Le rock possédait une tradition toute sportive – le supergroupe – qui visait à réunir certains musiciens, préalablement connus dans leurs arts instrumentaux respectifs, au sein d’un All-star-Band du plus bel effet. Citons pêle-mêle Cream, les Yardbirds ou encore Crosby, Still & Nash (and Young) pour les plus notoires.

Apollonia applique le concept au DJing, très naturellement et avec un affectif resplendissant entre ses trois membres : Dan Ghenacia, Shonky et Dyed Soundorom. Les trois français, tombés dans la marmite électronique à la fin du siècle précédent, tournent et tournent encore depuis quelques années déjà, écumant le globe et l’inondant d’une tech-house bien sentie. Quand on lit dans une interview que leurs clubs joués et préférés sont le Panorama Bar de Berlin, le DC-10 d’Ibiza et la Fabric de Londres, le niveau est relevé.

Il s’agissait désormais de franchir la marche suivante, et la production d’un album se faisait doucement attendre : c’est en plein dans le mille avec « Tour à Tour« . Le back-to-back incessant des trois DJs lors de leurs sets n’a certainement pas été étranger à un tel titre, il permet surtout un beau pied de nez vue l’homogénéité manifeste de l’opus.

Apollonia ne renie absolument pas la maîtrise d’un bon set, et comme un sacerdoce une rythmique implacable guide l’heure d’écoute : on se surprend quelque peu à mal traiter une fois de plus sa voûte plantaire, à même le sol mais pourtant confortablement installé chez soi. L’art minimaliste de la répétition est mis en exergue par le trio, et Dieu sait qu’il n’est pas le plus aisé. Des beats léchés et ingénieusement construits nous emporte dans une somnolence toute trouvée, comme point de repère et fil rouge d’un véritable ensemble pourtant dénué de transitions entre chaque piste.

Les textures des morceaux sont néanmoins très nuancées les unes par rapport aux autres, on distinguera la propreté d’un June du plus foutraque Chez Michel. Les samples donnent le sourire et fonctionnent à chaque fois : Un Vrai Portugais parle de lui-même, tout comme El senor vador et la Mouche tsé tsé.

Après un départ réussi, une petite touche deep sur Piano et un démarrage tranquille, « Tour à Tour » prend son envol après l’interlude : cinq morceaux d’une qualité géniale et un kiff d’une demi-heure. Serait-ce la récompense des vrais curieux ? Un Vrai Portugais tournicote et bourdonne quelque peu en va-et-vient avec réussite. Les spirales de Boomerang sont plus rondes et massives, la techno repointe son museau de louve aguicheuse avant de laisser place à The Benshee.

De loin la meilleure track, The Benshee claque un alliage entre des samples déstructurés et un beat hypnotisant, laissant aussi la part belle à des tams-tams insistants.

El senor vador nous livre quant à lui ses borborygmes mal dissimulés d’acid, sur un fond rythmique impeccable et un sample réellement flippant, branché côté obscur. Haight Street est la cerise sur le gâteau, en petite merveille d’ambient minimaliste qui ne néglige pas une grosse caisse omniprésente.

Apollonia nous livre un bien bel LP, qui risque de ravir pas mal de monde et ne pourra qu’agrandir les rangs des admirateurs du trio. D’ailleurs, si vous passez par Paris ce week-end : allez au Rex ce soir !

Matthieu

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