La 22ème édition d’Astropolis s’ouvrira le 1er juillet prochain, et s’étendra une nouvelle fois sur trois jours avec son lot d’activités et de nouveautés. Bien plus qu’un événement de diffusion musical, le festival qui prend place dans la ville de Brest, joue un rôle déterminant dans l’expansion de la musique électronique en France. Retour sur son évolution avec l’un des co-fondateurs Gildas Rioualen, afin d’envisager l’édition d’été 2016.

«Je n’aime pas trop me projeter dans l’avenir» confie Gildas Rioualen, lui qui il y a plus de vingt ans, organisait avec Matthieu Guerre-Berthelot la première édition d’Astropolis, une rave clandestine dans un champ du Finistère-Nord, à Kernoues. Dans un contexte rendu difficile par les multiples attaques politiques, la musique électronique n’en était qu’à ses débuts en France. «J’ai découvert la musique électronique en 1992. Ça a été un gros coup de foudre parce que c’était une nouvelle culture que personne ne connaissait». Une forme de musique qu’il a fallu défendre, souvent décriée pour ses relations ambigües avec la drogue et son image négative auprès des plus hautes sphères de l’Etat. Un engagement militant qui, à l’époque, s’organisait autour d’une passion commune. «J’ai été pris dans l’élan du militantisme pour la reconnaissance de cette culture durant les années 90 et le début des années 2000. Aujourd’hui ça s’est instauré, ça s’est installé et ça s’est professionnalisé. De fil en aiguille, finalement, avec ce côté un peu militant et cette volonté de reconnaître la nouvelle culture».

Manoir de Keroual ambiance - Thomas Langouet

© Thomas Langouet

L’erreur aurait été de vouloir aller à l’encontre des lois en continuant dans la clandestinité. Au contraire, en se professionnalisant tout en préservant le même état d’esprit – importé des premières raves en Angleterre, Astropolis a grandi et continue de s’adapter «Aujourd’hui je pense qu’on a su aussi évoluer avec les musiques, on est pas resté stagné, c’est pour ça qu’on retrouve dans notre programmation aussi bien des pionniers que des coups de coeur, des découvertes de l’année et des artistes dont on entend parler dans les médias». Une balance intelligente aussi motivée par l’appartenance à une région qui n’est pas restée indifférente aux actions du festival. «Il y a une grosse mobilisation des artistes de la scène régionale. A côté de ça, on a développé beaucoup le festival en journée, la volonté n’était pas de devenir le plus gros festival de France mais d’essayer de créer une sorte d’énergie dans notre ville un peu comme les Transmusicales ont pu le faire pendant un moment».

Brest vit alors au rythme d’Astropolis durant les trois jours, permettant ainsi aux festivaliers de découvrir le deuxième port de France à travers les différents événements éparpillés dans les lieux proposés. La ville, qui s’est petit à petit investi dans le projet et qui en fait partie intégrante aujourd’hui. «La grosse soirée qui a lieu au Manoir de Keroual, appartient à la ville de Brest. Il y a énormément d’aides techniques de la part de la ville aussi bien en matériel qu’en personnel de la ville. On a une subvention qui avoisine les 30 000 euros». Une situation inenvisageable dans les années 90 «Il a fallu mettre en place un lien de confiance, les musiques électroniques, ça a toujours été un sujet sensible. Il faut toujours faire de la médiation, rencontrer les gens et leur expliquer qu’on est plus des sauvages. On ne l’a d’ailleurs jamais été !». Une contexte comparable à celui du rock à ses débuts. Mais les mentalités ont changé et les instances dirigeantes aussi. «Petit à petit les gens se sont un peu plus intéressés. Le discours est plus facile, j’ai 43 ans, j’ai affaire à des gens qui ont à peu près mon âge. Il y a 20 ans on me considérait comme un branleur et j’avais affaire à des gens qui avaient 60 ans en face de moi». Une relation de confiance bénéfique au bon déroulement du rassemblement.

La Cour au matin - 2013 - Mathieu Le Gall

© Thomas Le Gall

Astropolis n’est pas un festival comme les autres. «On a aussi développé des activités comme le booking le développement artistique, on a accompagné beaucoup d’artistes qu’on découvre dans nos tremplins. On a aussi un label maintenant» explique Gildas Rioualen avant de poursuivre «La diffusion on connaît, on développe beaucoup d’actions à côté, la sensibilisation aux musiques électroniques, on va dans des hôpitaux, des écoles». Parfaitement ancré dans le paysage français, Astropolis s’est forgé une identité propre et qui va de pair avec l’effervescence autour de la musique électronique ces dernières années. «Je suis super content de voir toute cette énergie, il y a eu un grand moment de pause dans les années 2000, alors que dans les années 90, des collectifs, il y en avait partout». Que ce soit à Paris, à Lyon, à Nantes, à Rennes ou à Bordeaux, le regain d’intérêt pour la house et la techno ainsi que tous les sous-genres ne fait plus aucun doute. «Aujourd’hui on sent à nouveau cette énergie de gens passionnés qui se prennent la tête à ne pas faire n’importe quel line up dans n’importe quel lieu, c’est très réfléchi. Une force fraîche, c’est un atout». C’est cet état d’esprit que les organisateurs tentent toujours d’imprégner à chacune des éditions, ne perdant jamais de vue son objectif principal. «On a vraiment cet esprit de bricolage, de Do It Yourself, on a toujours fédéré. Je suis toujours parti du principe que l’union fait la force, c’est déjà très compliqué pour les collectifs d’être mis dans une visibilité médiatique, j’ai toujours fait en sorte de rassembler les collectifs, notamment du Grand Ouest parce que c’est vrai qu’on travaille toute l’année avec des villes comme Nantes, comme Rennes ou encore Saint Malo».

