Mercredi 27 mai, quatre nouveaux entrants auront leur place au Panthéon. François Hollande fera un discours, écrit par ses plumes. L’occasion de se rappeler celui d’André Malraux pour l’entrée au Panthéon de Jean Moulin.

C’était le 19 décembre 1964, par un froid glacial. Les personnalités sont en manteau long devant le Panthéon, les mains le long du corps, comme pétrifiées par la température. André Malraux, alors Ministre chargé des Affaires culturelles est chargé de prononcer un discours pour marquer l’entrée du résistant Jean Moulin dans ledit Panthéon. Il s’approche de la tribune, l’air grave. Des discours institutionnels, la France de la IVème puis de la Vème République en voit des dizaines, encouragés par le président d’alors, le général de Gaulle. Mais ce discours prend une ampleur historique pendant 20 minutes, chargé d’émotions et surtout reflet d’une plume impressionnante.

André Malraux aura eu une vie chargée, controversée. Inculpé pour vols d’oeuvres d’art des temples d’Angkor Wat au Cambodge, il sera vite de retour en France, par des pressions diplomatiques du cercle intellectuel parisien. Controversée aussi dans sa participation dans les mouvements de résistance, qu’il affirme avoir rejoint en 1940 quand les historiens disent 1944. Romancier à succès, il écrit des oeuvres qui restent dans la mémoire collective, et feront de l’homme l’un des auteurs que l’on apprend aujourd’hui au lycée. Mais les casquettes semblent se démultiplier pour André Malraux : derrière le patronyme se cache aussi le directeur artistique des éditions Gallimard – celui qui fera par exemple éditer les Calligrammes d’Appollinaire – et, selon ses dires, le vice-commissaire à la propagande du Kuomintang taïwanais.

Ce discours du 19 décembre 1964 a de particulier qu’il renferme des dizaines d’histoires, les à-côté de l’Histoire. Une parmi d’autres : cela n’aurait pas du être André Malraux à la tribune ce jour là. Si l’on revient quelques années auparavant, le ministre des Affaires culturelles est alors ministre déléguée à la présidence du Conseil et à la charge de l’information. Beau poste créé pour l’occasion en 1958 ; André Malraux n’y restera qu’une petite année. Quelques mois après son investiture, il reconnaît l’usage de la torture en Algérie par l’armée française, et promet que l’exécutif y mettra un terme. Charles de Gaulle le prend personnellement, et lui enlève son ministère. Charge au Premier ministre de l’époque, Georges Pompidou, de lui trouver « autre chose ». Cela sera la Culture, une idée qui fut pourtant écartée dans les projets de Vème République. Ironie de l’Histoire, on retient aujourd’hui ce vibrant hommage à Jean Moulin comme une volonté du gouvernement de l’époque de fédérer les Français autour d’un idéal national, de faire table rase d’un passé récent et segmentant, celui de ce qu’on nommera plus tard la Guerre d’Algérie.

 


 

 

Crédits photo – Rue Des Archives/AGIP

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