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DJ hors pair et co-fondateur du fameux label hollandais Rush Hour, Antal est un de nos artistes favoris et le fer de lance d’une génération de DJs à l’éclectisme impressionnant. Discussion autour de son parcours, du disco, musique électronique originelle, et de sa passion pour le mélange des genres. 

Pouvez introduire Rush Hour – ce label qui est une référence depuis sa création en 1997. Quelles musiques vouliez vous promouvoir et quel message ?
Rush Hour est né en 1997 avec l’ouverture de notre record store et de son service de vente par correspondance. Nous n’importions initialement que des vinyles de house et de techno venus du monde entier, avant de commencer à exporter des vinyles hollandais de l’autre côté de l’Atlantique. Deux ans plus tard, le label était né et depuis nous continuons notre mélange entre de nouveaux artistes locaux et internationaux et d’autres déjà bien implantés. Les soirées sont également un élément important de Rush Hour, et nous en organisons depuis 1998 avec des artistes tels que Moodymann, Theo Parrish, Rick Wilhite, Roy Davis et beaucoup d’autres encore. Comme cela est dit sur notre site internet : « Musique du passé, du présent ou du futur, nous aimons tout couvrir. Peu importe où va Rush Hour, vous pouvez être sur que ce n’est pas dirigé par la hype. C’est une compagnie qui vient de l’âme et du cœur, une passion qui ne s’arrête jamais ».

Qu’est-ce vos parents avaient l’habitude d’écouter, quelles sont vos influences familiales ?
Jean Michel Jarre, The Police, Sade, de la chanson française…comme “Sees Melodie is a melodie for yoooouuu hooouuu!”. A 14 ans j’étais plus dans Iron Maiden et d’autres morceaux de rock…Number of the beast…ce genre de choses. J’avais six posters d’Iron Maiden dans ma chambre et un énorme drapeau Iron Maiden au plafond. Après ça, j’étais plus dans la soul et le rock des années 1960 et vers 16, 17ans j’ai plongé dans la house music, peu de temps avant de découvrir le disco.

UXNZ5T1345689513Antal à Rush Hour, Amsterdam

Vous jouez beaucoup de genres musicaux différents quand vous mixez, pourquoi cela ? Que pensez-vous de l’actuelle demande qui consiste plus à strictement compartimenter la techno de la house des différentes musiques électroniques et de tous les autres genres ?
Je ne crois pas dans les genres. Le seul but est de communiquer avec une autre personne et le choix des morceaux est le plus important. Si la séquence de musique que je joue est correcte, alors cela fait sens. J’aime voir à quel point je peux aller loin et par exemple étirer un morceau de new wave avec un de techno, puis de jazz, puis de dub et ainsi de suite. Toutes les bonnes musiques sont connectées donc ça ne doit pas poser de problème. Mais je comprends aussi le fonctionnement du club donc ce choix musical ne doit pas paraître désordonné tout comme l’électronique doit forcément dominer, mais vous devez aussi avoir une bonne dose d’expérimentation dans vos sets. Je ne veux pas faire de set qui ne consiste qu’à un fistpump joy (lever le poing en l’air joyeux) ce qui est le cas de la plupart des sets modernes de house ou de techno. Je pense que ce les gens se remémoreront à la fin, ce sont les morceaux qui les auront vraiment marqué.

Comment compose-t-on entre diriger un célèbre label, être un DJ, voyager, etc ? Et la production dans tout ça ?
C’est quelque chose que je suis toujours en train de comprendre et ça prend beaucoup de temps. Si la balance était seulement entre ces deux choses ce serait faisable, mais j’ai aussi deux filles en bas âge, une famille, des amis, et deux chats, en plus de tout un tas d’intérêts. Alors oui, en ce moment c’est très plein. Mais supprimer toutes les conneries de ma vie est la chose la plus importante, ça sauve un temps fou… Concernant la production je pourrais dire que je n’ai pas le temps mais je vais construire ma batterie très bientôt et commencer à m’entrainer.

Comment la musique noire vous influence-t-elle ? Par rapport à la techno de Détroit et la house de Chicago évidemment, mais aussi les autres genres [Antal avait dynamité La Machine en terminant son set par Don’t Make It Better de Bill Withers].
Je pense que pour la musique électronique, tout commence quand tu te mets à écouter de la house, puis tu découvriras très rapidement la soul up tempo qui est essentiellement de la house et par là j’entends que c’est de là dont elle vient. Cette musique elle-même vient du jazz. Et l’expérience de cette saveur mondiale qu’est la musique soul up tempo peut aussi être trouvée dans la musique africaine qui a logiquement commencé pour moi avec Fela Kuti et si l’on creuse un peu, on peut trouver des musiques très fela kutienne dans d’autres pays d’Afrique. Ensuite, on est seulement à un pas de la high-life music…je ne comprends d’ailleurs vraiment pas les gens qui diggent uniquement de la funk africaine. C’est peut-être excitant parce que c’est rare donc cool, mais il y a tellement de bonnes musiques qui existent que je ne veux pas me restreindre. Puis de la house, le chemin est rapide jusqu’à Détroit où raisonnaient George Clinton et Kraftwerk. Mélange ça avec ce qu’il se passait à Chicago et l’on obtient le côté futuriste de la musique électronique. Et Kraftwerk vient du Krautrock du coup on sait qu’il y a beaucoup de musiques pré-techno en Allemagne. Mais ca ne se limite pas à ça puisqu’il y a de nombreux morceaux de cosmic disco en France dans les années 1970 qui renfermaient beaucoup d’éléments électroniques également.

