Voilà maintenant 15 ans que le label de Peter Kersten, aka Lawrence et David Lieske, aka Carsten Jost, redéfinit les codes de la musique électronique. Si l’étiquette deep-house lui est accolée depuis les premières sorties, ses fondateurs revendiquent une certaine liberté dans la manière de produire et de percevoir la musique. La compilation «All» offre la possibilité de plonger dans l’univers de Dial, retour en anecdotes avec ses artistes et leurs années au sein du label.

L’écurie Dial est sans doute l’une des plus prestigieuses de la scène électronique, elle a vu l’éclosion d’artistes émérites qui ont inspiré de nombreuses générations de producteurs. Revendiquant une esthétique sobre et lisse, le label d’Hambourg a pris le parti d’une musique élégante où la mélodie joue un rôle primordial, alliant les instruments classiques aux boîtes à rythmes et autres synthétiseurs.
Les inspirations sont nombreuses et l’éclectisme revendiqué par les différents artistes qui le composent donne une toute autre dimension à ce qui est maintenant une véritable famille où les uns et les autres se connaissent tous.
RNDM raconte ainsi sa rencontre avec cet univers dont il fait fait partie intégrante aujourd’hui.

I got to know the dial posse through Phillipp Sollmann ( Efdemin). We used to work together for an art gallery in Vienna back in the day. He invited me to play at Golden Pudel Club in Hamburg one day for a party that was hosted by Pete (Lawrence) called Changing Weather. Pete and Dave ( Carsten Jost ) had been doing this party for quite some time. I think their main goal for the party was to just play good, interesting, obscure music with no limits whatsoever, very different from your usual club night these days. I think its important to know that Golden Pudel’s DIY, punk attitude had and still has a big influence on the label philosophy… Everything is possible, nothing is too important and don’t take yourself too serious. I played a couple of records and Pete gave me a big kiss on my cheek and we have been friends ever since. After you asked me to do this interview I reached out to Pete and Dave to ask them if thats ok with them… Because I had the feeling that it was a quite intimate matter to talk about their label…I didn’t get an answer to this day probably because they thought it was a stupid thing to ask anyway and just do it… Just to give you an idea on how the label is run.. The best way possible

Le Golden Pudel, club intimiste et atypique de la ville d’Hambourg, qui a aussi vu naître le label Smallville Records – dont Peter Kersten est également l’instigateur aux côtés du duo Smallpeople composé de Julius Steinhoff et Just Von Ahlefeld. Ces derniers se retrouvent souvent dans cet endroit où la liberté est de mise et où l’on oublie le temps d’une soirée ses problèmes.
Sans jamais compliquer les choses et dans la plus parfaite cohésion, Dial fonctionne bien et ça depuis quelques années maintenant. La réussite du label tient aussi de l’entente entre chaque artiste, il n’y a pas vraiment de hiérarchie et les relations restent avant tout humaines, laissant l’aspect professionnel de côté. Roman Flügel évoque un souvenir commun avec David Lieske.

I’ll always remember when I was invited to David Lieske’s flat in Hamburg around 2001. I had just finished my remix for his 12″ ‘You don’t need a weatherman’ and I think we were supposed to play a show together the same night. The next day we had a lot to discuss, especially politics and hardly had the same opinion even though we basically thought in the same direction. I think David was more ‘extreme’ than me and already a supporter of the German Anti Fascist League and I found it quite fascinating to meet a well dressed young man who had such a strong attitude. We finally ended up drinking and watching a documentary about Radiohead’s first world tour after their break through hit ‘creep’ . That was a very nice way to finish our weekend.

L’anti-label ou simplement une forme plus libre afin d’éviter les problèmes qui pourraient survenir dans le cas d’un management classique.
Les codes sont ainsi cassés, pas de bureau, des décisions prises ensemble, un déni de l’autorité et une volonté anti-conformiste qui peut passer pour de l’amateurisme. Mais rien n’est laissé au hasard et si la production labélisée Dial est aujourd’hui une référence c’est aussi grâce à la direction prise par Kersten et Lieske dès les premières années. La famille s’agrandit toujours un peu plus et toujours dans la même cohésion. John Roberts se rappelle d’une nuit au Panorama Bar, comme un symbole.

