L’excellence et la régularité attirent. Ce n’est pas Alexandre Gouyette aka Brawther, aujourd’hui basé à Leeds, qui pourra vous contredire. Ses différents EPs sur Balance et My Love Is Underground s’envolent à prix d’or sur la plateforme Discogs. La sortie d’un triple LP – regroupant les morceaux les plus demandés – constitue une aubaine pour ceux qui auraient manqué les premiers rendez-vous. Retour avec l’artiste sur une compilation qui n’en est presque pas une.

L’homogénéité d’«Endless» fascine. Les compilations recherchent évidemment toujours une certaine cohérence mais celle-ci particulièrement présente un cheminement précis et une évolution singulière. Brawther va dans ce sens et évoque sa relation avec Chez Damier, boss du label Balance.

C’est vrai qu’il existe une trame entre ces morceaux. Il aura peut-être fallu ce projet pour cerner ma vision pour certains. Je pense que la complicité que j’ai avec Chez Damier m’as permis de m’exprimer sans aucune concession. Chez m’a toujours soutenu et encouragé, et ensemble on a programmé chaque sortie, de A à Z. 

La relation avec le label est toujours l’une des clés de la réussite d’une sortie, la façon dont elle va être orientée et quelles directions seront prises. Brawther compte déjà depuis 2009 quasiment une sortie par an sur le label ou sub-label de Chicago, de quoi donner encore plus d’importance à «Endless». Si sa relation avec Chez Damier semble être fusionnelle, il ne cache pas qu’une certaine liberté lui a aussi été donnée.

Imagine bosser pour un label mais en être un peu A&R ou un peu Graphiste, artiste et/ou remixeur, tout à la fois. Cette liberté est vraiment rare, je n’ai jamais eu à penser à m’adapter pour un autre label ou ne pas pouvoir sortir ce que je voulais sortir. Cette musique c’est moi à 100%, c’est aussi simple que ça.

La musique a cette qualité de rassembler et de faire sans cesse fourmiller des idées, on se demande alors comment un jeune producteur français s’est retrouvé à signer sur l’énorme label créé à l’origine par Ron Trent et Chez Damier, dirigé par ce dernier depuis 1996. Brawther nous donne quelques éléments de réponse.

Pour Chez, ça s’est fait sur Myspace, puis on s’est parlé par téléphone un jour sur deux pendant bien deux ans, mais on s’était rencontré en chair et en os quelques mois après le premier échange de messages. Je l’ai contacté comme dernier ressort après avoir reçu aucun voir peu d’intérêt pour mes démos. Cette rencontre a été décisive. Message à tous les producteurs en herbe : « Keep the faith »… Ne perdez pas espoir..

Certains labels s’en mordent aujourd’hui les doigts et Brawther montre un peu plus chaque année ses qualités dans la production et cette volonté de rechercher une certaine esthétique propre à chacun de ses morceaux.

Le triple LP s’ouvre de la plus belle des manières avec «Asteroids and Stardust», une longue ballade électronique – le plus long morceau de l’album. Si la 808 prend la part belle, la beauté du morceau ne laisse pas indifférent et comme un écho aux autres morceaux l’évolution est lente et maitrisée. Une lenteur relative puisque le morceau est en réalité rapide mais les ajouts sonores autour des basses et percussions donnent cette impression, la mélodie dirige. «Endless» est construit méthodiquement, l’Ultra Deep Mix du titre éponyme est le second morceau d’ouverture et s’inscrit dans ce registre de deepness tout en prenant un rythme plus énergique. Le dernier morceau de la face B du premier vinyle, «Deep Down Paris», illustre aussi sa capacité à ralentir le rythme pour proposer une toute autre sorte de house, plus épurée.

