentrent dans le cadre de l’appareil. Ainsi, c’est l’homme étudié qui est prit en photo, qui est au centre des portraits, et seul lui, en tant qu’objet d’étude mais aussi d’art intéresse le photographe et le spectateur.
L’homme suscite ainsi une réflexion sur l’art, à l’image de ces visages de femmes marqués par les rides et les traits d’une peinture chargée de sens. L’homme est à lui-même une oeuvre, dans sa complexité, dans la fascination qu’il suscite.
De ce point de vue centralisé, Lévi-Strauss saisit des moments routiniers différents, des portraits d’hommes et femmes, d’enfants aussi. Lévi-Strauss se balade de sujet en sujet, comme pour mieux vouloir saisir la complexité des sociétés qu’il aborde, et ne pas céder à l’apparente et trompeuse simplicité. Parfois même le photographe semble s’effacer du quotidien, pour mieux saisir innocemment des scènes culturelles riches et symboliques, tel ces danses funéraires ou les moments de chasse.
Il y a manifestement derrière ces argentiques grises une ébauche de ce que sera la riche pensée de Lévi-Strauss : s’effacer culturellement et individuellement pour mieux saisir l’autre, retranscrire l’autre. C’est avec toute notre propre modestie que nous lui rendons, trois ans après sa mort, un vif hommage.
Danse funéraire
 
 
 
L’exposition a lieu jusqu’au 27 Avril.
Gallerie Defacto, 2 esplanade du Général de Gaulle, Courbevoie.
ouvert de 11h30 à 19h30 du Lundi au Samedi.
 
Des races.