One of my favorite memories associated with the label is being at Panoramabar on a Dial Night just as the club was opening at midnight and listening to Pawel play a set of many of the label’s early releases. This was before any guests had arrived and the only people at the bar and on the dance floor were close friends and contributors to the label. At that moment everything felt calm and in its place.

L’occasion était trop belle pour ne pas célébrer 15 années pleines qui ont beaucoup apporté à la scène allemande et européenne.
La compilation regroupe les grands noms du label pour de nouveaux morceaux, à la fois représentative de l’esprit global et du son Dial.
Après deux morceaux d’introduction signés Christian Naujoks et Stefan Tchereppin, Roman Flügel vient confirmer ce penchant pour les  combinaisons entre des références classiques et la musique électronique, un sample de piano qu’il refuse par ailleurs de dévoiler.

«In Your Wardrobe» contains probably the loudest tambourine out of all of my tracks. The foundation of it is a sample but I won’t tell you where it’s coming from. It’s a simple, somehow hypnotic piece of music that keeps some space for your own imagination hopefully.

«Summer Smile» débute avec un kick soutenu, rappelant «Hideway» sorti sur le sub-label Laid. Un sentiment de quiétude ressort au fur et à mesure que le morceau défile entre jazz et electronica. RNDM raconte son histoire.

I started to work on new music again after we had our second child. I was planning to do a solo Dial EP but didn’t have enough tracks yet. Efdemin called me one day and told me that its five years since the last dial sampler « 2010 » and that there is a new compilation in the making. So I was happy that I had something ready… I think the whole record turned out quite well, «Summer Smile» is actually a direct reference to the sample I used in this track. It’s from Ronny Jordans album « The Antidote ». An album I heard a lot when it came out… Quite cheesy, fusion jazz but great musically.. Still love it. The sample was used so prominently that I thought I should use the same name !

Dans la même veine classique «My Confessions» de Carsten Jost s’appuie sur une boucle de notes de piano graves, l’évolution du morceau est remarquable, l’écoute ne laisse pas indifférent et a le pouvoir de susciter des émotions fortes.
Lawrence qui a pour habitude de se focaliser sur des sonorités plus mélancoliques, plus noires, s’essaye ici à quelque chose de plus enjoué, une ballade où le synthé se mêle au sample aigu de piano. On sent dans chacun des morceaux le désir de représenter l’esthétique première du label, avec grâce et toujours dans ce souci de la mélodie.
John Roberts confirme ce changement entrepris depuis son dernier album d’aller à la rencontre de nouvelles sonorités. «Paloma» est la suite logique du travail effectué par l’artiste New-Yorkais depuis la sortie de «Fences» , les différents éléments des cordes stridentes aux synthés magnifient l’ensemble. John Roberts explique le processus qui a mené au morceau.

I wrote ‘Paloma’ in my kitchen in New York before the construction of my new studio was complete. I didn’t have my studio monitors out of storage yet so I ran my equipment through a small radio on the kitchen counter. When I was tired of working on the track I would listen to HOT97 and KISS FM while eating lentil soup.

Pawel quitte l’univers électronique un temps pour proposer un morceau acoustique accompagné d’une vocale rappelant Robert Smith, illustrant l’éclectisme de Dial.
«All Nearness Pauses» est à la fois mélancolique et beau, dans un calme presque inquiétant.
Efdemin revient à ses premiers amours avec «No Exit», relativement paisible dans l’ensemble et qui jouit de notes de synthés hypnotiques.
Le futur pensionnaire de la maison Dial, DJ Richard en est à son premier coup d’essai et quel morceau, parfait dans sa construction. L’utilisation du sample de voix et de la boucle donnent un premier aperçu de l’album qui paraitra fin 2015.
Pantha Du Prince ne surprend pas et surfe toujours sur la vague langoureuse et mélodieuse avec l’utilisation habituelle des cloches, «Time Out On The Rocks» reste agréable à écouter et témoigne de l’efficacité du producteur allemand qui n’a rien perdu de sa superbe.
Les derniers morceaux viennent un peu plus élargir la palette large du label qui touche à tout et ne conserve jamais la même ligne directrice.
«All» est une compilation qui regorge de sonorités et qui fait preuve une nouvelle fois d’une excellence dont peu de labels peuvent aujourd’hui se targuer.

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We deeply thank John Roberts, RNDM and Roman Flugël for their sincereness and time.

Listen to the compilation here