(english version below)

 

S’il ne fallait n’en retenir qu’un pour une belle soirée, DJ Rahaan figurerait sûrement sur la short-list. Collectionneur invétéré de vinyles, le natif de Chicago fait partie de cette nouvelle garde des musiques électroniques de la ville de l’Illinois. Malgré la quarantaine passée, c’est bien la relève des Frankie Knuckles et autres Ron Hardy que représentent ces producteurs de Chicago, à l’époque tous devant les platines sur le dancefloor, à danser devant les géniteurs des musiques électroniques estampillées « House music ». Producteurs de l’ombre, ces Ge-Ology et autres Jamie 3.26 ont pris le devant de la scène avec les années 2000, quand l’Internet a propagé musiques et bookings. Nous en savons un peu plus sur DJ Rahaan, merci à lui.

 

 

– J’ai entendu, il n’y a plus longtemps que quelques semaines de cela, ton track “Sun Sun Sun” à Paris, en soirée. Ça ne doit plus paraître anodin aujourd’hui, tu es joué partout. Mais ça doit te changer des années 1980, quand tu ne pouvais écouter de la musique à Chicago que dans des clubs bien cloisonnés, le Warehouse, le Muzik Box … Alors que maintenant, chaque ville a son club où de la house est jouée – et de plus en plus, où ta musique est jouée. Que dirais tu quant à l’évolution de la house durant ces dernières années ?

Et bien, c’est assez magnifique ce qu’il se passe en ce moment … Je suis juste super content que les DJ apprécient ma musique et jouent mes edits.

Avant, c’est vrai que c’était une époque super quand tu pouvais aller écouter Ron [Hardy] et Frankie [Knuckles] chaque week-end … Mais maintenant, grâce à la musique je peux aller écouter et rencontrer des gens sur toute la planète. À cette époque, c’était plus autour de la musique et moins du DJ. Le fait que j’aille écouter Ron [Hardy] est dû au fait que j’avais envie de l’écouter. Mais ne te méprends pas : tu avais des DJ partout en ville qui étaient impressionants. Les années 1980 ont été ce qui m’a mené jusqu’à aujourd’hui, et ce qui guidera toujours ce que je ferai ! Mon futur restera lié à ce que j’ai appris par le passé …

 
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 Crédits photo –Youtube screenshot, Rahaan set at Dekmantel

– Comment tu expliquerais le fait qu’aujourd’hui, Ron Hardy reste quand même moins connu que Frankie Knuckles ? Alors qu’ils jouaient la même musique au même moment pourtant …

C’est simple : quand la musique qu’ils jouaient a commencé à voyager à travers le monde, Ron [Hardy] était déjà sur sa fin de carrière …

Je ne crois pas qu’il s’intéressait vraiment à la notoriété aussi. La seule fois où je lui ai parlé, il voulait juste faire des soirées où les gens pourraient apporter leurs propres boissons sans que la police n’y voit d’inconvénient. Ce n’est pas à propos de la notoriété, c’est à propos de la musique. À partir du moment où un DJ oublie ça, il commence à faire de la merde (sic) et jouer comme des petites filles.

 

– Tu penses que ça a formé des DJ en devenir d’avoir cette musique et surtout ces DJ en face d’eux, en train de jouer ?

Pas du tout … Tu peux avoir la voiture la plus rapide de la planète, si tu ne sais pas la conduire, tu restes une tortue … (rires)

 

– Et de ton côté ? Tu jouais déjà à cette époque ?

J’ai commencé à jouer à la fin des années 1980. Mais je faisais déjà des edits quand j’avais 15 ans, et j’ai commencé à mixer après, quand j’ai eu 18 ans. Au début, il y avait un poste de radio à double entrée cassettes, c’est ça qui a été au départ du reste. Je l’ai utilisé jusqu’à la fin des années 1990, puis je me suis mis à l’ordinateur.

 

– J’ai regardé plusieurs fois sur Youtube la vidéo « Bring the Heat » de 2004. Elle commence à être virale ! C’est assez impressionnant de ressentir l’état d’esprit de la soirée, en 2004 alors que l’on pourrait se croire dans les années 1980. Comment était ladite soirée ?

Je crois que c’est cette vidéo qui a tout commencé. C’était la fin de soirée, les gens avaient dansé toute la nuit. Quand la musique s’est arrêtée, c’était à cause d’une coupure de courant, ce n’était pas intentionnel. Je ne savais pas trop comment réagir, mais les gens ont pris les devants en chantant et rechantant le même track. Alors quand le courant est revenu, je me suis juste calé sur leur tempo, et j’ai repris …

– Tu veux dire quoi par « ça a tout commencé » ? C’est bien Jamie 3.26 qu’on aperçoit dans la vidéo ?

Oui c’est lui ! Par « commencé », je veux dire qu’à partir du moment où les gens ont commencé à regarder la vidéo, ça m’a fait de la pub, et les soirées outre-Atlantique ont commencé à se multiplier de plus en plus.

 

– Pour moi, cette vidéo représente vraiment l’esprit d’une bonne soirée : quand les gens viennent pour danser et chanter. Cela nous amène à la musique que tu joues : comment choisis-tu ? Plutôt USB ou vinyle ?

J’y travaille tous les jours, et je joue ce que je joue, ce que j’aime. Si je le sens, je le joue, que cela soit jeune, vieux … Quand je tourne, je n’amène pas quatre ou cinq sacs de vinyle, diable non … J’apporte juste un sac de vinyles, et à côté quelques clés USB pour accompagner. J’aime bien jouer sur vinyle quand c’est possible et que tout est prêt pour, sinon je joue en USB.