Et quand la soul up tempo fut commercialisée sous la forme du disco, il en résultat des disques de disco dans le monde entier. Il y a du disco en Turquie, en Finlande, en Hollande, en Suède, au Suriname et ainsi de suite. Et il y a aussi les racines de ce son qu’on peut trouver en Amérique du Sud à travers la salsa cubaine par exemple. Il a tellement de bonnes musiques à découvrir. C’est comme le vin ! Il y a tellement d’options que cela demande une véritable étude pour pouvoir améliorer le savoir que tu as à ce sujet. Et les préférences personnelles de chacun sont évidemment à prendre en compte alors pour répondre à la question j’aime énormément la musique africaine, mais j’aime aussi quand elle est non-africaine. Ca va par période. Quand j’ai une certaine « faim » je vais aller digger dans un pays et y découvrir ce que j’aime. La plupart du temps maintenant, cela dépend du pays où je vais mixer.

A propos du disco, Derrick Carter expliquait il y a quelques jours qu’on ne pouvait pas être un proper electronic music head si on n’aimait pas le disco qui semble redevenir de plus en plus populaire après avoir été rejeté par la majorité des gens [avec des évènements comme le Disco Demolition Night etc]. Une pensée sur le sujet, sur le disco et son rôle dans la musique électronique ?
C’est probablement la progression la plus logique pour les Chicago house heads. De ce que j’ai toujours su, disco était plutôt le terme commercial et la house vient vraiment de la soul up tempo qui était jouée dans les clubs. L’affirmation de Derrick Carter est parfaitement claire pour moi. Mais cela change avec le temps car de nos jours je vois beaucoup de gens qui entrent dans la house via d’autres styles de musique. Si tu as 16 ans aujourd’hui et que tu te mets à écouter de la house tu ne le feras probablement pas par le disco. Et c’est même parfois l’inverse, la plupart des gens vont ainsi découvrir le disco par la house. Mais oui pour moi, il ne peut y avoir l’un sans l’autre. Comme San Proper aime à le dire : « le disco est la mère de la house et j’aimerais sortir avec la mère et la fille ». [« Disco is the mama of house and I like to date the mother and the daughter »].

Il y a pas mal de DJs qui jouent des musiques très éclectiques dans leurs sets aujourd’hui, pourriez-vous nous en citer quelques uns que vous appréciez particulièrement ?
Bien sur, j’aime beaucoup Hunee en tant que DJ. Floating Points, Tako, Robert Bergman, Intestellar Funk, San Proper, Sadar Bahar, Volcov, Young Marco, Ron Trent… ce sont les gens que j’apprécie.

Vous venez à Paris le 18 Septembre pour jouer au côté d’Hunee justement, lors de la prochaine édition de la soirée Confluence au Djoon. Un mot sur l’endroit, comment était votre premier DJ set ici ?
La dernière fois était aussi ma première fois et c’était excellent, j’ai vraiment hâte d’y retourner. Et les racines house et soulful de ce club en font un endroit parfait si tu veux justement explorer la diversité musicale et être le plus éclectique possible.

Remerciements chaleureux à Antal à qui on souhaite de continuer longtemps à nous régaler de musiques aussi riches et variées.

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Outstanding DJ who co-founded the famous dutch label Rush Hour in 1997, Antal is one of our favorite artist, and the spearhead of a generation of DJs who are playing with an impressive eclecticism. We had the opportunity to talk to him about his life, disco music and his passion for blending music genres. 

Could you introduce Rush Hour for us, this label which has been a reference since its beginning in 1997 – what music wanted you to promote, what message, what purpose etc.?
Rush Hour was born in late 1997 with the opening of our record store and mailorder service and we were initially importing obscure house and techno records from around the world, before exporting similar minded Dutch releases to overseas companies. Two years later this led to the start of the label and since then, Rush Hour has continued to release a mix of upcoming local and international talent next to more established names. Parties are really relevant for Rush Hour and we throwed some since 1998 with guests like Moodymann, Theo Parrish, Rick Wilhite, Roy Davis, and many more who came and rocked these parties. As it is said on our website : « Past, present or future music, we like to cover it all. Wherever Rush Hour goes you can be sure its not driven by hype. Its a company that comes from the heart and soul. A passion that wont stop. »

rush_hour

What were your familial influences in music? What your parents were listening to?
Jean Michel Jarre, The Police, Sade, French chansons…like “Sees Melodie is a melodie for yoooouuu hooouuu!” and this kind of things.
At 14 I myself was more into Iron Maiden and other rock things..….Number of the beast…stuff like that. I had about six Iron Maiden posters in my room and a big Iron Maiden flag on the ceiling, after that I got into 60’s soul and rock music… And at 16, 17 I got into house music…soon after into disco.

