A l’heure ou l’été se fait tapageur et sans merci, pas question de faire la fine bouche et de se tapir dans l’ombre. Non, place au sable fin, à l’air marin et à la culture populaire ! Pour l’occasion, M.Polhand (ce bon vieux Bill), nous invite quelques heures au frais, plein soleil, dans l’ombre des écrans de cinéma, sur fond de guitares folks, de chemises à fleurs et de Californie 60’s. Ses guests : Brian Wilson, deux fois, et quatre autres garçons de plage aux disques de platines.

  Love & Mercy est donc un énième Biopic de zicos . Plus radieux qu’un Walk the Line, moins langoureux qu’un Ray, et finalement assez proche d’I’m not there, il fait néanmoins le choix, risqué, mais audacieux, de s’attaquer à une icône … en vie. Et en forme également ! Car Brian Wilson, quand il ne donne pas son avis, mitigé, sur le film dont il est l’anti-héros génial, se la coule douce avec sa femme, Melinda, expose son bonheur conjugal sur quelques plateaux télés, ainsi que ses restes de rock-star sur quelques scènes bondées. Son ultime tournée, prévue initialement pour cette année, a donc été ajournée de quelques mois. Et pour cause : si tout va bien, le petit Brian, ses joies et ses folies, feront un jolie retour de boomerang sur les plages, et dans les bacs comme dans les têtes. Good Vibrations !

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Le film s’ouvre sur la rencontre, véridique, du génie et de sa future femme chez un concessionnaire auto. Brian, joué d’abord par John Cusack, apparaît effacé, taciturne et inspiré. En pleine négoce, il griffonne à la hâte sur une carte de visite : « Lonely, Scared ». Puis achète. Et s’en va, à reculons. Déjà aveuglé par l’influence de son psy, le Dr. Eugène Landy, interprété tout en antipathie par Paul Giamatti. De là, la trajectoire en dents de scie, de guérisons en rechutes, d’un musicien torturé en quête d’identité, d’équilibre, de reconnaissance. Et d’amour, en fin de compte. On y découvre donc dans le désordre ses moments de grâce, ses périodes de doutes, ses inspirations, sa façon de travailler et sa façon d’être heureux. On découvre l’homme derrière l’icône. Et Paul Dano derrière John Cusack.

Mais si le film s’en tenait à cela, il serait alors un bon divertissement. Un moment de plaisir et d’évasion. Et il l’est sans hésitation ! Mais à travers les déboires du petit Brian se laisse lire quelque chose de bien plus universel. Quelque chose comme l’analyse de la création artistique, et la démystification du mythe auquel notre Brian semblait pourtant promis.

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Ce mythe, c’est celui de l’artiste. Qui est, sans exception: torturé, marginal, psychotique, loin de la vie et loin de lui. Et qui est donc, à ce titre, inspiré et créatif mais aussi inapte, irresponsable, et précaire. C’est le mythe de l’artiste qui se soigne avec son art.

Notre Brian a la vie de l’emploi. En bref, il est ce petit enfant battu, puis dominé par son père, devenu timide et casanier, obèse, puis psychotique voir schizophrène. A ce titre, il lui est donc reconnu le droit de se soigner en faisant de la musique, et le statut de grand artiste, adulé ou juste respecté.

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Sauf que notre Brian a tout d’abord été mal diagnostiqué. Sa schizophrénie est en réalité le résultat de plusieurs années d’une surmédicamentation (criminelle, Mr.Landy) consécutive à ce diagnostique. Soigné correctement, il vit si ce n’est normalement, au moins convenablement.

Sauf que notre Brian ne produit rien quand il entend des voix.Il pleure. C’est sobre, les pieds dans le sable et le coeur léger qu’il sait improviser, et créer. Il n’a pas besoin de son art pour spirituailser ses douleurs, ou pas uniquement. Il chante comme il aime, et comme il est. Plusieurs années plus tard, apaisé, il achèvera  Pet Sounds, son véritable chef d’oeuvre.

Notre Brian, ce n’est pas son art, mais un amour simple et véritable, qui le ramena à lui. Et c’est là l’histoire, stéréotypée car vraie et universelle, que nous raconte Love & Mercy. 

De là, Brian est chanteur, guitariste, bassiste, producteur et compositeur. Pour le plaisir.

A vos casques.

 

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Crédits photos : ARP Sélection

 

 

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