En 2014, Baaz sortait son premier album sur l’excellent label Office Recordings. Un an plus tard, un EP composé de trois remixes voyait le jour avec trois artistes aux commandes et non pas des moindres. Si le nom du producteur allemand apparait sur la pochette de cette nouvelle sortie, c’est bien S.A.M, Dorisburg et Christopher Rau qui forment un plateau unique. Retour en mots sur Red Souvenirs (remixes) avec deux d’entre eux.

L’exercice du remix est à séparer complètement de la production. Produire c’est pourtant effectuer un travail similaire au remix, piocher dans des sonorités déjà existantes, trouver le bon sample, réorienter, interpréter. Mais la différence réside dans le fait que chaque artiste démarre avec un morceau déjà constitué avec une structure pré-existante. Il faut ainsi parfois tenir compte des exigences des acteurs concernés comme nous l’explique Samuel André Madsen aka S.A.M – tiers de Mandar et à la tête de Delaphine «Pour un remix, ce n’est pas seulement ma volonté qui compte mais aussi celle de l’artiste de départ, le label et l’EP comme un tout à prendre en considération.»

Et c’est sans doute cette relation entre l’artiste remixeur et l’artiste originel qui compte le plus, elle peut être le fruit d’une rencontre comme ce fut le cas pour Dorisburg – moitié de Genius Of Time et boss d’Aniara Recordings «J’ai rencontré Baaz pour la première fois à Stattbad, on a eu une bonne connexion et on évoqua rapidement la possibilité de faire un remix. Quelques temps après, j’ai reçu de sa part de la matière musicale et j’ai choisi de travailler sur Endori». S.A.M fut lui contacté directement par Baaz «Il m’a écrit et m’a demandé si je voulais le faire. La plupart du temps j’aime son travail donc j’ai accepté». Les goûts concordent et certaines associations apparaissent le plus souvent comme une évidence.

Une fois l’accord de principe donné, chacun peut commencer à travailler le morceau choisi, le découper, l’interchanger et l’interpréter à sa façon, « J’ai eu quelques coups d’essai avant que la version finale ne prenne forme. J’essaye le plus souvent 2 ou 3 idées avant de décider quel chemin prendre avec les remixs» nous explique Dorisburg. Un travail de longue haleine donc mais à la fois jouissif, de par la possibilité de pouvoir tout essayer sans limites.
Toutefois, l’importance du morceau original n’est pas négligeable, tous s’appliquent à garder certains éléments essentiels qui le composent, tout en essayant de voir plus loin en changeant sa structure. S.A.M revient sur sa vision du remix «Je suis conscient de ce que je fais et je fais très attention à la musicalité du morceau et pas seulement mettre un kick qui martèle puis l’appeler un morceau parce qu’il sonne dur».

L’intérêt réside aussi dans le fait d’apporter sa patte à un titre déjà de qualité. S.A.Mdont les morceaux ont une attache particulière aux longues nappes de synthé plus ou moins prononcées, explique «J’ai senti que la première version cachait de supers pads derrière un beat épais, donc je voulais sortir quelque chose des pads et les mettre en avant. J’ai alors essayé de garder l’originale légèrement tournée old school avec les drums tout en gardant aussi quelques parties des percussions du morceau original». On retrouve ainsi l’ambiance atmosphérique typique des morceaux du jeune Danois – que l’on avait pu voir à l’oeuvre sur Oscillat Music, utilisant la boucle en y ajoutant du reverb et changeant radicalement l’ambiance.

De son côté Dorisburg  s’est recentré sur sa capacité à faire ressortir un aspect particulier de l’originale «Généralement, je n’essaye pas de trop forcer sur les rythmes mais plutôt de garder l’essence originelle quand j’enregistre et me concentrer pour obtenir quelque chose de léger et direct. Au lieu de reprogrammer ou d’essayer de trouver un groove, mon approche est le plus souvent de recommencer à partir du début jusqu’à ce quelque chose de spécial ressorte de l’original». Le résultat donne une toute autre vision d’Endori, rappelant certaines sonorités policées du dernier album de John Roberts. Il reprend ainsi la boucle du morceau départ tout en délaissant le côté deep house.

Le dernier remix est l’oeuvre de Christopher Rau bien connu dans nos pages. Dans la lignée de ses productions, l’allemand propose ici une réinteprétation des plus brillantes, la version finale n’ayant à priori rien à voir avec celle de Baaz. Poussé par un kick lourd et typique du genre techno, le titre évolue de manière étonnante vers la moitié, pour une nouvelle fois se diriger vers tout autre genre sur la fin, presque calme.

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A big thanks to Dorisburg and S.A.M for their kindness and words

 

 

 

 

 

 

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