You play a lot of different music genres when you’re mixing, how so? Did you always do that in your mix? What do you think about the actual demand in the electronic music scene that strictly compartmentalizes techno from house from the all the other genres?
I don’t believe in genre’s. The only purpose it has is to communicate with another person so both know what you more or less are talking about. But it really is about tunes. If the sequence of the music that’s played is correct it should all make sense. I like to see how far I can stretch that by for instance mixing new wave into techno into jazz into dub into punky stuff… but all good music is connected so it should not matter. Of course I understand the setting of a club so it should not be messy and it’s overall electronic based, but you got to have a good amount of experimentation while djing as well. I don’t want to do sets that only consist of fistpump joy which is mostly the case with modern techno and house sets. What will people remember eventually is that one tune that really hit them ..I think.

How do we compromise between running a famous label and being a DJ, travelling and playing in clubs etc.? How about the production?
That’s something I am now figuring out because it takes a lot of time. If the balance was between these two it was alright, but I also have two small daughters, a family and friends, and 2 little kittins plus other interests. So yes right now it’s very full. But cutting out all the crap of your life is the one thing that is really important. That saves a lot of time.. Production I can say I just don’t have time for although I want to build up my drumkit soon again and do some practicing …

A question about Black music, how this music influences you? Regarding Detroit techno and Chicago house obviously, but also about the other genres of Black music? [Antal finished his set with Bill Withers last time he was in Paris at La Machine].
I think for electronic music it all happens when you start listening to house music you will soon after discover uptempo soul music which basically is house music. I mean that’s where it’s coming from. This music comes out of jazz. The experiment or the worldwide flavor of uptempo soul music is also found in African music, which most logically for me  started with Fela Kuti, but going further into that you can find much more Fela minded music in other of African countries. Then it’s only a step away from Highlife music. So I really can’t understand people who only dig African funk. Maybe that’s exciting and a rare thing so it’s cool or whatever, but there is so much great music so I don’t want to limit myself. Then from house music it’s a short drive from Chicago to Detroit where they have been listening to George Clinton and Kraftwerk. Mixed that with what is happening in Chicago and there is the more futuristic side of electronic music. But Kraftwerk comes out of Krautrock and so there is a lot of early pre-techno made in Germany. Perhaps techno really comes out of Germany. But having said this. All the cosmic disco records from the 70ties out of France have a lot of electronic elements as well. I found pre-techno stuff on French library lp’s…

When uptempo soul commercially transformed into disco it resulted into disco records from possible every country into the world. There is disco in Turkey, Finland, Holland, Sweden, Surinam, Trinidad whatever. So this also has a root sound, which especially in South America might come back to latin and cuban salsa etc. I mean there is so much to discover and all good stuff is one I believe. It’s like wine. There are so many options and it takes proper studying to improve knowledge about it all. This is a fact but then we also have to take a personal preference into account. So to answer your question. I like a lot of African music, but I also like a lot of non-african music. For me it goes in periods. When I have a certain hunger I dig into a country and try to discover what I like. Most of the time now it’s depending on the country where I am djing.

About disco actually, Derrick Carter was saying a couple of days ago that you couldn’t be a proper electronic music head without loving disco which seems to become more and more popular now, after a few decades of reject by the majority of people (with events like the Disco Demolition Night etc). What do you think about that, about disco and its role in electronic music?
That’s probably the most logical progression for Chicago house heads. As far as I know disco was always the more commercial term and house music really came out of uptempo soul that was played in the clubs. To me Derrick Carter‘s statement makes perfectly sense. But nowadays I see people getting into house music via very different styles of music. If you are 16 right now and you get into house music you probably don’t do it via disco. Even so, most people today discover disco through house music. But yes, the one can’t be without the other. As San Proper likes to say it : « Disco is the mama of house and I like to date the mother and the daughter »…

There is a bunch of DJs today who play different kind of music in their DJ sets, could you cite us a few of them that you really like ?
Of course i am very much into Hunee as a DJ. Floating Points, Tako, Robert Bergman, Interstellar Funk, San Proper, Sadar Bahar, Volcov, Young Marco, Ron Trent…these are the people I like !

You’re coming in Paris on the 18th of September to play again at the next Confluence party at Le Djoon, a temple for house music lovers in Paris. A word about the place ?
The last time was also my first time there and it was very good. I can’t wait to go there again. Of course the soulful house roots of the venue make it a great place to play music if you wanna go all the way and play a diversity of music.

Many thanks to Antal for his kindness and may he continues to explore all kind of different musics with his renown virtuosity. 

 Alia

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