Un processus de production se dessine clairement dès la première écoute,  de nombreuses petites influences viennent se greffer à chaque morceau pour autant la paradoxale homogénéité en ressort. Brawther s’explique :

On est tous forgés par nos expériences individuelles et toute action est influencée par ces expériences  à différents degrés, plus ou moins consciemment. Je suis inspiré par mille choses et continue de l’être. Chez m’a toujours conseillé de ne pas trop m’éparpiller avec les pseudonymes pour que je puisse sortir tout style en gardant le même nom. Au final c’est un choix qui me convient vraiment car il continue à m’offrir une vraie indépendance, sans avoir à me justifier ou à rentrer dans un moule.

Le second vinyle monte en intensité et contient sans aucun doute le morceau le plus demandé, Le Voyage qu’on avait pu découvrir dans l’excellent podcast Resident Advisor de Chez Damier. Sur fond d’un kick agressif, la synthé sublime le tout de par ses variations, de quoi voyager assurément.
L’intérêt de cette sortie réside aussi dans la présence d’un morceau présent sur la 11ème sortie du label parisien My Love Is Underground dirigé par Jeremy Underground, Brawther nous confie par ailleurs une anecdote quant à leur rencontre.

 

Je connais Jeremy depuis 2004, on s’est rencontrés pour la première fois au Djoon a Paris (si mes souvenirs sont bons), apres avoir été rentrés en contact sur le forum de la soirée Cheers. Il était déjà ami avec Inner Sense, avec qui j’étais rentre en contact peu avant.

Résolument plus agressif «Don’t Go» semble se rapprocher d’une techno intense pour au final à nouveau se voir rejoindre d’une mélodie et d’une vocale qui transforment la physionomie du morceau, l’effet est saisissant et l’on passe du tout au tout.
On comprend par la suite que tous les morceaux sont construits de la même manière tout en gardant chacun leur singularité.
Les différents claviers et synthés utilisés apportent chacun une certaine chaleur et une personnalité.
De quoi relaxer comme peut le faire «Negentropy» à la limite du soulful ou au contraire crisper et tendre avec «Come Inside».
Un savourant mélange où Brawther s’est inspiré de tout ce qui l’entoure.

 

Encore une fois, je suis inspiré par plein d’artistes et je n’ai pas un artiste en particulier qui me vient en tête tout de suite. La simplicité de la musique House et Techno me fascine. Le groove minimaliste et répétitif, qui reposerait sur une formule en apparence simple, est en fait bien plus complexe. Ce n’est pas juste l’esthétique qui compte mais aussi la musicalité, le feeling, trouver l’équilibre entre tout ça c’est ce qui characterise la house que j’aime. Il y a plein d’artistes qui en sont maitres, reconnus mais souvent meconnus. Ils m’inspirent dans la production mais aussi comme dj.

Un unreleased vient parfaire un album déjà complet, un morceau spatial et terriblement séduisant qu’on qualifierait aisément de dub-house. Enfin la F2, «VXVXVX» présent sur la sortie la plus récente de Brawther aux côtés de «Come Inside» – déjà vendu à des prix affolants – clôt avec justesse une compilation des plus complètes.
Avec un emploi du temps des plus chargés et des gigs à droite et à gauche, Brawther consacre moins de temps à la production à son grand regret.

 

De moins en moins malheureusement… j’aimerais passer plus de temps au studio. J’ai consacré beaucoup de temps à déménager, voyager, re-déménager, le rythme des soirées qui s’intensifie d’année en année, mon projet et label Dungeon Meat (avec Tristan Da Cunha) qui prend beaucoup de temps, acheter des disques et essayer d’avoir une vie privée simple. Dès que j’ai un peu de vrai temps libre, j’essaye de faire de la musique.

En attendant Endless sera disponible à un prix plus que compétitif, ne tardez pas trop pour vous le procurer, un Brawther ne reste jamais délaissé bien longtemps.

 

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On remercie chaleureusement Alexandre pour ses réponses sincères et exhaustives.
Pour suivre Brawther, retrouvez le sur sa page Facebook, et High Five Magazine sur la notre !

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