Un des nombreux bastions historiques de la House music se trouve dans les hautes contrées glaciales et charbonnées du Royaume-Uni.

Manchester fut le lieu d’une émulsion musicale et créative tout à fait déterminante dans le développement du courant : on y mélangeât le rock dans lequel a toujours baigné l’Angleterre, transfiguré en New wave à la fin des années 80, et la musique électronique encore naissante ramenée par quelques badauds des Etats-Unis.
Les boîtes à rythme Roland inondent le pays suite à leur redécouverte, et inspirent le trio génial 808 State formé en 1987.
Après une première escarmouche notable et l’album Newbuild (inspirant Aphex Twin au passage), il était temps d’effectuer le retour aux sources de cette musique avec la conquête des Yankees et de composer, accessoirement, un hymne house et techno Pacific.

Les versions sont aussi nombreuses que les adjectifs qui suivent le titre mais la piste balancée à la face du monde sur l’album Ninety et le Utd. State 90 lancé aux Etats-Unis s’appelle Pacific 202.
Une nappe de synthétiseurs puissants et aériens, un saxophone qui s’imprime immédiatement dans votre cortex et une rythmique acide, foisonnante à souhait : la signature de 808 State.

On peut apprécier avec autant de bonheur les deux autres versions présentes en fin d’album, la première agrémentée d’un break incisif et la seconde comme passée à travers un filtre adoucissant les percussions pour un résultat aigre-doux sans précédent, afin d’admirer la qualité première de tout hymne électronique : sa durée de vie infinie.
 

Le reste de l’album Utd. State 90 subsiste très acid house avec des sons bruts et clairs sur une rythmique véritablement typée.

C’est la marque de fabrique de 808 State : des percussions, non pas linéaires, mais homogènes durant tout le morceau sur lesquelles se greffent des harmonies et des mélodies variant du tout au tout sans pour autant paraître inaudibles.
L’émulsion vous dis-je, que l’ami Internet décrit comme un « mélange macroscopiquement homogène mais microscopiquement hétérogène« .
Alors évidemment, à mon goût, certains morceaux semblent avoir mal vieillis, peut-être parce qu’à la sortie de ce disque je ne me baladais même pas dans le placenta de ma mère.
Qu’à cela ne tienne, il y a ici plus de réussites que d’échecs, et c’est bien l’important.
Pour une idée plus précise, voici une petite sélection, en vous invitant tout de même à écouter les doux arpèges de 808 State et leur science du rythme robotique intégralement.
En y repensant, il faudrait danser là-dessus dans une usine remplis de lasers giclant à travers les parois, avec son jogging, les Stan Smith et le bon maillot de Manchester United avec une gourmette dégueulasse autour du cou.
A l’ancienne.
Matthieu

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