Une forme de partage que l’on retrouve dans la programmation avec la part belle faite à ces associations de musique qui défendent la même cause. «Tous ces collectifs que je rencontre pendant l’année, je les fait participer, on fait maintenant des balades en bateau sur la rade, là c’est des collectifs qui gèrent ça. On fait par exemple des projets dans des parcs de Brest que je confie également à des collectifs». Un lien avec la jeunesse qui se fait naturellement, notamment via le concours Tremplin qui permet à de jeunes producteurs de se retrouver sur le devant de la scène. «On reçoit près de 200 démos et on sélectionne 15 jeunes artistes qui veulent devenir professionnel et qui font partie de collectifs. J’essaie de les aider à rencontrer des artistes pendant le festival, des journalistes et des médias. Certains ont besoin de ce petit coup de pouce pour avancer dans leur vie et leur projet simplement». Comme pour donner aussi de sa personne, après avoir été lui-même aidé plus jeune. «Heureusement que j’ai pu rencontré des collectifs beaucoup plus professionnels, qui venaient plutôt du rock mais qui m’ont appris à faire des courriers au ministère, au syndicat des producteurs de spectacles, qui m’ont permis de passer des barrages. J’espère avoir encore ce rôle là avec les jeunes collectifs».

© Jacob Khrist

© Jacob Khrist

Une démarche qui illustre cette volonté de participer à l’évolution de la musique électronique et son implantation un peu partout en France. «C’est un état d’esprit que je préserve, que je veux mettre en avant. Je n’aime pas les choses qui sont trop carrées, j’aime bien ressentir cet état d’esprit de liberté où les gens peuvent se lâcher et ne sont pas dans la retenue». Un état d’esprit que l’on retrouve aussi dans l’organigramme du festival «On travaille avec de nombreux bénévoles, on travaille aussi avec des intermittents du spectacle mais il y a beaucoup de gens passionnés qui viennent nous aider pendant toute la semaine à monter le site, qui s’occupent de l’accueil des artistes. J’essaye de maintenir une ambiance assez collective et puis plutôt de gens qui sont pas là par hasard qui aiment cette culture».

Des festivaliers qui viennent ainsi évoluer dans un espace entièrement consacré à la musique. Cette 22ème édition ne fait pas exception et propose une programmation éclectique. «On essaie vraiment, par rapport à d’autres festivals qui naissent, de toujours proposer des genres qui vont de la musique la plus extrême dans le hardcore à l’ambiant. Cette année il y a l’équipe de Kompakt Records qui vient jouer dans le chill-out». A côtés des gros noms tels que Kerri Chandler, Len Faki ou encore Maceo Plex – sa première fois en Bretagne, on retrouve des artistes pointus.
Le showcase R&S le vendredi, avec le live de Space Dimension Controller – habitué ces dernières années aux dj sets, et Paula Temple en hybrid set, donnera assurément le ton. Le jeune pousse Mad Rey sera lui aux côtés de ses ainés Axel Boman, Roman Flügel ou encore Tom Trago.
Le Manoir de Keroual sera une nouvelle fois cette année le centre de toutes les attentions avec un line-up calibré pour tous les goûts, des relents de techno scandinave avec Abdulla Rashim à la sélection toujours plus inattendue du natif de Windsor, Andrew Weatherall, en passant par le live de l’Allemand Shed.
Une diversité qui fait la marque de la programmation d’Astropolis, le rôle des programmateurs devient ainsi primordial dans la découverte. «On a un panel assez large, on essaie vraiment de pousser les gens à la curiosité. Même si aujourd’hui on a une machine incroyable qui s’appelle internet, finalement les gens sont cloisonnés. J’aime bien le mélange des générations, des cultures et que les gens fassent un peu l’effort d’aller voir se qui se passe sur les autres scènes et aussi que sur les autres scènes on ne trouve pas le même style de musique que sur l’autre».

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Merci à Gildas Rioualen pour ses propos et son temps.

La page Facebook d’Astropolis

L’event Facebook d’Astropolis #22

Crédits Photos :

Maxime Chermat

Thomas Langouet

Matthieu Le Gall

Jacob Khrist

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