 

– Tu me dis que tu joues ce que tu ressens : tu ressentais quoi à ta dernière soirée, hier soir ? Un disque à partager qui a bien marché ?

Je ne m’en souviens plus … (rires). Tu aurais dû être là !

 

– Tu définirais comment la musique chicagoane ? Finalement quand on y pense, elle n’est pas si loin des musiques électroniques de New York ou du New Jersey …

Si on repart dans les années 1980, nous avions notre propre musique. J’aime la musique dont tu peux dire qu’elle est de Chicago quand tu l’écoutes. Maintenant, la plupart des choses qu’on entend sonnent comme de la « NY music » pour moi … La musique « House Soulful », c’est comme ça qu’ils l’appelaient. Mais aujourd’hui, beaucoup de cette musique résonne pareillement pour moi. Ne te méprends pas : j’adore cette musique, mais si tout se ressemble, on devient fou. À mon sens, la musique devrait connaître des changements.

La « Chicago music » ressemblent à du Gumbo. Le Gumbo, c’est un plat créole qui a différentes viandes, différents poissons rassemblés dans un même plat. Avant, la « Chicago music » avait cette diversité dans la musique de club, maintenant c’est la soupe de tomates …

 

– Merci ! Et pour finir en filant la métaphore culinaire, nous finissons avec la traditionnelle même question : en tant que Français, nous aimons bien manger et bien boire. Quand tu mixes toute la soirée, que tu danses derrière les platines, tu dois avoir à la fin une fin de loup ! Un plat favori post-soirée ?

Du poisson grillé et des legumes.

(English version)

– I heard not later than a few days ago « Sun Sun Sun » in a party in Paris. You must hear your tracks and edits played by a lot of DJ nowadays. The times have changed since the 1980’s, when you could enjoy some good music in Chicago only in places like Warehouse, Musik Box. Whereas nowadays, every little city has some club where house music is played – and moreover, where your edits are played. What do you think of that evolution?

Well it’s beautiful thing now … I’m just happy the DJ enjoy the music and my edits.

Back then [in the nineties] it was great hearing Ron [Hardy]  and Frankie [Knuckles] every other week … At that time, it was more about the muzic than the DJ. I just knew what DJ I wanted to hear and 90% of the time it was Ron, but don’t get me wrong you would have DJ all over the city that were amazing.

But now I get to hear and meet people from all over the world. The 80’s for me was what brought me this far and whatever happens in my future always will reflect what I learned from my past…

 

– How would you explain that nowadays, Ron Hardy is less known than Frankie Knuckles? They were playing the same music at the same time though …

Well, when the music [they were playing] started to spread around the whole world, Ron [Hardy] was in his last days …

Also, I don’t think he really cared about fame. The one any time I talked with him, he just wanted to have a party where people can bring their own drinks in with the police not giving them problems. It’s not about fame, it’s about the music. And once a DJ forget that, they start to suck and act like little girls.

 

– Do you think having such good music and examples as DJ playing in front of them at that time helped a lot of people becoming themselves DJ ?

No … You can have the fastest car on earth, but if you can’t drive it, you are still slow … (laughs)

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– But what about you? Were you playing at that time also?

I started doing the DJ in the late 80’s. I was doing edits when I was 15 though, mixing by 18. At the beginning, it was a double tape deck radio, a ghetto blaster that started it. I used tape decks till the late 90’s, and then switched to computers.

 

– I have watched the “Bring the Beat” video of 2004. Quite a famous one by now ! It is marvelous to see it was in 2004, and still the same spirit as in the 1980’s first warehouse parties. How was the party ?

I think that video clip started it all. I think it was almost the end of the night. When the music stopped, it was the power that cut off. I really didn’t know what to do, but the people were singing the same song again and again. When the power came back on, I just started everything over on their tempo as they were singing and I started on this … 

– What do you mean with “it started everything”? And is it Jamie 3.26 we can see in the video?

Yes, that is him! With “started” I mean that when people start seeing the video, more and more oversea booking came.

– To me, the video really represents how a party should be : a place where people come to dance and sing. This brings us to the music you are playing : how do you make your selections? USB or vinyl?

I’m working and I just play what I play, what I like. If I feel it I play it new or old… I’m not bringing no four and five bags of records, hell no…. I will bring one record bag that fits in the overhead cabin space and a few flash drives. I’m not losing any records of mine, but I like playing my records when the turntables are set up right and if not I’ll just play my flash drive.

Rahaan Boiler Room set

– You told me you were playing what you were feeling: what were you feeling at last party? Any record to share that rocked the party?

I don’t remember… (laughs). You would have to be there man!

– How would you define Chicago way of making electronic music? Finally, it s not really different from the musical culture of New York and New Jersey …

Well, back in time we had our own sound. I enjoy the music that u can just tell it’s from Chicago when listening. But now, most of what I hear from Chicago music sounds like New York music to me.

“Soulful house music” is what they call it. But nowadays, a lot of this music sounds the same to me. Don’t get me wrong: I love this music, but if it all the music sounds like one long song I get sick of it. Music I think should have changes.

In my opinion Chicago music use to be like Gumbo. Gumbo is a creole stew that has all different meats and fish into one stew. Chicago used to have that diversity in dance music, but now it’s like tomato soup …

– Perfect culinary answer ! Thanks for these words ! As we are French, we like eating and drinking. Dancing all night long, throwing a good party, playing records: that kind of night could let you eat an horse. What’s your favorite meal when coming back from a gig? or the day after?

Grilled fish and vegetables.

 

 

 

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Photo de couverture : Page Facebook de DJ Rahaan

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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