Michael Silver est un jeune producteur canadien pétri de talent. Aux confins d’une pop des années 80 et d’une musique d’ambiance très contemporaine, il sait allier ses influences d’un autre temps avec certaines beaucoup plus actuelles. L’année 2015 fut l’occasion de la sortie de Radiance & Submission en Juillet et The Colours of Life en Août.

On peut imaginer que la sortie de deux albums à un seul mois d’intervalle est une gymnastique osée pour l’oreille d’un musicien. Mais cela n’a pas semblé effrayer CFCF qui nous a délivré cette année deux opus sur deux labels différents, et aux tonalités assez opposées.

Le LP Radiance & Submission affiche une patte nettement plus sombre, ou tout du moins mélancolique. La quasi-absence de beat au long de l’album et les guitares nappées de synthétiseurs vous enveloppent d’une douce rêverie, subjuguée par les voix sur The Ruined Map ou encore La Soufrière. Ces deux éclairs vocaux sont les bienvenus au milieu d’une avalanche de sonorités et arrivent à point nommé au fil de l’écoute.

On a, il y a un temps, prêté le genre de « Night Bus » aux productions de certains artistes, dont CFCF faisait d’ailleurs partie. Certains prétendent le Night Bus désormais mort, mais on peut toujours déceler une certaine exactitude dans cette définition avec Radiance & Submission. On n’imagine moins une rêverie champêtre, mais plutôt urbaine et nocturne – les images défilant au hasard du trajet. A titre d’exemple, on peut écouter l’un des Night Bus Mix de CFCF :

Les arpèges joués à la guitare classique ajoutent une touche nostalgique et mélancolique à la contemplation qui émane de la musique de Michael Silver. Les mélodies mystérieuses et aériennes de Tethered in Dark constituent l’un des sommets du LP et illustrent à merveille cette sensation.

life_coverDoit-on prêter la tessiture d’une production sonore à l’humeur globale de l’artiste lors de sa composition ? On serait en droit de le croire, mais lorsque vous passez à The Colours of Life, il s’agit moins de sentiments introspectifs qu’un mois plus tôt. Les marimbas et xylophones entrent en scène d’emblée. CFCF dit avoir été largement inspiré par l’œuvre de Phil Collins ou encore Peter Gabriel (1). On le croit volontiers et on le remercie !

On ne vous cachera pas qu’un filet de sauce kitsch se déverse donc avec parcimonie et efficacité sur ce dernier opus de CFCF. Le sourire et la bonhomie s’agrippent alors par-dessus la même contemplation qu’inspirait la patte du producteur canadien sur Radiance & Submission. L’album se découpe ainsi en douze mouvements splendides et homogènes. Le second mouvement – Melting the Ice – propose un côté aventureux et très années 80 qui se savoure sans se faire prier.

L’intensité de l’album progresse lentement tout en conservant une rythmique hypnotique mais dansante. CFCF semble ajouter un gimmick à chaque mouvement – comme le solo de guitare de Our World – et transforme ainsi la mélodie de base sans que l’oreille s’en aperçoive réellement. La basse résonne agréablement dans la nuit sur Rain Danceà la façon du hit des Commodores – alors que le piano s’emporte et que des synthés dignes de la bande-originale d’un Super Mario 64 accompagnent la danse. C’est le véritable coup de cœur de ces 45 minutes.

Touching the Earth constitue l’avant-dernier mouvement et vous fait redescendre doucement de la torpeur dans laquelle l’écoute de The Colours of Life vous avez invité.

La conclusion est la suivante : on préfère The Colours of Life à Radiance & Submission, et on est très impressionné par le talent de CFCF qui garde une constance dans ce qui pourrait paraître comme un double exercice de style. On en redemande.

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(c) Illustration de couverture « Paper Bag Records ». Tous droits réservés.

(1) http://www.residentadvisor.net/review-view.aspx?id=17429

Matthieu

 

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